‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 38 sur 220 · LA « COMMISSION RÉVOLUTIONNAI HE » DE LYON · texte numérisé non relu

LA « COMMISSION RÉVOLUTIONNAI HE » DE LYON

14 floréal (3 mai). Dans les 155 jours de son mandat, elle a prononcé sur 3.528 afTaires, à chacune (fesquelles elle put consacrer, en séance publique, un temps qui a été évalué quelquefois à une minute et demie. Elle accuse, elle-même, 1.684 exécutions, 162 condamnations à la détention et 1.682 acquittements.

J'ai dit ailleurs (i) que la Commission temporaire avait tenu près de ce tribunal la fonction de magistrature d'instruction. Au dire de Delandine, c'est la Commission temporaire qui « tenoit l'énorme registre sur lequel on portoit les reproches et les actes accusateurs ». Si bien que les juges n'étaient saisis qu'après un examen préalable et un résumé des charges. Marino et Dulau, deux membres de la Commission temporaire, disent formellement que les prisonniers de Feurs furent interrogés « en première instance » par trois membres de celte Conimission avant d'être envoyés devant les juges (2).

Les Archives du Rhône conservent un registre qui contient les minutes des décisions des juges et qui prouve qu'il y eut des délibérations précédant la séance publique. Ces décisions, inscrites sous leurs dates, comme en un livre-journal, sont formulées en une simple liste des noms et prénoms suivis des plus laconiques indications : « En liberté », — ce En liberté, enrôlé », — m Ajourné pour avoir des renseignements », — « Détention jusqu'à la paix », — « Coupable ». Quelques noms sans indication furent inscrits, à la fin, sur la liste des condamnés à la détention. Les dates de ces décisions sont souvent celles des jugements, souvent aussi de la veille, rarement de l'avant-veille.

Mais ce qui frappe, c'est que la Commission révolutionnaire ne procède plus aux interrogatoires d'instruction ; il n'en est, au moins, aucune trace écrite. Je me demande quel rapide examen elle accorda aux volumineux dossiers qui lui furent envoyés de Feurs vers la fin de ses opérations.

C'est pour les exécutions de ce tribunal de Collot et de Fouché que fut inventée la mort par le canon ou les feux de salve : « le feu de la foudre » selon la rhétorique oflicielle du temps (3). Dès la

(1) Voir plus haut p. 39 : La Commission temporaire.

(2) Voir plus loin le rapport de Marino el Dulau, livre septième, chap. 2, § XVÏI : Javogues rappelé.

(3) La Commission temporaire avait dit :

€ Ilyaura, *au moins chaque jour, jusqu'à ce que tous les rebelles soient t réduits au dernier, et jusqu'à ce que le peuple ne soit plus agité par leurs t sourdes menées, cinquante, cent et même cent cinquante muscadins mis à « mort el pour rendre leur exécution prompte et plus imposante aux regards • du peuple justement irrité de leurs crimes, ils seront tous enchaînés et placés

dOO LA GUILLOTINE DE FEURS

première séance, le 14 frimaire (4 décembre), 60 mitraillés, le lendemain 209 ; trois jours après 73, etc., etc.

Les acquittements — par compensation — étaient prononcés avec un cérémonial destiné à faire impression. La Commission descendait sur le seuil de THôtel de ville, devant la place des Terreaux, et les sentences étaient lues entre des détonations de canon et des fanfares. Les acquittés étaient embrassés. En assez grand nombre ils étaient repris par la loi du recrutement et s'en allaient dans les armées de la République.

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