‹ Saint-Émilion, son histoire et ses monuments. [With] AtlasChapitre 82 sur 141 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

qu'ils avaient reçu ordre du seigneur de Montiuc de

loger dans la ville. Le maire allégua de nouveau

l'exemption ; mais les capitaines persistèrent à voidoir

entrer, assurant, du reste, qu'ils ne séjourneraient

que jusqu'au lendemain, et qu'il «ne seroyt faict

siuicun grief ne extorcion es personnes et biens des

habitants de ladicte ville , en quelque façon et ma-

jaière que ce fust. » Moyennant cette promesse , dit le

xmaire dans son procès-verbal, u les suppliasmes passer

p^^lsi porte Boiu'geoise, laquelle nous le fisme ou-

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Mais, avant même de mettre le pied dans la ville, i^s compagnies avaient déjà violé la promesse donnée, <^9lt trouvant, à la porte même, des femmes et des eni^ts qui portaient à dîner à des manœuvres travaillant <ians les environs , « ils leur prindrent et enlevarent leurs bonnets, manteaulx , vaisselle et provisions des dîïiersdesdicts maneuvres ; les aulcuns iïs blessèrent jus- ^'à la mort. » Dans la ville ce fut bien pis encore. « Us Se saisissoyent de leurs hostes et hostesses, continue le procès-verbal , lesquels ils attachoy ent et pendoy ent par le col. » Us violèrent des femmes et des filles , brisèrent les portes des maisons , et contraignirent les habitants, par strangulation et autres mauvais traitements , à leur livrer leur argent et tout ce qu'ils possédaient. «Et sembloyt que la plus part d'entre eulx

^ Suivant une encpiête de 1675, les cinq compagnie formaient un effectif de i5oo hommes, sans compter les valets.

fussent magiciens , car ils treuvoyent les cachettes et lieux secrets esquels lesdicts habitants avoyent, durant le passage des aultres compaignies , caché leurs trésors et aultres plus précieux meubles, lesquels meubles ils empacquetoyent , les transportant de maison à aidtre entre les mains de leurs compagnons., faisoyent oultre manger à leur chevals le bled fro-

ment , le gectant par les rhues , et laschoyent couler' e1 perdre le vin par les caves , comme si jamais on n( se debvoyt ayder des bleds et vins, et que ce feusseni alimens inutiles. » Les habitants allaient-ils se plaindn aux capitaines des compagnies , représentaient-il^^ -s « que Ton pendoy t les hommes , et Ton les lyoy t et tiroyt par les génitrices parties honteuses, iceulx ca-. pitaines suchoyent leurs testes en riant, jouant et chant desdictes plainctes , les menaçant de plus grande -^ peines et tourmens. )>

Ces forcenés allèrent jusqu'à démolir des pans d^ murs de ville, des portes, des tours. Ils entrèrent dan( la maison commune , brisèrent les cofTres contenant les archives , brûlèrent les privilèges et les régistre^^^ de la ville, emportèrent les armes qu'ils trouvèrent, deux quintaux de poudre à canon, quatre quintaux de salpêtre , cinq cents ballots de plomb. Ils firent brûler aussi les titres, papiers et registres notaires et greffiers; perte irréparable, qui dut laissée**^ une affi:euse et longue confusion dans les trapsactionj privées.

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