‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 139 sur 220 · COUTHON CONTRE JAV0GUE · texte numérisé non relu

COUTHON CONTRE JAV0GUE

afin d'avoir un prétexte de se porter, avec rarmée prétendue révolutionnaii^ dont il s'entoure et tous les aj^ents qu'il pourrait encore égarer, sur le Vuy-de- Dônie et d'exercer là tous les jyenres de cruauté et de brigandages qui sont dans le cœur de ce petit tyran. Kt pourquoi Javogues se déehaîne-t-il a\ec tant de fureur el contre mon département e! contre mes collègues Maignet et Chàteauneuf-Randon et contre moi ? C'est que mon département s'est levé contre les rebelles du sien et de Lyon et que mes collègues et moi avons déterminé ce grand et sublime mouvemen! qui, j'ose le dire, a sauvé la République. Car qui pourrait douter aujourd'hui que le but des rebelles ne fut de |>énétrer dans le Puy-de-Dôme dont les administrateurs et quebjues autres contre-rêvolulionnaires secrets comprimoient l'ardeur républicaine, pour arriver ensuite par les villes de Limoges et de Bordeaux qui leur lendoient les bras à rarmée des rebelles de la Vendée; et ils y seroient arrivés, en eflfel, si le p^niple du Puy-de-Dôme ne les eut pas arrêlés dans leur marche qui, de ce côté, devenoil tous les jours plus rapide ; la guerre civile étoit d(mc pleinement au cœur de la République sans la levée du Puy-de-Dôme qui se garde bien de se flatter d'avoir seul vaincu les Lyonnois dans Lyon, mais qui a le droit de dire que lui seul a coupé leur marche et leur a barré le passage de la Vendée. La guern* civile, je le répète éloil déclarée dans l'intérieur sans cette levée du Puy-de- Dôme et les ennemis extérieui*s favorisés dans le Midi et dans le Nord entraient infailliblement; car les cili»vens dévoras de divisions el de furaui^s intestines s'entregorgeant dans l'intérieur n'auroient guère pu songer à porter des secours aux frontières.

Javogues éloil depuis longlemps dans son département birsque nous fûmes envoyés Maignet, ChâteauTieuf-Randon et moi dans le mien. (Ju'avoil-il fait pour arrêter les rebelles ? On l'ignore. U étoit là et les rebelles avoient eu la facilité d'inonder son dépailement ; ils avoient même commencé à pénétrer dans le Puy-de-Dôme et Javogues n'avoit donné aucun signe de résistance ; il vouloit donc qu'ils arrivassent sans obstacle jusqu'à la Vendée? C'est à lui de répondre.

Dans l'écrit que je vais lire, Javogues prend occasion pour outrager mon département et moi de l'établissement de Irois Comités de Salut public formés ])ar mes collègues Maignet et Châteauneuf-llandon. Il est es.scntiel pour bien juger des intentions de Javogues que la Convention nationale sache ce que c'èloit que ces Comités et pourquoi ils avoient été établis.

Pour arriver de Clcrmont à Commune-Affranchie, ci-devant Lyon, il y a deux roules, l'une par Ambert et Montbrisé, l'autre par Thiers et Feurs. Les rebelles n'avoient que ces deux roules pour pénétrer dans le Puy-dc-Dônie. Il convenoit dune que la marche de nos diverses coloiuies fut dirigée de ces deux côtés; c'est ce que nous fimes, en elfet, et ce qui nous réussit. Mes collègues Maignet et Chàleauneuf-F^andon, qui étoient successivement partis avec des colonnes, pen.sérenl sur leur route que pour faciliter l'arrivage des approvisionnements de tous geiu-cs (pie je devois leur faire parvenir et éviter les désoitiœs et les di apidations, il falloit établir à Thiers, à Ambert, à Montbrisé et Saintel'oy sous Lyon des Comités de Salut public chargés de toutes les opérations de détails auxquelles un aussi grand mouvement devoit donner lieu. Rs fomièrent ces Comités et les composèrent sans doute d'houuiies dignes de toute leur confiance. J'en connois personnellement la plupart et je n'ai que des éloges à donner à leur patriotisme el à leur probité.

Ces établissements extraordinaires el du moment occasionnèrent sans doute des dépenses. Mais, falloit-il regarder à la dépense quand il s*agissoit de servir la République? Non. Mes collègues eussent été coupables s'ils n'eussent pas pris cette mesure nécessaire.

(ÎOUTHoS' contre .tAVOGLKS tîilÔ

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Javngues accuse les membres de ces Comités de dilapidations, de brigandages. Il prétend que non seulement ils se sont enrichis eux personnellement ; mais encora qu'ils portent l'opulence dans leur département avec ce qu'ils ont volé dans le sien.

Javogues est encore ici un infâme. Les membres des Comités seront les premioi*s à demander, j'en suis sûr, l'examen le plus sévère de leur conduite et il ne leur sera pas dirficile sans doute de confondre leur vil calomniateur, mais ce soin les regarde; et quant à moi, je veux aussi que les hommes que mes collègues ont choisis soient censurés. Ce doit être un besoin pour eux ; c'en est un pour moi qui les estimois et qui les estime encore davantage depuis que Javogues les a oui rages.

Je lis maintenant la proclamation ou |)lutôt le libellé dilTamaloire <b> Javogues.

Coutbon lit la proclamation.

Voici l'article qui le concerne :

« Ah ! Coulhon, jusqu'à présent tu n'as été qu'un habile empirique, avec un « air apparent de philanthropie, tu n'as jamais cherché le bonheur du peuple ; « avec le mot de justice sur tes lèvres, tu n'avois que l'injustice dans le cœur ; « je lis dans le souterrain de tes plus secrètes pen.sées, tu as voulu allier ce " (|ui,de sa nature, est inalliable, la richesse avec l'amour de la République. •►

Couthon interrompant :

La riches.se ! j'en suis si avide, j'ai accumule une si grande fortune que si Javogues veut me donner 13.000 livres de tout ce que je possède au monde, je \** lui abandonne de grand cœur ; j'en avois un peu quand j'ai été fait législateur ! Javogues pourroit-il en dire autant? Je le souhaite.

Coulhon reprend la lecture de la proclamation :

« Tu as la perfidie, Couthon, de renvoyer l'apurement des comptes nombreux « des Comités de Salut public de Montbrisé, d'Ambert,de Sainte-Foy par devant « les administrateurs de ton déparlement, tes créatures, etc. Avec le sourire de « la bienfaisance, tu es le monstre le plus cruel et l'ennemi le plus implacable « des patriotes. Pendant mon séjour d'un mois et demi à Lyon, trente rebelles * seulement, malgré les nombreuses réclamations du peuple, sont tombés sous « le glaive des lois, preuve incontestable que tu te réjouis plutôt de la destruc- « tion de tous les républicains que de la tété d'un seul contre-révolutionnaire... •

Kloit-ce donc moi qui jugeois, homme abominable ?

■ M . . . On connoit l'infernal projet que tu as conçu de livrer au supplice les « patriotes les plus énergiques, le vertueux Gaillai*d qui tenoit^le fil de la trame H criminelle, qui connaissoit ton intimité avec les Gouly, les Gauthier et toute « la .séquelle des Modérantins.. . n

11 n'y a pas une figure en France à laquelle je puisse appliquer le nom de Gouly ; je puis le connaître de figure pour l'avoir vu dans l'.Vssemblée ; mais je déclare que jo ne le connois point de nom et encore moins de liaison. Pour (iauthier, il étoit le collègue de Dubois-Crancé à l'armée sous Lyon et Lyon sait quelle intimité pai*ticulière a existé entre nous ; qu'on lise le rapport que j'ai fait dans le temps et l'on saura à iiuoi s'en tenir.

« ... Gaillard, qui tenoit le fil de la trame odieuse, craignant pour le sahit « de sa patrie, s'est suicidé, et c'est toi qui es la cause de .sa mort ! Sous le

MO COUtttON CONTRE JAVOGUES

tt vernis des veiius, tu ifas que rascendant du crime, elc. On n'ignore pas non « plus que tu voulois sacrifîer à la vengeance des riches les zélés jacobins qui, t( dans Commune- AfTranchie, avoient bravé les menaces et les poignards: mais « les destinées de la République sunivroiit à tes liberticides eflbris ». (Toute l'Assemblée se soulève d*indignation).

CoHthon. Telle est, citoyens, la production infernale que j*ai cru devoir dénoncer à In Convention nationale et les détails préliminaires que j'ai cru devoir lui donner. Je laisse maintenant à sa sagesse de décider ce qu'elle jugera convenable. 11 ne m'appartient pas d'émettre une opinion dans une aiTaire où il semble que j'ai un intérêt pei'sonnel à défendre. Tout ce que je demande, c'est qu'on examine avec rigueur toutes mes actions...

(C'est inutile, s'écrie-t-on de toutes parts.)

... et si j'ai fait des fautes qu'on me punLsse avec la dernière sévérité. Ah ! pourquoi ne peut-on pa.s voir mes pensées et mes sentiments comme mes actions. S'il m'étoit échappé en ma vie un seul soupir contre le peuple et les malheureux ; si j'avois quelque trait de ressemblance avec le portrait affreux que le forcené Javogues a fait de moi, épouvanté de moi-même J'aurois bientôt purgé la teri'e d'un monstre enfanté pour le malheur des humains.

Merlin de Thionville. 11 appartient à tous ceux qui ont assisté aux premièivs séances de l'Assemblée législative avec Coutlion, de lui rendre publiquement cette justice qu'à compter de la première motion qui a été faite par lui contre le tyran jusqu'aujourd'hui, il n'a jamais dévié et qu'on ne peut compter ses nombreux services ; mais ce n'est pas de son affaire particulière qu'il s'agit aujourd'hui et, quelle que soit sa vertu, l'Assemblée ne vengera pas son injure particulière, elle vengera ses droits et ses pouvoirs outragés par un représentant qui n'étant rien que par la confiance qu'il reçoit de la Convention, s'est seni de ce pouvoir et de cette confiance pour distiller le fiel et afficher la calomnie. Je demande que Javogues soit ramené au sein de la Convention et que tous ceux qui l'environnent soient mis en arrestation.

iV... Depuis que Javogues est en mission, il s'est toujours entotiré de brigands et de scélérats. Il est temps que la Convention mette un terme aux vexations qu'exerce Javogues. Je demande que vous preniez à son égard une mesui'c ferme.

Bréard, Je ne sais point ce qui s'est passé dans le département de Rhône-et- Loire j mais il est un fait sur lequel la Convention doit principalement se fixer. Couthon exerçoit les fondions de représentant du peuple à Commune-Affranchie. S'il exi.stoit des griefs contre lui, s'il avoit malversé, ce n'étoit pas par une proclamation que Javogues devoit l'accuser, mais par une dénonciation faite dans le sein de la Convention. Je ne parle point ici pour justifier de la conduite de Couthon, toute la France la connoit, toute la France lui rend justice ; mais il est de notre devoir de faire cesser le système de diffamation que nous n'avons que trop toléré. Eh ! que deviendroit la chose publique si nous souffrions (ju'un représentant du peuple s'avilit au point de diffamer ses collègues? Je n'attaque point ici les prîncipes de Javogues, mais il s'est rendu coupable de diffamation ; de plus, il a déjà été rappelé et n'a point obéi. Vous avez cependant ilécrété que les arrêtés du Comité de Salut public seroient exécutés littéralement. Il a donc désobéi à un décret. Je demande que, sur le champ, il soit amené dans le sein de la Convention.

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Merlin de Thionville, Citoyens, c'est à la naissance des républiques que ]es représentants d'un grand peuple doivent veiller autour de son berceau avec plus d'inquiétude. Cent personnes déposent qu'un représentant s'environne de gardes, menace avec les citoyens d'un départenrîent, un autre département. Manus enlève la confiance à son collègue, domine une province et bientôt Rome. Sans doute, je ne compare pas Javogues à ce grand coupable, ni le peuple françois au peuple romain. Le peuple françois ne peut être asservi et Javogues a plus d'irrascibilité que de mauvaises intentions. Cependant, la Convention ne peut se dispenser de prendre une mesure vigoureuse afin que l'impunité ne lui laisse pas les moyens de faire encore plus de mal. Je demande l'arrestation actuelle de Javogues et de ses perfides conseillers.

Thuriot. Ce seroit une grande erreur de regarder cette aiîaire comme particulière. Couthon est allé à Commune-Affranchie en qualité de représentant du peuple. Tout ce qu'il y a fait y portoit le caractère de la représentation nationale et n*a pu être diffamé sans crime, surtout lorsque nous considérons quelle fut toujours la conduite de Couthon. Qui ne sait en effet avec quel courage il a coopéré à l'établissement de la liberté ? Couthon ne vit jamais un malheureux sans soulager sa misère. Il exerça toutes les vertus républicaines. Nous le voyons encore chaque jour les pratiquer au milieu de nous...

(Vifs applaudissements.)

Nous lui devons en ce moment un témoignage éclatant qui renverse la calomnie qui nous est dénoncée. Il ne suffit pas de rappeler Javogues. Sans doute, il faut qu'il se rende à son devoir ; mais il faut de plus que l'Assemblée, convaincue du patriotisme et de la pureté de Couthon, déclare calomnieuse et diffamatoire la proclamation de Javogues qui n'a pu être inventée que par un génie contre-révolutionnaire.

(Vifs applaudissements.)

On lit une lettre de la Société populaire d'une commune du Puy-de-Dôme qui dénonce Javogues comme coupable de lèse-Révolution, comme un despote qui emploie contre les patriotes, les injures, les menaces; qui va même jusqu'à les frapper et les faire incarcérer tandis qu'il donne la liberté aux mauvais citoyens. Sa moindre menace est la guillotine et il a causé ainsi le suicide d'un vieillard de soixante-sept ans.

Legendre. Je demande que Javogues soit amené sur le champ avec ses créatures devant le Comité de Sûreté générale qui a la police de la Convention et qui lui en fera son rapport aussitôt.

Couthon. Les témoignages de bonté, d'estime et de confiance que vient de me donner la Convention m'ont pénétré de la plus vive sensibilité. Je n'ai pas besoin pour moi d'un autre décret que les applaudissements spontanés que vous m'avez donnés.

Je demande le renvoi de la proclamation aux Comités de Salut public et i\v Sûreté générale. Ils examineront de plus près ma conduite et celle de Javogues. Quant à lui, je ne vous propose point de l'amener. Je vous prie de considérer que c'est une première mesure que vous prenez contre un représentant du peuple et qu'elle ne doit pas être excessivement sévère. Je demande que s'il n'est pas revenu dans huitaine, vous preniez alors les mesures que l'on vous propose.

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Danton. Bien entendu que la pi*oclaniation est révoquée et que toutes les opérations qui |K)urroient suivi**» le décret que vous venez de rendre sont déclarées nulles.

Les diverses propositions sont adopté4>s en ces tenues :

La Convention nationale,

Après avoir entendu la lectun» d'un imprimé signé Javogues représentant du peuple et intitulé : Proclamation et arvèlé de» repréientans du peuplCj daté di* Montbrisé du 13 pluviôse, l'an secouil de la République une et indivisible.

Décrète qu'elle casse et révoque cette proclamation et annule tout ce qui pourroit s'en être suivi ; onlonne que le citoyen Javogues se rendra sur le chanip au sein de la Convention nationale et que, faute d'avoir oIk'ù dans huit jours à compter de la date du présent décret, il y seni traduit à la diligence des représentans du peuple dans le département.

Renvoie au surplus la proclamation du citoyen Javogues et toutes les piéc^es qui la concernent au Comité de Salut public pour en faire l'examen et un rapporta la Convention nationale.

Le présent décret sera envoyé dans le jour par un courrier extraordinaire aux représentans du peuple à Commune-Affranchie qui demeurent chargés de son exécution.

Couthon. Lorsque je parlois hier (I) sur Lapai us, je ne le connoissois pas. Aujourd'hui, il est parvenu au Comité de Salut public des renseignements pris sur son compte par les représentans du peuple auprès de Commune-Affianchit*. Il en résulte que c'est un mauvais sujet. Ils avoient ordonné son arrestation. Il est cependant encore en lil)erté. Le Comité a confirmé l'arrêté des représentans qui sont auprès de Commune-Affranchie et vous propose de décn'Mf-r cette confirmation.

La proposition est adoptée.

Au décret qu'on vient de lire, la Convention, aussitôt, en ajouta un second :

La Convention nationale décrète qu'elle approuve l'arrêté pris par le Comité de Salut public confirmatif de celui des représentans du peuple de Commune- Affranchie qui met en état d'arrestation le nommé Lapalus;

Elle décrète pareillement que le nommé Duret, cajûtaine de bataillon sera mis en état d'arrestation.

Les représentans du peuple à Commune-Affranchie demeui^ent chaiyès de l'exécution de ce décret.

Javogues et ses deux lieutenants étaient ainsi condamnés sans conteste. Aucune voix ne s'éleva pour risquer une atténiialîon. Collot — s'il était là — ne dit pas un mot ; peut-être n'avait-il pas encore la lettre de Javogues (du 16). Il est sûr, en tous cas que son intervention eût grandi le triomphe de Couthon.

D'ailleurs, les plaintes devenaient nombreuses. L'attaque contre

(1) Rien au Moniteur.

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les Auvergnats fit surgir dans le Puy-de-Dôme des protestations et des pétitions. Les Sociétés populaires de Clermont (1) et d'Âmbert (2) notamment s'adressèrent à la Convention (séance du 23 pluviôse — 11 février). Une députation de Villefranche fut même reçue par la Convention le 24, et on Tentendit crier justice contre Lapalus, déclarant nombreuses les persécutions inavouables : c les maisons d'arrêt regorgent des meilleurs républicains ».

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