CHUTE DES HÉBERTISTES — CONTRE-COUP A LYON
affaiblir l'énergie de notre caractère. Nous avons fait le sacrifice de nos affections personnelles. Nous nous enveloppons avec la Patrie ; nous resterons forts et impassibles avec elle.
FOUCHÉ, — DE LAPOHTE, — MEAULLE.
Le 23 ventôse (43 mars), au moment même où Javogues provoquait Couthon à la tribune, un événement considérable s'accomplissait : les Hébertistes de Paris, Vincent, Ronsin, Hébert, etc., étaient arrêtés. Onze jours plus tard, ils étaient exécutés (4 germinal-24 mars).
Le 7 germinal (27 mars), un arrêté du Comité de Salut public ordonne que Fouché se rendra <k sur le champ » à Paris pour donner au Comité <xi les éclaircissements nécessaires 3> sur les affaires de Lyon. Par le même arrêté, Reverchon est désigné pour remplacer Fouché et prendre, « conjointement avec Meaulle )», toutes mesures utiles (1). Mais Tarrêté ne se borne pas à ordonner une mutation, il ordonne une règle politique :
. . . Que toutes les poursuites contre la Société populaire de Commune-£nranchie et surtout contre les patriotes qui ont été persécutés sous le règne de Précy et des fédéralistes seront suspendues.
Le représentant Reverchon et ses collègues poursuivront sévèrement les ennemis de la République, protégeront les vrais amis de la République, pourvoiront au soulagement des patriotes indigents et assureront le triomphe de la Liberté par une énergie constante et inflexible.
La réponse des représentants à Lyon montre bien qu'il y a quelque chose de changé :
11 germinal (91 mars).
. . . Notre collègue Fouché se rend à Paris pour vous donner les éclaircissements que vous désirez. Nous nous conformerons à vos arrêtés de point en point; en attendant que vous preniez une détermination ultérieure, nous comptons sur un examen des faits et des principes qui nous ont dirigés. Vous reconnoitrez que nous voulons à quelque prix que ce soit, assurer le gouvernement révolutionnaire et le triomphe de la République.
Nous vous prévenons que la Commission temporaire est dissoute. Nous lui avons ordonné de vous rendre compte de ses opérations et de ses dépenses. Si elle s'est rendue coupable de dilapidations, soyez assurés qu'elles ne resteront pas impunies.
La Commission temporaire dissoute, c'était la terrible dictature anonyme désavouée. Puis, coup sur coup, c'est l'armée révolutionnaire qui est licenciée, c'est la Commission révolutionnaire qui
(1) J'ai parlé ailleurs de Reverchon. Voir tome I, page 555.
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arrête court ses sanglantes exécutions. Le 18 germinal (7 avril), tout cela est accompli. Que reste-t-il des institutions révolutionnaires de la répression à Lyon ?
L'histoire a gardé le souvenir de la visite que Fouché, arrivant à Paris, rendit à Robespierre et quelle pénible impression en emporta le cauteleux conventionnel : on a dit qu'à Taccueil glacé qui lui fut fait il avait senti vaciller sa tête...
La politique de la mesure et de la pitié surgissait : celle que Couthon, en brumaire, n*avait pu faire prévaloir. Elle prévalait bien tardivement puisque, pendant Thiver, la région lyonnaise avait été en proie aux furieux ; bien tardivement aussi pour la réputation de la République qui, ayant manqué de justice, portait la responsabilité d'irréparables malheurs ; trop tardivement, puisqu'elle ne pouvait plus paraître une politique d'équité, mais simplement l'insurmontable répulsion des boucheries quotidiennes. . .
Depuis longtemps déjà, contre la répression à outrance et les immolations sans pitié, les meilleurs patriotes de Lyon s'étaient révoltés. La logique de la persécution voulait qu'on fit taire ces révoltés de la conscience et qu'on les considérât, eux aussi, comme des complices de la contre-Révolution. Par son arrêté du 7 germinal, le Comité de Salut public ordonnait la fin de cette abomination.
Pour savoir à qui incombe la responsabilité de cette action politique nouvelle, il suffit de constater que c'est à Couthon que Rêverchon adresse, avec précipitation, de nombreuses lettres qui sont des rapports : 21, 24, 27, 29, 30 germinal. Dire Couthon, c'est dire Robespierre.
C'était la conséquence naturelle des choses que la répression désarmée par son excès même, parut désormais impossible. La * Révolution ne supprimait pas le bourreau par magnanimité, mais par dégoût du sang versé. C'est dire que loin d'en retirer bénéfice, elle vit exploiter contre elle ce semblant de clémence dans laquelle on ne pouvait voir que la lassitude de trop faire mourir.
Aussi apparut-il de suite que, pour être plus prudentes, il faut dire plus hypocrites, les haines contre-révolutionnaires étaient, plus que jamais, nombreuses et redoutables. Les patriotes protégés, tout le monde se fit patriote et les m amis de Chalier » devinrent innombrables. Il semblait que la justice révolutionnaire n'eût atteint que des patriotes et que, pour venger ces patriotes, une foule d'amis de Chalier, tous exaspérés, dussent se répandre en colères contre tous ceux qui avaient quelque responsabilité dans
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