LES FÊTES DE L'ABOLITION DU CULTJE
et, à côté, deux autres particuliers lui jetant du papier entortillé comme pour se moquer de lui, et celui qui était habillé en prêtre se tournait et faisait des gestes comme un imbécile.
On se rendit sur la place de Marengo, on y brûla un Christ et les ornements de l'église.
Et celle où Ton avait représenté les rois par des fantômes. ..
Le ot particulier habillé en prêtre » figure aussi dans la fête du 10 nivôse (30 décembre), celle où les rois étaient représentés. Répétition de programme ou confusion de souvenirs?
Le « particulier habillé en prêtre » dans la pensée du narrateur — un témoin bien placé — n'était certainement pas un prêtre. Cependant, les notes du nommé Morel rapportent :
... On a fait des processions où Von a mené dans les rues des ânes couverts des habits sacerdotaux. Les abbés P..., .Tulliard, B... suivaient lesdits ânes et déclamaient les plus abominables propos contre la Religion...
P. . . et B. . ., c'est sans doute Peurière et Baudin qu'il faut lire. Je ne m'arrête pas un instant à cette calomnie contre deux prêtres patriotes si honorablement connus à Saint-Etienne pendant si longtemps, et dont l'un fut plus tard curé de Saint-Ennemond (Polignais). Un homme qui aurait consenti à de telles turpitudes n*eùt, à aucun prix, été élevé à de hautes fonctions, sur le lieu même, par l'autorité ecclésiastique.
Le poème patois sur la Terreur (1) rapporte aussi des souvenirs sans précision :
D'autrous, un autrou jour, firount vais Poulegniai Onte dins la chapella é Tontrerant à chavouai, Lou députa Javogues que lai y ère à lio têta (2) De faire pis que z-ellous se fasit una fêta ; 0 l'oset bére un cop dins lou vase sacra. Et présenta la coupa à tous sous scélérats.
En quittant Poulegniai vou ère un jour de década, E Orount avouai de z-anous una vraie mascarada ; E lous curirount tous avouai de-z-ornamonts, Massurou qu'é vouliant faire fêta o démoun. N'en vio que portayant ne sais qu'unes bannéres Onte o l'y ait d'écrit, mais pas ron de prières. Peus son, n'en venit un, plus cruet que Judas, Que traînait lou boun Dio par lou faire breula Avouai ce que sarvit dins le saintes égleyses ! Incoure ompachiant-z-y de ramassa le breyses.
Tous lous bouns citouyons ériant si ébahis Qu'é faisiant que ploura, préïe Dio et gémi.
(1) Attribué à l'abbé Piney.
(2) Javogues n'est revenu à Saint-Etienne que le 27 frimaire (17 décembre).