Ô8 LA « COMMISSION RÉVOLUTIONNAIRE » DE LYON
Lafaye et Briinière étaient des indulgents ; les trois autres étaient durs : Parein et Corchand d'une façon constante. C'est Fernex qui départageait les avis en opinant presque toujours pour la sévérité. A.-F. Delandine, à qui j'emprunte ces détails, rapporteque Fernex disait souvent : Je donne ma vie pour que la Révolution triomphe. Il fut, en effet, assassiné dès le commencement de la Terreur blanche, le 6 pluviôse de l'an III (14 février 95).
La Commission siégeait à l'Hôtel de Ville, dans la belle salle du Consulat, sous le plafond où Blanchet avait] peint au xvii« siècle les Amours et les Grâces. Les juges se donnaient une allure militaire : uniforme bleu, épauleltes, sabre, cliapeau d'ordonnance à panache rouge. L*insigne particulier était un ruban tricolore en collier auquel était suspendue une petite hache en acier poli.
La Commission siégeait deux fois le jour, le malin de neuf heures à midi, le soir de sept à neuf heures. On a conservé, très vivant, le souvenir de ces audiences : la lecture du livre de Delandine (l), si attachante, Test particulièrement sur ce point. On voit les cinq juges panachés de rouge devant un long tapis vert, leur greffier à une extrémité, un secrétaire à une petite table en avant, l'accusé, sur un escabeau, en face des juges, surveillé par deux gendarmes à côté desquels le guichetier introducteur; en arrière, une ligne de soldats l'arme au bras et, contenus par une barrière, des auditeurs de choix que passionnait la tragédie.
Les deux inexorables tenaient la gauche du président et les deux indulgents la droite ; Delandine accusé entendit le président dire à son sujet : Deux contre deux, que faire donc *? Lafaye répliqua : Ton devoir; Delandine fut acquitté. Ce qui surprend dans le récit de Delandine, c'est la façon singulière de faire connaître le verdict. On suppose une formule d'acquittement ou de condamnation prononcée par le président. Voici ce que rapporte Delandine :
Celui-ci (le guichetier) était attenlif au signal qne les juges devaient donner. Souvent ce signal variait. D'ordinaire, les juges touchaient leur hache pour désigner la guillotine; ils portaient la main au front en indiquant la fusillade ; ils étendaient le bras sur la table pour accorder la liberté. Ces signes trop souvent furent équivoques, mal aperçus et diverses victime\s payèrent de leur tôle cette funeste erreur. Knfîn, on ajouta une dernière preuve de condamnation ou d'absolution. Deux registres furent placés sur la table, l'un devant le président Parein, l'autre devant Corchand. Le premier inscrivait le nom de l'acquitté; le second, le nom de celui que l'on condamnait.
La Commission révolutionnaire fut supprimée par un arrêté du
(1) Tableaux des Prisons de Lyon, 1797.