DEUXIÈME PARTIE
bout de trois jours, les habitants les forcèrent à s'éloigner a à leur grant confusion et honte , » disent les registres municipaux de Saint-ÉmiUon. Dans le même temps, les catholiques , au nombre de douze à quinze cents hommes, accouraient au secours de la ville; ces douze à quinze cents hommes s'installèrent dans la place, et pour récompenser les bourgeois d'avoir à eux seuls « contraincts les rebelles de lever leur siège , ils pillarent ladicte ville et emportarent la plus part de leurs biens, tellement qu'il sembloit à leur façon de faire qu'ils les vouloient contraindre d'ab abandonner ladicte ville pour la laisser en proye auxdicts rebelles ^))
Enfin la même année encore Saint-Émilion fiit de nouveau en proie aux insultes , aux violences, aux rapines de nouvelles compagnies catholiques ^. Le vendredi 8 juillet, vers les huit heures du matin, Antoine Deleberon, mestre de camp de l'infanterie de Guienne, accompagné de quelques officiers et soldats, se présenta devant la porte Bouquère. Les jurats* s'y étant rendus de leur côté, Deleberon les pria de faire ouvrir la porte, parce qu'il avait beau-
' Plaintes et remontrances de l'an 167 5.
* Nous trouvons à ce sujet deux procès- verbaux d'enquête, et une jdainte adressée par les magistrats municipaux de la ville de Saint- Émilion au pariement de Bordeaux. Cest de ces pièces qu'est extrait ce qui suit.
' Mathieu Bernard, Pierre Saulnier, Pierre Bouquey et Jehan Voyain, comme il est dit ci-dessus.
coup de choses à leur dire pour le service dti roi, les ennemis étant fort proches ; il voulait du reste se retirer de suite à Liboume. Le pont fut baissé , le mestre de camp entra dans la ville, et Ton se rendit à la maison conmiune.
Là Deleberon dit aux jurais quil était urgent de fortifier Liboume, où il allait se renfermer lui-même; en conséquence , il leur ordonna de fournir des manœuvres pour travailler aux fortifications , et de recevoir dans la ville quatre compagnies de gens de guerre, afin qu il tes eût là sous la main en cas de besoin. De plus, leur dit-il, Saint-Émilion n'étant pas suffisant pour résister, ses habitants devront Tabandonner et seretirer à Lihourne.
Les jurats répondirent que Saint-Émilion était , pai — ses privilèges , exempt de manœuvres hors de ses murs , quil était hors d'état de supporter les frais de loge— ment de gens de guerre, et que d'ailleurs Montluc^ les en avait formellement exemptés. Ils allaient, sansdoute ^ussi répondre à la troisième proposition du. mestre de camp ; mais pendant les pourparlers arrivaient les quatre compagnies \ et chacune s'emparait d'un quartier de la ville.
Ces compagnies séjournèrent à Saint-Emflion , les^ unes dix jours , les autres seize ; et , duraat tout ce^ tei^aps, les soldats ne cessèrent de désoler le paysrits^ vendirent le vin qui garnissait les caves des bourgeois,
* Des capitaines Gymon, Âuriolle, Montpezat et Eerduzan.