‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 190 sur 220 · LA FAMINE DE L'ÉTÉ DE L'AN II — LES ASSIGNATS · texte numérisé non relu

LA FAMINE DE L'ÉTÉ DE L'AN II — LES ASSIGNATS

frappé d'une réquisition de 20.000 quintaux pour Lyon. Le 20 (11 oct.), ils disent que la Commission est obsédée; mais que, dans huitaine, ils espèrent une nouvelle réquisition.^ Le 22 vendémiaire (13 oct.), c'est le Département de Saône-et-Loire cpii prévient qu'on peut envoyer des commissaires pour prendre livraison, à Bellevue, Charolles, Mâcon, Louhans : trois jours avant, le District en avait déjà désigné huit (1). Le 27 (18 oct.), le District de Chalon fait savoir qu'il a réparti une réquisition de 8.000 quintaux au profit du district de Saint-Etienne.

L'abondance relative de la nouvelle récolte en France va-t elle se faire sentir? Cependant, de Firminy, le 28 vendémiaire (19 oct.), on demande du pain ; de Saint-Chamond, le 5 brumaire (26 oct.)« on écrit au District : <l Depuis plusieurs jours nos concitoyens manquent de pain y>.

Toutes les denrées sont rares. La vente du bétail pour la boucherie est Tobjet d'une incessante surveillance (2). Il faut pour acheter être muni de certificats des municipalités, des administrations militaires : on redoute l'accaparement. A ce sujet, je ne vois cependant d'autres réquisitions que celles de l'armée ; mais celles-là suffisent à démontrer que les approvisionnements n'étaient pas faciles.

J'ai parlé déjà de la rareté du savon, de l'huile, de la chandelle. L'huile, à ce point que, sur des instructions officielles, on se prépare à en faire avec la faine du hêtre (3). Le savon est distribué parcimonieusement entre les districts par les autorités supérieures, les Départements.

Le 8 messidor (26 juin), la Commune de Saint-Etienne réclame ce qui lui revient dans une répartition de savon et, un bon mois plus tard, elle distribua elle-même. Les bataillons de la garde nationale sont les cadres de distribution : sept quintaux par bataillon. Dans les compagnies, la distribution doit être faite de telle sorte que « les compagnies où il se trouve beaucoup de citoyens aisés en aient moins que celles qui ne sont guère peuplées que de sans- culottes. »

(1) Quatre de Saint-Etienne : Avanturier, Bonnand-Plotton, Catalan et Palluatj un de Saint-Chamond : Morel ; un de Saint-JuUen-en-Jarez : Pascal ; deux de Bive-de*Gier : Vial et Coste.

(2) Voir le District au 27 vendémiaire an III (18 oct. Ô4).

(3) District. (Archives Loire. L. 161. — 28 fructidor et 7 vendém.). La Commission d'agriculture de la Convention avait rédigé une instruction en vue d'une production abondante.

Les communes voisines achètent du savon à la commune de Saint-Etienne au prix de 21 sols 3 deniers la livre (la loi du 29 septembre 93 tarifait à 25 sols). A ce prix, on en vend 200 livres à Valbenolte, 170 à Outre-Furan et 50 à Rochetaillée.

En fructidor, sur réquisition, des fabricants de Marseille donnent avis qu'ils vont expédier cent quintaux de savon : le 4, on leur écrit que les membres de la Commune a: sont on ne peut plus sensibles à cet acte de bienveillance et de fraternité » et on leur envoie 800 liv. à-compte sur le prix.

Entre toutes ces calamités, on voit l'assignat s'en aller vers la débâcle finale. Au commencement de 94, il valait encore 50 p. 100 de son titre en numéraire ; pendant le printemps, il fléchit à 38, 36 ; il était à 34 au 9 thermidor (1). Les ennemis de la Révolution inondaient la France de faux assignats. En nos contrées, cette fausse monnaie venait de Suisse. Le 22 floréal (11 mai), Meaulle signale le fait au Comité de Salut public; il expose que : a Les tyrans coalisés » ont à Nyon (Suisse) un dépôt considérable d'assignats faux que l'on introduit en France dans des voitures publiques qui (en vertu des traités) ne sont point visitées, et il réclame des mesures. Le 13 messidor (l<^r juillet) sur les indications précises du directeur de la poste de Fernex, Dupuy signale au Comité de Salut public la fuite du numéraire en Suisse, par la frontière genevoise.

Et, au milieu de tant de malheurs, on voit le District nommer, le l'** fructidor (18 août) deux commissaires chargés d'étudier l'application d'une loi du 22 floréal sur l'extinction de l'indigence !

Avant de dire ce que fut — ou plutôt ce que ne fut pas — l'œuvre municipale, je dois donner un renseignement sur la population de Saint-Etienne à la fin de Tan IL

(i) Louis Blanc dit que Tassignat soutenu par le Maximum resta presqu'au pair Jusqu'au 9 thermidor. Je ne le puis croire. 11 est sûr que le change avec l'or était particulièrement onéreux. Les chilTres que je donne, je les prends sur le tableau donné par le Moniteur du 11 vendémiaire an VI. Publié au lendemain du 18 fructidor, ce tableau o'a aucune intention réactionnaire.

728 AFEAIRE6 MUNICIPALES

Oq a VU (Tome I«% pp. lOi-106) que le recensement de jan* vier 179^1, attribuait à la Ck)mmune — après l'annexion des deux rues de Polignais et Tarantaise — 16.671 habitants.

A la fin de Tan II, en brumaire de l'an III exactement, il fat fait, dans le même périmètre, un minutieux recensement qui devait servir à la distribution du savon (demi-livre pour chaque individu). L'officier municipal, Pupil, fit ce recensement dans la section de VEgalilé (1); il nous a conservé les résultats généraux de ce tra* vail. Les voici :

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