VOYTIER QUITTE SAINT-ETIENNE — LES JACOBINS DENONCES
C'est, je crois, vers ce moment que Voytier quitta Saint-Etienne. Alors que Pignon était entre les mains de Fouquier-Tinville, Voytier se débattait contre des accusations qui, visiblement, l'inquiétaient beaucoup. A ce moment, il songe à partir.
Le 15 messidor (3 juillet), il réclame au Comité révolutionnaire <r extrait de la dénonciation faite contre lui y> et il ajoute :
Citoyens, diaprés la demande verbale que je vous ai faite d'avoir une attestation de votre Comité pour avoir un cerliflcat de civisme et passeport, aujourd'huy je vous le demande par écrit, dont vous voudrez bien mettre votre dire au bas de la dite pétition (2).
Je ne sais si le passeport fut donné ; mais à partir de ce moment, Voytier ne parait plus dans les papiers de la politique à Saint-
(1) Voir Aulard. Procès^erbaux des Jacobins,
(2) Archives de la Loire. L. 360.
008 VOYTIEH QUITTA BAINT-ÉTIENNE
EUeone. Je ne vois son nom qu'une fois au registre du Dislrict le 19 frimaire an III (9déc. 94) à propos d*un poêle qu*il avait prêté.
Vers le même moment, d'autres dénonciations atteignaient aussi les jacobins les plus militants. Le 6 messidor (24 juin) Chovet, de la Commune, demande au Comité révolutionnaire communication des dénonciations qui pèsent sur lui (i).
Dans le district de Montbrison, je vois aussi des poursuites contre un ardent jacobin de Saint-Galmier Jean-Marie Philipon. C'est le Comité de surveillance de Chazelles qui lança le mandat d'arrêt. Et, aussitôt, la Société populaire de Saint-Galmier, le 8 floréal (27 avril 94) fit parvenir aux représentants à Lyon sa plus vive protestation :
... La Société, nous ne pouvons vous le taire, a fait les cris les plus vifs contre ce mandat et en a été révoltée. D'une part, elle a appris avec indignation que ce mandat d'an'ét n*étoit étayé que par de prétendues dénonciations d'inculpations faites dans son Comité ; de Tautre, elle n'a pu voir sans effroi qu'il frappoit le plus ardent patriote de la commune
Nous vous observerons que ces dénonciations ne sont que le fmil de l'intrigue...
Et dans une autre pièce sans date :
... Il est éti'ange pour nous de voir lancer un mandat d'arrêt contre un patiiote tel que Philipon, républicain des plus énergiques qui depuis la Révolution n'a cessé de lutter contre toute aristocratie et contre le parti fédéraliste et contre toutes sortes d'intrigues ; qui a eu le fier courage, dans le moment que le peuple étoit égaré par les rebelles lyonnois, de monter à la tribune et de braver tous les dangers pour le ramener dans les vrais principes en lui arrachant le bandeau qui couvroit ses yeux...
... Il existe sept rebelles fédéralistes qui se sont sousiraits à l'examen de la justice et qui sont cachés dans cette commune Fonlfort, qui forment le noyau du parti qui veut anéantir les patriotes. C'est les parents et amis de ces hommes qui se sont portés à dénoncer le républicain Philipon espérant qu'en le faisant disparoitre leurs coupables parents oseront reparoitre (2).
Ces poursuites et les plaintes contre les jacobins les plus militants et les plus compromis témoignent assez que le rappel de Javogues et la chute des Hébertistes marquèrent dans la Loire le moment d'arrêt de la politique révolutionnaire. Par comparaison, cet arrêt semble un retour en arrière, une réaction. Le 9 thermidor n'y ajoute rien.
(1) Archives de la Loire. L. 360.
(2) Pour ces deux pièces, Bibliothèque de Lyon, Fonds Coste, 17989.
LA NOUVELLE PRISON DE SAINTE-MARlE 6()9