‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 50 sur 220 · ASSERMENTÉS · texte numérisé non relu

ASSERMENTÉS

A la suite de cette Instruction, les abjurations et les démissions commencèrent.

Le 28 brumaire (18 nov. 93), en une séance publique de la Société populaire de Saint-Etienne, l'abbé Baudin prononça ce discours qui fut imprimé :

A peine d('*gagé des liens de l'enfance, les mots de Liberté et d'Fpalité furent les premiers que ma bouclie articula, d'après rimpulsion de mon cœur. . .

(I) Voir plus loin § IX : L'argenterie des églises et les cloches.

Invariable dans mes principes et infatigable dans mes travaux, j'ai partagé mes faibles lumières aux Sociétés naissanles el par mes discours et par mes écrits, .rai été assailli d'imputations calomnieuses par les fanatiques auxquels j'ai cru ne devou* répondre que par le sourire de la piliô. .le passe sous silence l'époque où, éloigné de vous, je n'étois pas moins destiné à devenir la victime de la proscription lyonnoise uniquement parce que le tilre de clubislc étoit un crime aux yeux des royalistes muscadins.

Mais il est temps que je démasque et que je voue à l'exécration d'un peuple humain et ami de la raison les sacrilèges projets des prêtres fanatiques, ces êtres désorganisaleurs, ces hommes — s'il faut encore les appeler de ce nom — qui ont osé nous prêcher et nous faire la guerre au nom d'un Dieu de paix ; leur doctrine impie a fait couler plus de sang ^ur la surface du globe que les bayonneltes de toutes les puissances belligérantes. Dans quelques ouvrages que j'avois fait circuler (i), j'avois dévoilé leur hypocrisie sanguinaii*e pour tenter de les faire rougir; mais le sentiment de la honte enira-t-il jamais dans l'àme d'im monstre ?

Aujourd'hui. . . je me précipite dans les bras de mes concitoyens, je cesse des fonctions qui peuvent troubler l'harmonie sociale et je pratiquerai paisiblement, non cette morale que les hommes ont défigurée en l'accommodant à leurs passions, mais cette morale épurée, la seule qui puis.-e être agréable à l'Etre suprême (2).

L'abbé Baudin était certainement un brave homme ; je n'en veux pour preuveque les bons souvenirs qu'il a laissés et qui expliquent la biographie que lui a consacrée D. Descreux (3). Le style du temps mis à part, son discours veut, en somme, dire ceci : « Nous avons été divisés en deux églises ; j'ai été, je suis du côté de la Révolution; les réfractaires sont la cause de tout le mal et notamment de la guerre civile ; résultat : plus d'église ; je suis avec mes concitoyens et je ne troublerai pas la paix publique ; je me retire ».

Il est assuré que les abdications de ce genre furent nombreuses, mais il est diflicile d'en réunir les formules authentiquement consenties. Les registres du District en conlieiuient et aussi les registres des communes qui nous sont pan'enus (4). Alors qu'au milieu de l'an II, on reprit le service des secours annuels aux ecclésiasti-

(I) .le ne crois pas (pie ces « ouvrages » soient V(?nus jusqu'à nous. Sous la Restauration, le clci'gé lit rechercher avec zèle les témoignages de l'action révolulioimaire de ses membres.

ii) Bibliothêcpie de Saint-Ktienne. 2419 d(» mon CalaliMjnc.

(U) Biotjraphifg sflf'pfunmises.

(4) .le <'rois bien ne pas me tromper en at'lirniaet que ces procès- verbaux scandaleux ont été une des plus grosses l'aisons de destructions des registres communaux. L'apostasie des curés, constatée par des municipaux connus dans le pays, était un souvenir dont on eut hàle d'elTacerles témoignages.

ques qui avaient renoncé à leurs fonctions et à leur prêtrise, les ayants droit fournirent des pièces où, sous forme d'extraits de procès-verbaux et de certificats, ces abdications sont rappelées dans leur texte et leurs circonstances : les Archives de la Loire en conservent, de ce chef, une liasse que j'ai altentiveinent dépouillée.

De CCS sources, je tire les indications qui suivent sur l'attitude des prêtres assermentés dans le district de Saint-Etienne pendant Tan 11. Je limite ces indications, entre le 2 frimaire (22 nov. 9'S) et le 2 des Sans-culoltides de Tan 11 (18 septembre 94) : la première de ces dates étant celle du décret qui accorde un « secours annuel » aux évêques, curés et vicaires qui abdiqueraient leur état; la seconde étant celle du décret qui accorde le bénéfice du secours aux prêtres qui ont continué leurs fonctions (?) ou qui les ont abandonnées sans avoir abdiqué leur état. Il me paraît que, dans ces limites, les démarches faites auprès des administrations publiques par des prêtres supposent la condition préalable de leur renoncemenià l'exercice du culte.

Mais je dois faire cette réserve qu'en énumérant les décisions prises par ce grand nombre de prêtres de l'Eglise catholique, je n'entends pas les rendre solidaires et les associer danë les mêmes intentions. Je vois trop les différences. Pour les uns, c'est la mort dans l'âme que le sacrifice fût accompli, comme le plus douloureux témoignage d'obéissance à la loi et comme le plus douloureux aveu de l'impossibilité d'une résistance qui, cependant, eût été légale; pour d'autres, le dépôt des lettres de prêtrise ne fut que le témoignage de la peur ; pour d'autres encore, ce fut l'occasion de mettre d'accord leur situation et leur conscience en renonçant à des fonctions dont le caractère surnaturel ne leur apparaissait plus ; pour d'autres enfin, ce fut l'affranchissement d'une véritable servitude impatiemment supportée. Je n'ai pas l'intention de scruter les consciences. Je cite.

A) Le clergé de Saint-Etienne.

Piei-re-Raphaël Sonyer du Lac, curé de la Grand. — Des décisions du Comité de surveillance et de la Société populaire en date, toutes deux, du 22 pluviôse (10 février 94), établissent les faits :

Vu la déclaration du Comilé révolutionnaire en date du 16 pluviôse qu'il n'existe aucune dénonciation contre le citoyen Dulac, ci-devant curé de Saint- Etienne,

Le Comité de surveillance,

Considérant la conduite du citoyen Dulac avant et api-ès la Révolution ; qu'il a toujours donné des preuves du plus pur patriotisme :

l» Il a donné le premier l'exemple à tous ses confrères en prêtant le serment ordonné par la Loi avec les termes les plus énergiques qu'il n'a jamais démentis ;

^0 II a montré la conduite la plus révolutionnaire lors des assemblées primaires pour la nomination des électeurs ;

3» Il a toujours prêché hautement la Révolution et a toujours été attaché aux vrais patriotes, notamment à Vital Avanturier, Misson et autres ;

4® Il s'est récrié ouvertement contre ceux qui assistoient aux sections convoquées par le Département, leur disant que ces assemblées étoient illégales et contraires aux lois ;

5° Il a été dénoncé aux rebelles lyonnois qui l'ont arrêté et détenu pendant plusieurs jours ; ils ont même voulu le reprendre pour l'incarcérer de nouveau : il a été obligé de se retirer à la Tour d' Aurec pour se soustraire à leur fureur ; on lui avoit même dit qu'on devoit l'aller chercher ; il n'est revenu en celte ville que d'après la demande de la Société populaire qui l'assura qu'il n'avoit rien à craindre; de retour en cette ville, il a été admis à la Société populaire; a remis ses lettres de prêtrise au Directoire du District et a renoncé à sa cure dont il vuide maintenant le presbytère pour se retirer à la Tour d'Aurec près de son frère.

En conséquence, le Comité invite la Société à accorder l'attest^ion de civisme que le citoyen Dulac demande.

A Commune d'Armesville, ce 22 pluviôse, l'an 2« de la République une, indivisible et démocratique.

Montagne, — Louis Cave (1), — Serre, — Sovighe.

Dans la séance de la Société populaire du 22 pluviôse l'an 2«,

La Société populaire.

Considérant que le citoyen Dulac, ci-devant curé, a toujours donné des preuves d'un ardent civisme ;

Considérant qu'il a même été incarcéré par les Lyonnois comme une victime qui devoit tomber sous leurs coups ;

Considérant qu'il a envoyé ses lettres de prêtrise avec son abjuration formelle.

Arrête, à l'unanimité, qu'il lui sera donné une attestation de civisme.

Dehvieu, président, ~ F.-J. Benoit, — Pourrat, — Bonnaud, secrétaire»

Que le curé Sonyer du Lac ait délibérément renoncé, je ne dis pas à sa fonction, mais à sa vocation ; qu'à la fin de sa carrière, il se soit démenti lui-même, je n'en vois de motif et de raison déterminante que dans une longue évolution de Tesprit qui, à une heure propice, lui fit saisir Toccasion de la rupture depuis longtemps décidée. Ce curé était le fils d'un médecin ; son frère, Denis- Auguste, était aussi médecin et son second frère Jean avait été un magistrat instruit et documenté, dévoué aux idées nouvelles. Je reste assuré que cette famille était d'esprit philosophique, j'allais dire scientifique. Je crois que, dès ce moment, le curé se retira à

(i) Je ne lis peut-être pas bien cette signature.

LES DÊMfSSIONS ET LES ABJURATIONS DES PRÊTRES 159

Aurec où il mourut le 44 nivôse an XII (5 janvier 1804), âgé de soixante-quatorze ans. L'acte de décès présente cette particularité qu^l n'est enregistré que le 22 nivôse, huit jours plus tard. Pierre- Raphaël Sonyer du Lac y est dit « prêtre » : la déclaration est faite par Hector du Lac, son neveu.

François ThiolUèrSy curé de Notre-Dame. — Dans une lettre sans date adressée au District, il fait cette simple constatation :

Le 26 frimaire dernier, je fis remise de mes lellres de préirise el cessai, depuis celle époque, toute fonction.

Benoît Marcoux. — Poursuivi et incarcéré le 30 frimaire (20déc. 93), il ne fut mis en liberté que le 27 brumaire an III (17 nov. 95). Dans une lettre à Javogues, en date du 3 nivôse de Tan II (23 déc. 93), Tabbé Marcoux, détenu, écrit de la prison :

11 est vrai, j'étois prêtre ; mais depuis un mois je n'en faisois plus les fonctions ; j'ai même déposé mes lettres de prêtrise (1).

Gaultier^ à Saint-Etienne. — Dépose ses lettres de prêtrise le 2 germinal an II (22 mars 94). Il écrit en marge :

Je déclare que maintenant et à l'avenir, je ne ferai plus usage de l'efTet des présentes, lesquelles je remets à la République entre les mains du Directoire de Commune d'Armes, reconnoissant toujours les Droits de l'homme.

JourjoHy à Saint-Etienne. — Sur une déclaration du 24 messidor an II (12 juillet 94), Tabbé Jourjon exprime le regret de ne pouvoir déposer ses lettres de prêtrise ; il ne sait ce ce qu'elles sont devenues 9...

.l'ai renoncé et renonce pour toujours à l'état de prêtre, et je me comporterai en vrai républicain...

TliiollièreJean-Claudey à Saint-Etienne, auteur des Diversités littéraires, — Sur une déclaration du 24 messidor an II (12 juillet 94) :

A déclaré avoir abandonné sou étal de prêtre depuis environ dix-sept à dixhuit ans ; que, pendant cedit temps, il a seulement dit, par intervalle, quelquefois la messe ;... qu'il a prêté tous les serments exigés par les lois et que, pour rendre hommage à la vérité et comme bon républicain, il renonce a S(m caractère de prêtre et qu'il rentre dans la classe des citoyens libres et qu'il n'entend jamais exercer son état.

Chaleyer Henri, vicaire à Notre-Dame. — Déclaration au District enregistrée le 21 frimaire an II (11 déc. 93) :

(1) Dossiers de Feurs. — Marcoux.

Qu'il cessoil toutes fonctions ecclésiastiques ; en conséquence, qu'il abdiquoit pour toujours l'état de prêtre et a déposé ses lettres de prêtrise.

Sur un certificat de civisme du 21 messidor an II (9 juillet 94) :

...Atteste le civisme du citoyen Henri Chaleycr, et déclare qu'il le reconnoît pour un vrai républicain.

ChantalJean, vicaire à Planfoy. — Exprime ses regrets de n'avoir pu retrouver ses lettres de prêtrise (22 floréal an II-ll mai 94) et ensuite :

Il demande à ce qu'on insère dans le registre de cette administration les présentes par lesqtlt^lles il proteste contre toutes fonctions sacerdotales et promet de toujours vivre en bon républicain et observateur des lois.

B) Clergé de la vallée de Janon et du Gier.

Paul-François- Régis Jamon, curé de Saint-Chamond (Notre- Dame). — Déclaration à la Société populaire de Saint-Chamond, séance du 27 brumaire an lî (17 nov. 93).

Le citoyen Jamon président provisoire et suppléant a donné lecture d'une lettre écrite à la Convention par laquelle il abdique la prêtrise et lui déclare qu'il fait le généreux sacridee de ses lionoraires au prolit de la Nation ; enfin il renonce à sa cure et aux exercices de son ministère.

Une décision aussi formelle, une profession de foi aussi inespérée de la part du ci-devant curé .lamon a vivement alVecté l'assemblée qui n'a pu s'empêcher de lui en marquer son regret et sa sensd)ilité. La consternation et la douleur peintes sur tous les visages lui ont annoncé la crainte de le perdre (1).

Antoine-Pierre-Augustin Coliiiy curé de Saint-Julien-en-Jarez (nominalement), et de Saint-Pierre de Saint-Chamond. — Lettre au District du 3 fructidor an II (20 août 94) :

Je soussigné, curé démissioimaire de Sainl-Julien et de Saint-Pierre, déclare à l'administration qu'en déposant sur le bureau de la municipalité les lettres qu'elle a reçues, j'ai entendu, aux termes du décret du 2 frimaire, abdiquer les fonctions de prêtre.

Les lettres de prêtrise du curé Colin avaient été remises à la commune de Saint-Julien le 29 floréal an II (18 mai 94).

Claude Fanget, vicaire de Saint-Chamond. — Lettre au District du 8 messidor an II (26 juin 94).

(1) Procès-verbaux publiés par G. Lefebvre. — La consternation n'avait-elle pas pour cause la démarche elle-même, la « profession de foi inespérée »? Six jours après un municipal croyait devoir parler à la Société populaire pour apaiser les « inquiétudes » que causaient les démissions de préti'es.

Les démissions et les abjurations des prêtker 161

... Et vous invite à le porter sur le tableau des ecclésiasliqucs qui ont abdiqué leurs fonctions, à l'effet de jouir des droits que la loi leur accorde.

Les lettres de prêtrise de Tabbé Fanget avaient été remises à la commune de Saint-Chamond le 3 messidor (21 juin 9i). C'est de lui que Pignon dans ses notes dit : c Non déprêtrisé et fanatique » (I).

Le 3 frimaire an II (23 nov. 93) un officier municipal de Saint- Chamond prononça à la Société populaire un discours pour fi apaiser — dit le procès-verbal — les inquiétudes qui pourroient naître de ce que plusieurs prêtres donnent leur démission ».

Antoine Jamet, vicaire d'Izieu. — Certificat de la commune d'Izieu du 2 messidor an II (20 juin 94) :

. . . S'est toujours conduit en vrai républicain et a donné depuis la Révolution dos preuves de son civisme ; qu'il n'est point et n'a point été en état de rébellion, ni de détention ; qu'il a abdiqué son état et fonction comme il pareil par la remise de ses lettres et sa déclaration en date du 25 frimaire.

Claude Damichon, curé de Saint-Paul en Jarez. — Fit insérer au registre du District, le 23 ventôse an II (13 mars 9i), une lettre de lui à Chorel-la-Plagny par laquelle il annonçait l'envoi de ses lettres de prêtrise en s'excusant du retard :

... Je vous dis que je ne savois ce qu'elles étoient devenues; j'ajoulai que je présumois les avoir perdues depuis un jour qu'il plût sur mon bureau où elles s'étoient mouillées et que, probablement, je les avois mises au rang des papiers destinés à allumer le feu.

C'est un sacrifice qui me coûte ; mais comme je ne vis pas pour moi seul, je désire qu'il puisse contribuer au salut de la cbose publique...

Jacody curé de Chagnon. — Certificat de civisme du 8 pluviôse an II (27 janvier 94) :

... S'est toujours comporté en vrai républicain et a donné depuis la Révolution des preuves de son civisme.

Jean-Dapt. Fangety curé de Saint-Romain en Jarez. — Déclaration à la Commune du 6 nivôse an II (26 déc. 93) :

... Le citoyen Jean-Bapt. Fanget, membre dudit Conseil général et officier public déclare qu'il a cessé toute fonction ecclésiastique en sa qualité de prêtre et de curé de cette commune dans laquelle il avoit été appelé par le vœu du peuple ; il déclare, en outre, n'exercer plus que les Droits de l'homme et le

{1) Voir plus loin, livre VII, chap. 2, § VI : La reprise des poursuites. Les notes de Pignon,

devoir du citoyen. En conséquence, il a déposé sur le bureau ses lettres de prêtrise... Enfin, il requiert acte de son abdication...

Jean-Marie Laurençon, curé de Saint-Martin-la-plaine. — Je ne vois sur lui qu'un simple certificat de civisme en date du 2 ventôse an II (20 fév. 94) :

Léonard Lafay, curé de Rive-de-Gier. — Lettre au District du 4 messidor an II (22 juin 94) :

Plus jaloux d'être mis au nombre des ci-devant prêtres restés fidèles à la Patrie que d'être compté parmi les pensionnaires de la République, ma profession de foi sera dans tous les temps : la Liberté ou la Mort I Vive la République !

Certificat de là commune :

... A abandonné l'exercice des fonctions de prêtrise depuis le mois de novembre dernier (u. style) ; qu'il a exhibé un reçu du citoyen Vial, administrateur du département de la Loire en date du 22 frimaire constatant que ledit Lafay lui a remis ses lettres de prêtrise et autres ordres qui ont été déposés par ledit citoyen Vial entre les mains du citoyen Javogues...

François-Marie Vignelte^ vicaire à Rive-de-Gier. — Certificat de la commune, en date du \^^ messidor an II (19 juin 94) :

. . . Que le citoyen François-Marie Vignette a abandonné l'exercice des fonctions de prêtrise depuis le mois de novembre dernier (v. stylé) et qu*il a remis ses lettres de prêtrise au Comité de surveillance de ladite commune le 26 pluviôse (14 fév. 94).

Maurice Girard^ curé de Tartaras. — Certificat de la commune, eh date du il messidor an II (29 juin 94) :

Considérant que le citoyen Girard a constamment donné des preuves certaines de civisme et de républicanisme ; qu'il s'est toujours montré vrai ami de l'Egalité à laquelle il a rendu un hommage exemplaire en épousant une fille indigente, mais riche en vertus républicaines...

Il avait déposé ses lettres de prêtrise au District le 17 frimaire (7 déc. 93) en déclarant ce ne plus vouloir prêcher que la morale des peuples libres )>. Il avait vingt-sept ans en 94; était secrétairegreffier de sa commune.

Louis Astier, curé de Dargoire. — Récépissé de ses lettres de prêtrise :

J'ai reçu du citoyen Oranger, maire de Dargoire, les lettres de prêtrise de Louis Astier, ex-curé de Dargoire, dont décharge. Le 27 frimaire, l'an 2* de la République une et indivisible*

Saint-Didier.

Louis-FrançoiS'Marie Peyrorty vicaire desservant Pavesin. — Lettre au District, en date du 23 messidor an II (11 juillet 94) :

. . . Qu*ayant quitté Tétat et la fonction de prêtrise à la forme du décret du 2 frimaire qui accorde un secours annuel aux évéques, curés et vicaires qui abdiquent leur état...

Déclaration au District : séance du 23 messidor :

A comparu le citoyen Louis-François-Marie Peyron... qui a dit qu'en déposant ses lettres de prêtrise à ce District le 8 ventôse dernier (26 fév.), il a entendu abdiquer pour toujours les fonctions qui étoient attacliées audit état de prêtre et rentrer dans la classe des autres citoyens.

Claude Coppéréy vicaire de Jurieu. — Je ne vois sur lui qu'un simple certificat de civisme en date du 2 ventôse an II (20 février 94).

C) Clergé du rivage du Rhône.

Jean-Antoine Carnet^ curé de Chuyer. — Dépose ses lettres de prêtrise au District le 14 frimaire an II (4 déc. 93).

Louis Drivet, curé de Pélussin. — Requête au District, en date du 4 messidor an II (22 juin 94) :

. . . Muni d'un certificat de civisme et du reçu de l'abandon de ses lettres de prêtrise délivré par Tadministration le 14 nivôse (3 janv. 94). . .

Déclaration au District le 19 thermidor an II (6 août 94) :

... En faisant en ce Directoire le dépôt de ses lettres de prêtrise, il avoit entendu abdiquer toutes fonctions dudit état.

Louis Barjon, vicaire de Pélussin. — Lettre au District à la date du 19 thermidor an II (6 août 94) :

Lorsque j'ai déposé mes lettres de prêtrise, j'ai entendu renoncer à toules fonctions ecclésiastiques et abdiquer et me conformer à la loi du 2 frimaire an II.

Barjon avait 75 ans, était impotent et signait avec peine.

Claude Fronton^ curé de Chavanay. — Il est dit de lui au registre du District à la date du 7 ventôse (25 février 94) :

. . . Qu'il a donné dans tous les temps preuves de son civisme ; qu'il a donné asile aux patriotes persécutés par les rebelles lyonnois ; qu'il a fait déposer ses lettres de prêtrise et qu'il a abdiqué pour toujours l'état de prêtre. •

Sur un certificat de civisme du 6 frimaire an III (26 nov. 94) il est dit « agriculteur ».

Théophrède Journely curé de Saint-Pierre de beuf. — Déclaration au District faite avec Claude Dupuy, curé de Maclas, le 21 thermidoi an II (8 août 94) :

... En faisant en ce Directoire le dépôt de leurs lettres de prêtrise, ils avoient entendu abdiquer toutes les fonctions dudil état.

Journel fut poursuivi, écroué le 25 pluviôse (13 février 94) et mis en liberté par ordonnance du président du Tribunal criminel de la Loire le 25 messidor an II (13 juillet 94). .

Louis Ginct, curé de Maleval. — Lettre au District en date du 14 pluviôse an II (2 fév. 94) :

Je soussigné, déclare que lorsque j*ai remis au citoyen Plasson, maire de la commune de Maleval, mes lettres de prêtrise enregistrées le quartidi de la première décade du mois de nivôse, je ne croyois pas qu'il falloit autre chose ; mais puisqu'on exige une démission que j'aurois jointe auxdites lettres si j'en avois été instruit, comme j'ai toujours été bon patriote depuis la Révolution et conséquemment bon républicain et pour preuve de ma soumission aux lois et autorités constituées, je renonce à toutes les fonctions de. mon ministère, dans quel égard qu'il puisse consister, sans aucune résistance...

De la prison de Saint-Etienne où il fut écroué le 25 pluviôse (13 fév.), Ginet écrivit aux représentants le 9 ventôse (27 fév.) :

Aussitôt que je me suis aperçu et que j'ai eu connoissance qu'il falloit donner ses lettres de prêtrise et renoncer à toutes les fonctions de mon ministère, j'ai requis la municipalité de s'assembler pour les recevoir; je les ai déposées entre les mains du maire. . . J'ai même fait afficher mon mariage et je n'attends que mon élargissement pour épouser (1).

Ginet fut acquitté par le Tribunal criminel de la Loire le 1^»* thermidor an II (19 juillet 94). Il était fort peu instruit : il écrit « conscamant ».

Catellandf curé de Lupé. — Lettre au District en date du 10 messidor an II (28 juin 94) :

. . . Que le 20 nivôse dernier (9 janvier 94), mes lettres de prêtrise ont été remises à la municipalité dudit Lupé qui dressa procès-verbal.

Chorel aine, curé de Bessey. — Lettre au District en date du 17 nivôse an II (6 janvier 94) :

Je donne avec plaisir ma démission et vous assure que celle démarche que je fais d'un grand cœur ne coûte rien à mon cœur; que j'ai toujours nourri des principes puisés dans la plus pure source d'une philosophie éclairée et rai sonnée.

(1) Dossiers de Feurs. — Cuict»

Le 18 thermidor an II (5 août 94) il écrit au District :

. . . J'ai renoncé à Tétat et aux fonctions de prêtrise plus d'un mois avant renvoi de mes lettres au District conformément au décret du 2 frimaire. Je n'ai fait aucune fonction, ni n'en ferai aucune quand je vivrois mille ans.

Bien plus, je suis marié depuis près d'un au.

Claude Dupuy, curé de Maclas. — Certificat de civisme en date du 15 ventôse an II (5 mars 94) :

... A toujours donné des preuves d'un pur civisme et, véritable républicain; qu'il a invité les habitants de la commune dans le temps de la rébellion lyonnoise à ne donner aucun secours aux Lyonnois ; qu'au contraire, il les a invités à se lever en masse pour partir contre lesdits rebelles de Lyon, ce qu'ils ont fait avec empressement... Que depuis la fermeture de la ci-devanl église en date du 6 nivôse dernier (26 déc. 93), ledit Claude Dupuy n'a fait aucune fonction ecclésiastique...

Dupuy avait été poursuivi et écroué le 25 pluviôse (13 février 94). Il fut acquitté par le Tribunal criminel de la Loire le l®' thermidor (19 juillet 94). Le 21 du même mois (8 août 94), avec Journel curé de Saint-Pierre de beuf, il déclare au District :

... Qu'en faisant le dépôt de leurs lettres de prêtrise, ils avoient entendu abdiquer pour toujours toutes les fonctions dudit état.

André Tavernier, curé de Roisey. — Lettre au District en date.du 9 messidor an II (27 juin 94) :

. . . J'ai porté moi-même mes lettres de prêtrise au District de Commune d'Armes le 22 nivôse... (il janv. 94).

Une note au bas dit : « Abdication du 28 nivôse ». Il déclare au District le 12 thermidor an II (30 juillet 94) :

... Ha entendu renoncer pour toujours aux fonctions qui étoient attachées audit état de prêtre et rentrer dans la classe des autres citoyens et, pour comirmation, il a pris une femme...

Jean-Pierre TliomaSy curé de Véranne. — Lettre de démission au District en date du 8 pluviôse an II (27 janvier 94) :

... Me voilà sans état, après avoir éprouvé beaucoup d'ennuis dans la cure que je quitte sans regret . . .

Lettre au District en date du 21 fructidor an II (7 sept. 94) :

. . . Depuis longtemps j'aurois fait hommage de mes lettres de prêtrise si elles eussent été en mon pouvoir ; mais il est au su qu'elles me furent enlevées par la garde révolutionnaire qui passa à Véranne en mon absence ; mais, voulant donner un authentique témoignage de mon dévouement à la Loi, je renonce à toutes les fonctions ecclésiastiques et je demande qu'il me soit délivré un extrait. . .

Louis Dauphin, ancien capucin de Saint-Etienne, curé de Saint- Appolinar. — Déclaration à sa commune le 28 pluviôse an II (16 février 94) :

. . . S'est présenté le citoyen Louis Dauphin, notre ci-devant curé, et nous a adressé la parole ainsi qu'il suit :

Citoyens, maire et officiers municipaux, nous a-t-il dit, permettez que j'inten'ompe un instant vos occupations pour vous faire un aveu des plus sincères. Il y a environ quatorze ans que je fus décoré des titres qui me donnoient le pouvoir d'annoncer aux mortels les vérités morales puisées dans l'Evangile. Je vous proteste que je n'ai jamais abusé du caractère qu'ils imprimoient sur mon front. Si j'ai employé pendant tout cet intervalle de temps les moyens de la religion, ce n'a été que pour contribuer au bonheur de mes concitoyens et à leur faire aimer la Révolution et par mes actions et par mes discoui*s. C'est de quoi vous po.uvez me rendre justice à cet égard. Aujoui*d'hui que le Peuple françois ne reconnaît plus mon ministère utile, je vous déclare hautement, en bon citoyen et en bon républicain, que je ne ferai plus désormais aucime fonction ecclésiastique. Je ne puis, à la vérité, vous remettre les titres énoncés ci-dessus, attendu que j'ai été si souvent transplanté d'un pays à l'autre, que je ne sais réellement ce qu'ils sont devenus depuis bien longtemps ; mais je vous dépose, en revanche, ceux de mon institution canonique qui sont en mon pouvoir, pour en disposer comme bon vous semblera.

Jean-Joseph Goyety vicaire de Colombier. — Déclaration à sa commune le 17 nivôse an II (6 janvier 94) :

• . . Je cesse toutes fonctions de mon état et même renonce à toutes opinions religieuses qui pourroient être nuisibles à la République françoise, laquelle je jure de maintenir de tout mon pouvoir, même au péril de ma vie... et remets... mes lettres de diaconat, ne pouvant celles de prêtrise...

GOYET, démocrale juré.

Christophe Colombcty curé de la Versanne. — Dépôt de ses lettres de prêtrise au District, le 24 nivôse (13 janvier). — Certificat de sa commune du 26 prairial (14 juin 94) :

... Ayant donné dans toutes les occasions des preuves d'un vrai civisme soit par son attachemenl à la Révolution républicaine, sans aucune marque de rébellion, ni de détention, soit par l'abdication de son état et de ses fonctions et qu'il n'est pas parvenu à la connoissance qu'il ait fait depuis aucune fonction de son ministère.

Jean Villedieu, vicaire de Rutianges. — Déclaration à sa commune du 12 nivôse an II (l*"^ janv. 94) :

... Je vous remets mes lettres de prêtrise pour être portées au représentant du peuple et au Directoire. Je renonce à mes fonctions de vicaire et me retire comme un bon citoyen et un vrai sans-culotte (l).

(i) Notre rue Villedieu porte, je crois, le nom de cet ecclésiastique qui, devenu propriétaire à Saint-Etienne, donna des terrains pour cette rue. .

D) Clergé de la montagne et des vallées de VOndaine et de la Loire.

Jean-Pierre Carrât^ curé de Saint-Romain lès Atheux. — Lettre au District en date du 5 messidor an II (23 juin 94) :

. . A toujours obéi aux lois, a abdiqué Fétat de prêtre en donnant ses lettres de prêtrise, le l" ventôse (19 février 94).

Un certificat de la commune de Cemène-et-Furan (Saint-Genès- Malifau) dit :

... Le citoyen Pierre Garrot. . . résidant dans notre commune et employé aux travaux nationaux qui ont pour objet la réunion des eaux de Semaine et Furens.

Il fut appelé comme instituteur à Saint-Sauveur le 6 thermidor (24 juillet 94):

Jean Despinassey vicaire de Saint-Romain lès Atheux. — Dépôt de ses lettres de prêtrise au District le 9 nivôse (29 déc. 93), par le maire de Saint-Genès-Malifau, Monteux. — Une lettre de lui au District, non datée, dit :

... A depuis le commencement de la Révolution donné des preuves du plus pur civisme ; il a, conformément aux décrets de l'auguste Convention, abdiqué son état...

François Buissonj curé de Firminy. — Lettre écrite le 13 nivôse (2 janvier 93) à Dorfeuille, de la prison de Saint-Etienne où il avait été écroué le 20 octobre 93 :

. . . Depuis longtemps, par mes principes, je me fais un devoir de combattre les préjugés de nos pères. .. J'ai déclaré renoncer à mon élat et à l'exercice des fonctions qu'il me prescrivoit.

Mais prononcer publiquement cette abjuration est un acte auquel l'homme jaloux de se ménager l'estime publique se refuse. La loi seule peut éprouver ma soumission. La Convention ayant déclaré la liberté des opinions religieuses, peu importe à la République que je sois juif, catholique ou mahométan. Par conséquent, mon abjuration est indifférente, pourvu que la manifestation de mes opinions ne trouble pas l'ordre public (1).

Sur les instances de Pignon et de Javogues, Buisson fut mis en liberté par le Comité de Sûreté générale le 2 brumaire an 111 (23 octobre 94), après une captivité d'un an.

Noël CizeroHy vicaire à Firminy. — Dépôt de ses lettres de prêtrise au District le !«'• germinal (21 mars 94) par le maire de Fir-

(1) Dossiers de Feurs. — Buisson.

miny, Nicolas Perrin. — Lettre de lui au District, en date du 45 germinal (4 avril 94) :

Liberté, Egalité, ou la mort. — Dès que j'eus reconnu que le peuple enfin éclairé du flambeau de la raison et de la philosophie n'avoit plus besoin d'interprètes pour rendre hommage à l'Etre supérieur, je n'hésitai pas, dès le mois de frimaire, de renoncer aux fonctions que j'exerçois depuis près de deux ans.

En même temps, je fis hommage à la République du traitement que la loi m'avoit accordé comme ministre du culte et à la philosophie des lettres de prêtrise dont j'étois nanti.

(Voir le suivant).*

Antoine Ravel, vicaire à Firminy. — Lettre au District en date du 9 fructidor an II (26 août 94) :

... Le 19 frimaire, il déposa ses lettres de prêlrise et déclara ne plus vouloir exercer...; que sans cesse il s'est conformé aux lois; que son amour pour la Révolution lui a mérité un certificat de civisme le 3 nivôse dernier ; que ses principes éloient si connus que vous l'investîtes de votre confiance pour être membre du Comité de surveillance de ce canton.

Noël Cizeron et Antoine Ravel firent au District le 17 germinal (6 avril 94) une seconde déclaration :

. . . Réitèrent leur abdication de prôtraille, connaissant celle horde inconstitutionnelle et fanatisée. . .

Antoine Barbier, curé de Salnt-Paul-en-Cornillon. — Simple certificat de civisme en date du 7 nivôse an II (27 déc. 93).

Vincent Ravel, vicaire au Chambon. — Certificat de sa commune en date du 23 vendémiaire an III:

... A exercé les fonctions de vicaire depuis le 28 août 1793 (vieux style) jusqu'au mois de décembre de la même année, époque où il a cessé ses fonctions pour se conformer à la loi.

E) Clergé au nord du District.

Benoit-Martin Sauvage, curé de Villars. — Certificat de civisme en date du 5 messidor (23 juin 94) : ^

... A donné dans tous les temps des preuves non équivoques du civisme et du patriotisme ; qu'il a prêté tous les serments exigés par la loi et qu'il a remis ses lettres de prêtrise.

Alexandre Montagnon, curé de Saint-Héand. — Poursuivi et incarcéré le 30 ventôse (20 mars), avec sa servante Catherine Layé,

pouravoir engagé à la célébration du dimanche ; il fut mis en liberté par le Tribunal criminel en messidor. Après sa libération, il écrivit au District, le 16 thermidor (3 août 94) :

Je soussigné, ci-devant curé de Montpailloux (Sainl-Héand), déclare au directoire du District de Commune d'armes, que je me suis engagé avec le ciloyen Delorme, monteur, pour apprendre le montage rue ci-devant Saint- Jacques ; que je ne prétends plus faire aucune fonclion de mon état de prêtre el qu'à la forme de la loi, j'abdique cet état pour me rendre utile à la République en exerçant le montage des fusils... Je déclare aussi que j'eus fait celte déclaration plus tôt, si je n'eus été en état d'arrestation.

Dumas, curé de Chatelus. — Déclaration à sa commune en date du 19 frimaire (9 décembre 93) :

. . . Déclare renoncer à toutes les fonctions ecclésiastiques que j'ai exercées jusqu'à présent. . . Je me dévoue en qualité de citoyen au service complet de la République et, dans l'espoir que j'ai de pourvoir personnellement à ma subsistance, je fais don à la Patrie des huit cents livres offertes à tous les fonctionnaires qui, comme moi, renoncent librement et authentiquement à tout ministère ecclésiastique.

Clément Gontard, vicaire de Fontanès. — Lettre au District en date du 30 fructidor (16 sept. 94) :

. . . Qu'il s'est toujours fait un devoir d'exécuter de point en point les lois de la République et de s'y conformer. . .

Ennemond Laval, cur^de Sorbiers. — Lettre au District en date du 18 thermidor (5 août 94) :

. . . Qu'en remettant mes titres et lettres de prêtrise à la commune de Sorbiers, où j'étois ci-devant curé constitutionnel, j'ai renoncé à jamais ; que j'ai abdiqué mon état de prêtrise et que jamais je n'exercerai le métier sacerdotal auquel j'ai renoncé depuis le conmiencement de nivôse.

A la suite de ces déclarations de prêtres du district de Saint- Etienne» j'en vois d'autres qui touchent de près au district et dont les démarches purent y causer quelque surprise.

Benoît Frottoriy curé de Vaugneray, né à Saint-Etienne, produit au District un certificat de civisme en date du 16 floréal (5 mai 94). II est possible que la production de ce certificat ait été motivée par une constitution de domicile à Saint-Etienne.

Etienne Perrier, curé de Niévroz (Ain), né aussi à Saint-Etienne, produit un certificat semblable. Etienne Perrier se maria et devint commissaire de police et instituteur à Saint-Etienne. Sa rétractation

i70 LES DÉMISSIONS ET LES ABJURATIONS DES PRÊTRES

achetée, a-t-on dit, in articula morlis par le curé Desheures, de la Grand, en 1832, a été le sujet d'une protestation véhémente (1).

Jean-François Pinately ex-capucin, demeurant à Saint-Etienne. — Dépôt de ses lettres de prêtrise le 26 thermidor an II (13 août 93) et ensuite :

A déclaré qu*il renonce pour toujours aux fonctions aUachées audit élat et rentrer dans la classe des autres citoyens. . .

Jacques Beriholon, vicaire de Saint-Jérôme en Bugey, né à Saint- Paul-en-Jarez, y demeurant. — Déclaration relevée en un procèsverbal de la commune de Saint-Paul, le 22 floréal an II (H mai 94):

. . . Qu'il a quitté ses fonctions de prêtre depuis environ six mois, qu'il l'a fait de gaieté de cœur ; qu'il auroit donné ses lettres de prêtrise dès ce temps si elles eussent été en son pouvoir ; mais il les avoit malheureusement laissées audit Jérôme...

Joseph Auquier^ curé de Mornant. — Poursuivi et incarcéré à Saint-Etienne le 22 octobre 93, il fut acquitté à Lyon le 30 ventôse (20 mars 94). De sa prison," il écrivit au représentant du peuple Girard, le 6 nivôse (20 déc. 93) (2) :

. . . J'ai depuis longtemps quitté le métier de prêtre ; je soupire après les Droits de l'homme. Soyez donc justes, humains à mon égard, et crions avec des voix réunies auprès de l'arbre de la Liberté : Vive la République une et indivisible !

Antoine Bajard^ curé de Goise. — Dépôt de ses lettres de prêtrise au District le 22 messidor (10 juillet 94) :

... En renonçant à la qualité de curé,* il a entendu renoncer en même temps et pour toujours à l'état de prêtre et rentrer dans la classe des autres citoyens...

Jean-iîap^ Jacquier, curé de Saint-Just-sur-Loire, ancien chanoine de Saint-Rambert. — Déclaration à la commune de Saint-Just le 22 germinal (11 avril 94) :

... Il n'a cessé dans ses discours publics et particulière d'échauffer autant qu'il a pu le patriotisme de ses «oncitoyens et de les exhorter à la soumission • aux lois et à l'amour de l'ordre. Dès qu'il s'est aperçu que le ministère ecclésiastique étoit prohibé dans la République, sinon par des décrets, au moins

(1) Rclraclation scafidalense imposée à Varticle de la mort de Af. Penne^^, cidevant ecclésiastique et depuis commissaire de police et instituteur à Saint- Etienne. A Saint-Etienne, imp. Pichon. In 8», 16 pp. (D'un nommé Vincent).

(2) Dossiers de Feurs. — Auquier.

par des faits qu*il regardoit avec raison comme des signes non équivoques de la volonté du peuple souverain, il s'est fait un devoir de s'en abstenir et a, de suite, abandonné le poste de Saint-Just-sur-Loire, conduite qu'il est bien décidé à, tenir toujours.

Christophe Béneventy curé de Saint-Rambert. — Déclaration à la Commune en date du l*»" nivôse (21 déc. 93) :

. . . Mes lettres de préirise n'existent plus, les ayant brûlées dans le temps, attendu que j'avois résolu de ne plus accepter aucune place de curé, ni de vicaire et attendu qu'il paroit que l'exercice public du culte pourroil apporter quelque trouble à la tranquillité publique.

Je ne veux pas sortir des limites du pays slcphanois, mais qu'il me soit permis de dire que cette liste pourrait être allongée considérablement par le dépouillement des papiers des autres districts. J'ai relevé nombre d'abjurations de ce genre dans le Forez, des curés de Feurs, Chambéon, Montrond, Poncins, Meylieux, Saint- Romain le puy, etc., etc., quelques-unes suivies de promesses d'union avec une « épouse vertueuse y>.

J'ai dit que je ne voulais pas juger. Il faut bien cependant que je dise que si ces démarches et ces déclarations ont été toutes consenties sous la pression de la violente politique du temps, quelquesunes ont l'air d'être la capitulation sur le chemin de l'échafaud. Âuquier de Mornant, Ginet de Maleval, Du puy de Maclas, Journel de Saint-Pierre-de-beuf, Marcoux de Saint-Etienne écrivaient de la prison peu rassurés sur la manière dont ils en sortiraient. Sur des accusations d'une extrême faiblesse, leurs collègues, leurs amis, Aguiraud de Saint-Genès-l'Erpt, Bourdely de la Fouillouse, Nabonnau de Saint-Christô-en-Jarez, patriotes comme eux, ayant comme eux prêté les serments, allaient payer de leur vie des actes ou des paroles dont les conséquences coupables ne sont pas facilement visibles. La terreur de la tête coupée, je la vois dans le laconique interrogatoire d'un vieux prêtre de Mon tbrison, Jean-Pierre Laffont, âgé de 66 ans :

D. Âs-tu prêté le serment ordonne par les lois sur les ecclésiastiques ?

— Oui.

D. T'es-tu déprêtrisé?

- Oui (1).

La peur fît aussi que quelques-uns de ces prêtres très assermentés s'enfuirent, n'étant sûrs de rien. Pierre Abrial, curé de Taran-

(1) Dossiers de Feurs. — Laffont.

taise, fut pris d'une telle épouvante que, dès les premiers jours d'octobre, sans qu'une poursuite ait été dirigée contre lui, il partit mener la vie errante des prêtres réfractaires. Plus tard, il écrivit au registre de sa commune :

Il manque ici l'enterrement de la veuve Tard y, dite Turenne, du Pas du rieu, qui fut fait le 9« octobre susd. année que je ne pus pas écrire, étant poursuivi pour être traduit à la guillotine ; mais les jambes me garantirent.

Abriàl (1).

Il faut remarquer ici et noter que dans ces tristes papiers des abjurations, le clergé paroissial de Saint-Etienne compte de fières abstentions. Dans le groupe des anciens prêtres sociétaires, les deux Blachon, Louis et Antoine, Michel Bodet, Pierre Fodrin, Jean- Louis Peurière, Pierre Fournel, Nicolas Dormand n'apportèrent aucune renonciation, ne déposèrent aucune lettre de prêtrise. On ne les voit solliciter leur part des secours annuels qu'après le décret de la Convention (2*^ des sans-culottides-18 sept. 94) qui étend le bénéfice du secours annuel à ceux qui n'ont ni abdiqué, ni renoncé.

Il est sûr que le plus grand nombre des prêtres constitutionnels subit sans résistance l'odieuse tyrannie, n'osa pas s'aventurer dans une guerre où ils pouvaient, non seulement compromettre leur sécurité, leur vie, mais compromettre nombre de pauvres gens, municipaux et amis qui, peut-être, leur eussent prêté secours. Dans presque toutes les paroisses, on vit le curé se retirer devant la municipalité consternée fermant Téglise. On le vit apparaître déposant ses lettres de prêtrise, humilié, consentant un procès-verbal rédigé pour gagner l'approbation des puissants à qui on devait en envoyer ampliation.

Certes, ces soumissions de la pensée devant la force menaçante sont un bien pénible spectacle. Il le fut cependant moins dans le district de Saint-Etienne que dans certains autres districts de la République. Albitte, dans l'Ain, parvint, plus que ses collègues, à obtenir ces abjurations; il avait rédigé une formule. Pour le seul district de Bourg, il paraît certain qu'il put faire paraître en une fête décadaire du 20 pluviôse (8 fév. 94) 83 prêtres qui avaient renoncé

(1) Je ne vois le nom d'Abrial sur aucune liste de « conspirateurs d. A la date du 9 octobre, le jour de la prise de Lyon, aucune arrestation n'avait été faile à Saint-Etienne. Pignon en avait fait dans le Rivage, mais personne n'en prévoyait les conséquences, Abrial — à cause même de sa fuite — figura sur la lisle des prêtres recherchés par le District, le 18 vendémiaire an III (9 octobre 94).

à rétat ecclésiastique. On lui prête cette moqueuse brutalité : « Ces bougres- là signeraient TAlcoran, si je le leur présentais » (1).

Rien de plus désastreux ne pouvait atteindre le clergé constitutionnel qui, si courageusement, s'était mis du côté de la Révolution. Je dis que, par conséquence, il ne pouvait rien arriver déplus désastreux à la Révolution elle-même. Sans atteindre réellement le catholicisme, cette courle campagne d'apostasie fit grandement le succès des réfractaircs. Quelle peine avait-on de démontrer aux âmes fidèles que ces prêtres du serment, ces prêtres de l'élection avaient en réalité renié leur Dieu? Ce qui sauva un peu ces prêtres et leur permit de reprendre le culte plus tard, c'est que les esprits simples admettent volontiers que, pour sauver sa tête, on sacrifie sa dignité.

Quanta l'effet de propagande anti-religieuse que, sans doute, on espérait, je ne l'aperçois pas. Le croyant malmené plie la tête quand il n'a pas la force de la résistance; il est même capable de donner au persécuteur, quand le persécuteur est méchant et pour acheter sa bienveillance, une apparence d'approbation ; mais là s'arrête l'effet. L'orage passé, l'état des choses apparaît ce qu'il était avant. Pourquoi serait-il changé ? A-ton pu changer les idées et les convictions? A-t-on fait luire une autre lumière dans les esprits ? On n'y a laissé que le souvenir d'un temps pénible qui excite plutôt la haine.

C'est vers la fin de l'été de l'an III que le District rendit aux déposants leurs lettres de prêtrise (2). On ne put rendre ni les déclarations inscrites au registres des communes, ni celles apportées au District ; on ne rendit même pas bien des lettres inutiles qui rappelaient ces déclarations et les certifiaient en les aggravant.

(1) Voir Ph. Le Duc. Histoire de la Révolulion dans l'Ain, Bourg, 1883. In-12, 6 vol.

La formule d'abjuration d'Albitte est avérée par plusieurs documents. Je la trouve dans les Papie^^s- inédits trouvés chez Robespierre, (Paris Baudoin, 1828, T. 1, p. 339) :

« Je , convaincu des erreurs par moi trop longtemps professées, déclare

en présence de la municipalité de y renoncer à jamais ; déclare également

renoncer, abdiquer et reconnaître comme fausseté, illusion et imposture tous prétendus caractère et fonctions de prêtrise •: . . .

Sur des états officiels, Âlbitte avait inscrit les noms de 361 prôtres soumis à sa formule de rétractation. Les 83 noms du district de Bourg ne semblent pas contestés.

(2) District. 16 fructidor, an III (2 sept. 95).

4?4 LES ÉGLISES t^^ERMÉES ET LES CllOtK ABATTUES

C^impression fut à Saint Etienne extrêniement profonde et pénible quand on eut la conviction que, sur l'exemple de Paris et de Lyon, le culte pouvait être interdit. C'est une chose à noter que le registre de la Commune ne contient aucun arrêté, aucune mesure, aucune allusion à un procès-verbal de fermeture des églises et de cessation du culte.

A Saint-Chamond, c'est le 9 frimaire (29 nov.) que la Commune, sur la réquisition de son procureur, ordonna la fermeture des trois églises des paroisses et de celle de THôtel-Dieu. La mesure avait été précédée d'un discours. Un membre avait dit :

La raison vient enfin de triompher du fanatisme, dix-huit siècles d'erreurs, de pei*sécutions et de sang n'avoient pu desciller les yeux d'un peuple égaré par les prestiges d'une religion qui enfanta le despotisme et qui n'existoit que pour le soutenir.

Dans les campagnes, c'est un peu plus tard que les églises furent fermées, ou silencieusement, ou sur de laconiques délibérations. Je citerai comme exemple ce qui se passa à Maleval le 6 nivôse (26 décembre, lendemain de Noël) :

Ce jourd'hui sestidi de la première décade de nivôse an deuxième de la République frangoise une, indivisible et démocratique,

Le procureur de la Commune ouï.

En vertu de Vlnsti^uction adressée aux autoriU's constiluées des départements de Rhône-et-Loire, et principalement aux municipalités des campagnes et aux Comités révolutionnaires, par la Commissio7i temporaire de surveillance républicaine établie à Ville-Affranchie par les représentants du peuple, en dale du 26 brumaire, d'enlever tous les vases, ornements d'or et d'argent des églises,

En nous conformant à ladite Instruction, avons fait transporter de suite lesdites matières en la maison commune pour être statué ce qu'il appartiendra.

Et, de suite, par la même Instruction d'anéantir tous les symboles extérieurs de la religion, en nous conformant à ladite Instruction, les avons fait anéantir et, de suite, avons fermé l'église.

Et avons signé avec notre secrétaire-greffier :

Plasson, maire; — Nème, Limone, officiers; — Cotte, Nème, notables; — Dumas, procureur de la Commune,

Dans toutes les communes il y eut une cérémonie de ce genre,

LES ÉGLISES FERMEES ET LES CROIX AÈATtUES lîô

il y eut lin jour où la Révolution s'aliéna toutes les consciences; où, pour obéir à la terrible volonté qui disposait de la vie et de la mort, les municipaux fermèrent l'église. Les unes plus tôt, les autres plus tard, toutes subirent le caprice de l'abominable dictature.

Combien des meilleurs patriotes furent consternés. Quelques tentatives furent faites pour réagir : elles réussirent fort mal. En voilà une faite à la Société populaire de Saint-Chamond, le 22 frirnaire (12 déc.) :

Un citoyen fait lecture au nom de ses collègues d'une pétition tendant à demander Texercice de leur culte dans une maison nationale. La Société répond, par Torgane de son président, que chacun est libre d'exercer en particulier, dans sa maison, son culte, et non en corporation.

A Saint-Etienne, la population fut vraiment frappée de stupeur quand il fut bien acquis que la célébration du culte était supprimée et interdite et quand on vit des ouvriers employés à démolir dans les églises tout ce qui en rappelait la destination religieuse. L'effet fut moins pénible quand, vers le milieu de pluviôse, on vit transformer en atelier de forge, la vieille église de la Grand; on était déjà saturé d'impiétés et blasé sur les étonnements. Mais le premier coup fut extrêmement sensible. Elles furent nombreuses les familles où on se sentit frappé au cœur et où on commença à considérer comme les pires des vauriens ceux qui représentaient la République !

Les âmes pieuses furent extrêmement frappées par la descente — j'allais dire la déchéance — des grands crucifix peints au naturel qui étaient dressés tout en haut dans le vide de l'arcature ouvrant le chœur. 11 y eut vite des légendes. Morel rapporte qu'à la Grand un « petit butor... porteur de falot aux bourgeois » (i), fut, subitement, frappé de mort après avoir dit du crucifix descendu : <r Voilà celui qui nous a trompés »; ce qui n'est guère dans la tradition du a Sans-culotte Jésus crucifié par les aristocrates » que je vais rapporter quelques lignes plus loin. Deux maçons auraient été tués à Notre-Dame dans la périlleuse opération du descellement au sommet des voûtes. La vérification est impossible. Morel ne donnant pas les noms et l'état-civil n'indiquant pas les circonstances des décès (2). Une tradition dit que le crucifix de la Grand

(i) C'était une petite profession de la rue que d'éclairer, pendant la nuit, la marche des bourgeois dans les rues obscures.

(2) L*état-civil indique bien, vers ce temps, un maçon mort à THôtel-Dieu ; mais quelle raison de croire que ce décès se rapporte au fait raconté par Morel qui compte deux victimes?

fut traîné au feu la corde au cou, la face contre terre. Celui de Notre-Dame aurait été conservé par un citoyen Testard. On fit, dans les terrains de notre place Marengo, un feu do joie des dépouilles : on brûla notamment les confessionaux et des statues. A Notre-Dame, selon Pupil — qui était officier municipal en ce moment — on déchira les tableaux, on brisa stupidement le buffet d'orgues acheté du couvent de Sainte-Catherine et on envoya Tétai n aux magasins nationaux. Pupil — un vrai patriote — ne manque pas de rappeler partout, dans ses notes, quels soins il apporta à faire conserver à Notre-Dame la chaire, les stalles et la grosse cloche et à empêcher de briser le maître-autel en marbre blanc qui fut, alors, vendu et racheté en 1796 par souscription (l).

Ces désaffectations des églises ne se firent pas sans manifestations d'impiété, d'autant plus grossières qu'elles avaient pour but de prouver, par l'impunité du plus énorme sacrilège, l'impuissance de la divinité outragée. On reprenait la vieille démonstration : briser les images des dieux sans craindre la foudre de Jupiter. On provoqua ainsi, de gaîté de cœur, des indignations qui loin de s'atténuer, grandirent. Viennent les assassinats de la Terreur blanche, dix-huit mois plus tard, nombre d'esprits simples verront la justice céleste opérant par la main des meurtriers !

En attendant, on se racontait avec stupeur les profanations les plus insolentes : Reynard-Tivet, dit « grand Reynard » avait bu dans un calice, y avait fait boire plusieurs personnes, y avait même fait boire un cheval. . .

On a vu plus haut que l'arrêté, la décision plutôt, de la municipalitéde Maleval ordonnant d'anéantir les « symboles extérieurs de la Religion » visait V Instruction de la Commission temporaire. L'arrêté qui, à Saint-Etienne, ordonne la démolition des croix en est la reproduction textuelle : il est du 15 frimaire (5 décembre; :

Le Conseil général de la Commune,

Considérant que les chemins et places publiques sont la propriété de tous les François et que, tous n'ayant pas le môme culte, flatter la crédulité des uns, c'est attaquer les droits et choquer les regards des autres ;

Considérant qu'en tolérant tous les cultes, la Commune n'en reconnoît aucun de dominant ;

(1) n serait injuste de ne voir dans ces notes de Pupil qu'une tentative de justification. Pupil rapporte des faits qu'il a regrettés bien sincèrement et qu'il eût voulu empêcher. Pupil était resté attaché à la politique religieuse de la Constituante. (Voir ses notes sur la souveraineté des conciles, la nomination des évoques, les prérogatives du pouvoir civil, l'organisation ecclésiastique, etc.).

LES ÉGLISES FERMÉES ET LES CROIX ABATTUES ill

Ouï le substitut du procureur de la Commune ;

Arrélent que les croix qui se trouvent dans différentes places ou rues de cette commune seront abattues.

Une délibération du 3 ventôse (21 février) témoigne que les débris encombraient les chemins. C'est un arrêté du District du 7 fructidor (24 août) qui met la pierre des croix « et autres débris du fanatisme » à la disposition de l'entreprise des travaux révolutionnaires (1).

L'effet de mesures semblables dans le District et le département est attesté d'une voix unanime. Les fanfaronnades officielles mises à part, aucune délibération n'approuve sincèrement : partout on sentou la soumission indignée ou, déjà, le sentiment de la révolte.

A Bourg-Argental, le registre delà commune ne dit rien. Mais le 24 pluviôse (iO février) J.-B. Robert agent national, Cl. Lacou officier municipal et Petit notable furent arrêtés, tous trois pour le même motif : « pour avoir toléré — je cite l'accusation contre Petit (2) — que l'église fut dévastée sous ses auspices, des objets les plus conséquents, pour les soustraire^ disait-il, au brigandage de Varmée révolutionnaire ». Petit était accusé, en outre, d'avoir préparé « une délibération qu'il se proposoit de faire signer au peuple et où étoient imprimés ces motifs et le ferme propos de demeurer attachés à la religion catholique (tentative scandaleuse et punissable par la loi dans un fonctionnaire public) ». Ces municipaux de Bourg-Argental étaient ceux qui avaient été appelés après la révocation des municipaux ci-devant nobles (3).

A Saint- Jean-de-bonnes-fonts, le pays des béguins illuminés, je ne vois pas non plus la fermeture de l'église, mais j'ai sous les yeux une délibération du 20 frimaire (10 décembre) où la Commune, après s'être demandée « où l'on pourroit trouver un endroit propre à la proclamation des décrets et autres objets propres à instruire le public » arrête :

L'Assemblée a unanimement reconnu que l'église étoit le lieu le plus commode... En conséquence, ladite église sera ouverte toutes les fois que la loi imposera des instructions à la municipalité pour communiquer au public.

En outre, la Commune déclare le même jour :

(1) Voir plus loin, livre huitième, chap. 2, § XXI : La fabncalion des at^tneit et le$ travaux révolutionnaires.

(2) Dossiers de Feurs. — Petit Pierre.

(3) Voir plus haut, page 69.

Ayant fait brûler sur la place publique tous les titres de féodalité qui étoient déposés au domicile du citoyen Bernou, ci-devant Rochetaillée. . . ainsi que ceux du citoyen Bérardier, ci-devant de Grézieux.

Et, le 23 frimaire (13 déc.) elle constate que, quand elle a offert à l'adjudication la descente des cloches, personne ne s'est présenté et qu'il lui a fallu recourir à des ce manœuvres ». Le 27 et le 28 (17 et 18 déc), on fit l'inventaire de l'église.

A Saint-Julien-en-Jarez, c'est le 1**" frimaire (21 novembre) que les (c vases sacrés » furent portés à la Commune. La Commune se dit (( persuadée que l'or et l'argent ne sont d'aucune utilité pour le culte et que tout doit céder à la Patrie en danger », mais ne dit rien de la suppression du culte.

Une lettre du Département en date du 15 nivôse (4 janvier), adressée à Javogues(i) donne des renseignementssur les fermetures d'église :

Nous avons envoyé des commissaires dans les districts... pour s'assurer de l'exécution de nos arrêtés..., chargés de renverser les autels du fanatisme pour élever sur leurs débris ceux de la sainte Raison . . .

Et la lettre dit de Saint-Just-en-Chevalet :

Durelle, juge de paijc du canton, a été menacé pour avoir fait fermer l'église et enlever les croix.

A Saint-Germain-la-val, émeute des femmes, c'est « une horde féminime » qui s'est révoltée :

Les femmes ont rendu leur conduite libcrticide par l'outrage impie fait à la statue de la Liberté. . .

• La tranquillité publique veut que l'on s'assure de tous les prêtres du canton de Sainl-Just-en-Chevalel qui n'ont pas donné la démission de leurs lettres de prêtrise, qui chantoient, qui sermonoient, qui catéchisoienl et qui ont eu la hardiesse de dire des messes de minuit dont rassemblée illégale doit faire prévoir tous les maux qui pourroient résulter d'un culte qui est contraire aux Républiques.

Et à Saint-Bonnet-le-château :

Le citoyen Potoy, revenant de commission, étant à Bonnet-la-Montagne, a été témoin d'une scène scandaleuse excitée dans la Société populaire par des fanatiques demandant des églises, des prêtres, des cloches, des processions et que l'un d'eux a assassiné le président du Comité de surveillance ; mais les scélérats sont actuellement dans la maison d'arrêt à Feurs et le citoyen Fusil, membre de la Commission temporaire, en est instruit.

(1) Arch. de la Loire. L. 79.

CHATEAUNEUP-RANDON A SAINT-ÊTlENNE 179

La mission du citoyen Fusil n'est pas dans le cadre de cette étude. Je me borne à indiquer par le témoignage de l'administration persécutrice, rintensité de la persécution : il ne faut plus tolérer aucun prêtre ; il ne faut plus tolérer aucun culte, voilà ce que dit le Département à Javogues.

CHATEAUNEUF-RANDON A SAINT-ETIENNE PROTESTATIONS CONTRE LA FERMETURE DES ÉGLISES (I)

Le passage à Saint-Etienne, le 8 frimaire (28 novembre), de Châteauneuf-Randon s'en allant dans la Lozère, fut marqué par des incidents qui font lumière sur l'esprit de la population.

La Commune et la Société populaire firent diligences pour bien recevoir le député très connu dans la région pour sa participation au siège de Lyon. La Commune lui envoya cinq commissaires chargés de compliments, Fauriel le premier. La Société populaire lui envoya aussi une délégation pour lui présenter des hommages et lui dire qu'elle « seroit charmée de le posséder un instant dans son sein ». Châteauneuf-Randon était à la Commune quand les délégués le rencontrèrent : il se rendit aussitôt à la Société populaire où, reçu par des applaudissements, il dût prononcer un discours qui fut recueilli au procès-verbal dans la forme suivante :

Ghàteauneuf-Randon offre, dans un discours très éloquent, le tableau de lout ce qu'a fait la Montagne pour le bonheur des François ; il peint avec des traits énergiques les maux que firent sur le globe entier les jongleries des prêtres ; il fait voir avec quelle adresse ces mêmes prêtres s'éloienl servis de l'ignorance des liommes pour faire un dieu du Sans-culo^e Jésus qui avoit été crucifié par les aristocrates de son siècle... ; il a fait la motion de faire une adresse à la Convention nationale pour lui demander de mettre Jésus au Panthéon françois à côté des Marat et des Pelletier. . . Par là, dit le représentant du peuple, nous étonnerons les habitants du globe avilis par la superstition à qui nous donnerons le coup de la mort.

Cette motion un peu extraordinaire fut fort applaudie et Pignon nommé commissaire rédacteur de cette adresse. Le lendemain, 9 frimaire (29 novembre), Châteauneuf-Randon

(1) V. pour ce paragraphe les procès-verbaux de la Société populaire de Saint-Etienne des 8 et 9 frimaire. Bibliothèque de Lyon. Fonds Coste 17926.

présent, il y eut à la Commune des protestations sur lesquelles le procès-verbal ne s'explique pas. Le même jour, le soir, à la Société populaire, Châteauneuf-Bandon présidant, les protestations sont renouvelées. Il convient, ici, de citer le procès-verbal :

...Le même (Pignon) fait lecture d'une adresse à la Convention nationale que la Société l'avoit chargé de rédiger et qui avoit pour but d'inviter la Convention à détruire les derniers signes de fanatisme sacerdotal, à consacrer à la raison et à la vérité des temples qui existent encore, enfin à placer au Panthéon, à côté des Marat et des Pelletier, le Sans-culotte Jésus qui fut crucifié, comme ami du peuple, par les despotes de son siècle.

Cette adresse adoptée a été couverte des plus vifs applaudissements.

Voici le texte de l'adresse conservée en original aux Archives nationales dans les papiers du Comité de Salut public :

La Société populaire d'AiTuesinllCy département de la Loire^ à la Convention nationale.

Citoyens représentants !

La Société républicaine d'Armesville, frappée de la majesté du peuple françois, de sa marche rapide vers la raison et la philosophie, se voit encore avec peine enchaînée sous le joug des prêtres qui, à l'ombre de leurs autels, s'engraissoient de ses sueurs et s'enrichissoient à ses dépens. Le voile que leurs impostures accumulées pendant prés de 18 siècles ont jeté sur ses yeux se déchire avec peine, et le peuple croit stupidement encore que ce morceau de bois mis en croix est la vraie image de cet Etre éternel qui anime tout et que personne n'a vu. Jésus homme fut un des premiers amis du peuple ; aussi périt-il de bonne heure et fût-il sacrifié par les despotes, les prêtres et les nobles de son temps. S'il est devenu un dieu, c'est sans s'y attendre et par la trame scélérate des prêtres qui ont profité de l'enthousiasme d'un peuple qui l'aimoit pour le déifier, vivre à ses dépens et sans rien faire.

La Société républicaine d'Armesville qui ne croit pas plus aux miracles qu'aux sorciers et aux revenants voudroit qu'on abattit le fanatisme et qu'on honorât Jésus ; en conséquence, elle réclame pour lui les honneurs du Panthéon à côté des vrais amis du peuple; que tous les temples qu'on lui a élevés soient consacrés à la Raison et à la Vérité ; que son buste y soit placé avec ceux de Marat, Pelletier, Chalier et autres victimes de la Liberté ; que ces temples ne soient ouverts que les jours de la décade et qu'enfin tous ces signes superstitieux de croix, de saints, saintes et autres prétendus martyrs disparoissent de nos temples et places publiques et y soient remplacés par des tables de pierre où seront gravés les Droits de l'homme. . .

Si vous le décrétez, le peuple françois aura de nouveau bien mérité de l'univers entier...

Armesville, octody frimaire, 2« année républicaine.

J.-B. Bonnand, Voytier,

Dervieu, secrétaire, Soviche,

Laforest, président, Heynard,

Fontvieille, Faure (?)

Verrier, secrétaire, Catelan,

Benoit, secrétaire, Cognict,

Jouijon-Robert, Vital Descot,

Thomas, J. Fromage,

André Cizeron, Deléage,

Montagne, François Siauve,

Jean Verrier, Colomb,

Pierre Lardon, Chôme!,

Lacroix, fils, Guéri n,

Pignon, Misson,

Antoine Badoit, Poncetton,

A. Emonin, Claude Trouillicr.

Ces mesures d'abominable tyrannie associées aux plus provoquants sacrilèges suscitèrent, même dans l'auditoire de la Société populaire, une réprobation si violente qu'à la fin de la séance, il y eut quelque vacarme» Le procès-verbal reprend :

Le représentant du peuple a fait un discours 1res énergique dans lequel il a prouvé avec quelle scélératesse les prcires avoient jusqu'à présent trompé les hommes ; tout ce que la raison et la philosophie ont de plus sublime et de plus vrai a été dit par lui pour désabuser le peuple.

Cependant, des bouches impies achetées sans doute par le fanatisme ont osé crier qu'elles vouloient toujours des prêtres. Ces cris étoient ceux de quelques femmes qui annonçoient que le parti des fanatiques comptoit encore quelques prosélytes.

C'est alors que Chàteauneuf-Randon a déployé le caractère majestueux digne d'un représentant d'une grande nation : il a sommé ces femmes plus égarées que coupables de ne point faire retentir de leurs cris insignifiants les voûtes du temple sacré de la Liberté, de ne point gêner des délibérations qui avoient pour but le bonheur de leurs enfants et de tous les françois.

La Société populaire couvre ce discours des plus vifs applaudissements et la séance est levée dans un saint enthousiasme.

Le procès-verbal de la Société dissimule fort. A en juger par les mesures qui furent prises, la manifestation fut importante. Les courageux citoyens et citoyennes qui criaient leurs protestations devant un représentant armé de tous les pouvoirs de la mission, devant le maire Johannot, les municipaux et les membres du Comité de surveillance, ne croyaient, sans doute, commettre ni crime, ni délit, ne se jugeaient en aucune façon punissables, ni surtout assimilables aux «r rebelles». Mais ils savaient bien qu'ils faisaient acte d'opposition aux puissants et qu'en réclamant la liberté de leur culte garantie par la loi, ils étaient exposés, malgré tout, à des ressentiments.

Ces protestations se renouvelèrent. Le 11 frimaire (lo»" décembre), elles paraissent avoir été ardentes. Je n'aperçois, de ce fait, aucune poursuite, mais un violent arrêté d'intimidation qui prouve la gravité des incidents. Le District et la Commune réunis, délibèrent dans un étrange style :

182 CHATEAUNEUF-RANDON A SAlNT-ÉTIENNE

12 frimaire (2 décembre).

Considérant que la malveillance agitant les torches du fanatisme sème dans les esprits ignorants des maximes subversives de l'ordre, compromet la sûreté publique, environne le peuple de larmes craintives sur sa religion pour le pousser à quelques mouvements désordonnés afin que l'aristocratie pût mettre à profit les troubles et les divisions intestines ;

Considérant que des agitations violentes ont éclaté sous les fonnes les plus terribles dans une séance publique de la Commune où étoit le représentant du peuple Chàteauneuf-Randon et que, le soir, la même scène se répétoit avec scandale à la Société populaire et que, hier, 11 frimaire, la liberté des opinions y fut audacieuseinent violée ; que les hurlements affreux du fanatisme retentirent dans ce temple de la raison; que l'erreur intolérante voulut étouffer, sous ses lois et par ses menaces, la voix douce et persuasive de la philosophie ;

Considérant que d'après les rapports qui nous ont été faits sur la situation présente de la ville, il importe pour le maintien de l'ordre qu'il y ait une force imposante pour comprimer les agitateurs, déjouer les manœuvres scélérates des malveillants qui travaillent le peuple surtout pour surexciter une insurrection ;

Ouï le Procureur-syndic,

Arrêtent ce qui suit :

I. La force révolutionnaire qui devoit aller à Feurs passer la revue est requise au nom de la tranquillité publique de rester à Armes-Commune et elle y sera inspectée par un commissaire nommé par le Directoire ; copie du présent arrêté sera de suite envoyée par une ordonnance du Département.

II. Ou enverra un exprès à Commune-Affranchie pour instruire la Commission temporaire de notre position, la prier de nous envoyer quelques-uns de ses membres poiu' répandre les lumières dans Armes-Ville et dissiper les préjugés et envoyer aussi un détachement de l'armée révolutionnaire parisienne.

Signé : Missox, — Voytier, — Ciiorel la Plagny, — Laforest, procuvettr-syndw ; — J.-B. JoHANNOT, maire.

Voilà les autorités publiques sous la protection de la force. On appelle la troupe étrangère : les soldats qui ne sont pas du pays et seront sans scrupules ayant été enrôlés pour les plus vilaines besognes, les arrestations et les escortes de Téchafaud.

Cet arrêté ne fut pas laseule mesure. Cliâteauneuf-Randon songea à mieux. Il écrivit à ses collègues de Lyon :

13 frimaire (3 décembre).

Il est essentiel de faire juger et entendre sur le champ les détenus : la plupart étant de gros manufacturiers, les ouvriers les réclament. Je proposerais ou de les faire aller à Feurs ou de faire voyager le tribunal et la guillotine dans celle ville; elle y ferait grand effet.

c( La voix douce et persuasive de la philosophie » devait êlre entendue et le vœu de Chàteauneuf-Randon eut certainement pour

effet de dicter la dernière disposition de l'arrêté des représentants donnant pleins pouvoirs à la Commission révolutionnaire de Feurs :

16 frimaire (6 décembre).

Arrêtent, en outre, que celte Commission viendra tenir des séances à Armesville pour y juger les détenus et y faire exécuter leurs jugements.

Après les estafiers, la guillotine. Mais cette décision ne fut pas exécutée : Javogues devait venir qui allait en disposer autrement.

Le détachement de l'armée révolutionnaire vint aussitôt. Il était commandé par un nommé a Macquart capitaine et commandant du détachement de l'armée révolutionnaire de Paris » qui avait sous ses ordres un lieutenant nommé Secretain, un sergent-major nommé Darcourt, un maréchal de logis nommé Thibaut et des sergents nommés Christiaens et Kine. Je prends ces noms sur le livre qui rapporte leurs exploits : le livre d'écrou de la prison du district. Cette troupe était du 3<^ bataillon ; Thibaut était de la 3« compagnie et Kine de la 7®

Au dire de Pupil le détachement comptait 400 fiommes. « Elle était composée, dit-il, en grande partie par des étourdis, et commandée par des chefs exaltés et turbulents ».

Chàteauneuf-Randon fut assez frappé de cette manifestation pour en prévenir le Comité de Salut public. Le 17 frimaire (7 décembre), il lui écrivait de Mende :

Au moment où la Convention nationale ordonnant que je resterois adjoint, à la place de Montant, à mes collègues Collot d'IIerbois et Fouché, près l'armée des Alpes et à Commune-Affranchie, en vertu de son premier décret et de voè diverses lettres, malgré la faiblesse de ma santé, j'étois déjà dans les montagnes de la Haute-Loire, de la Lozère.

Je m'arrétois dans les Sociétés populaires d'Annesville, de Monistrol, d'Yssingcaux, du Puy, de Langogne, de Mende ; j'y préchois la raison et la grande révolution faite sur le culte de l'erreur et des superstitions. J'y apaisois des insurrections religieuses à Armesville (je vous envoie son procès-verbal et une adresse à la Convention), à Monistrol et à Yssingeaux. . .

« Insurrection religieuse », dit Châteauneuf-Randon. Les autorités avaient dit déjà : « mouvements désordonnés, agitations violentes sous les formes les plus terribles ». N'allait-on pas réprimer ces excès ?

Le détachement de l'armée révolutionnaire arrivé, on se mit résolument à l'œuvre.

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