TA FÊTE DE CHALIER
monument dessiné par del Gabio et exécuté en bois: c'était quelque pyramide tronquée sur laquelle une urne argentée, tic un vase d'argent comme un bassin », dit Morel. Trois membres de la Société populaire : Guérin, président du Tribunal civil, Fauriel et Emonin avaient été chargés, le 8 frimaire (28 nov.), c< de présenter quatre inscriptions pour être placées sur des arbres qui doivent orner le mausolée de Chalier ». C'est cependant Pignon qui, le lendemain, donna lecture de huit inscriptions « offrant au peuple de grandes vérités ornées de toutes les grâces de la poésie ». Quand, plus tard, il fallut payer ce monument expiatoire, un conflit s'éleva entre la Commune et le District^ conflit qui fut terminé par l'imputation de la dépense sur la Taxe révolutionnaire (1). Mais dans les raisons alléguées par le District, il en est d'historiques qui doivent trouver ici leur place :
17noréalanII(6mai94).
. . . Considérant que si Tadministration du District en a donné l'adjudication, c'est parce qu'elle y a été contrainte par le citoyen Girard, représentant du peuple, et par les commissaires nationaux Dorfeuille et Millet ; que les membres qui la composent ont même été menacés d'être mis en état d'arrestation s'ils s'y refusoient ;
Considérant que quoique l'administration du District en ait donné Tadjudication et ait surveillé la construction de ce monument, il n'en est pas moins, pour cela, un monument particulier de la reconnaissance des citoyens de Communes d'ai'mes envers le vertueux Chalier...
Le jour de la fête, entre les discours et les musiques indispensables, on fit brûler de l'encens dans le vase et envoler une colombe : la colombe était dans le rituel des fêtes à Chalier.
11 y eut aussi, ce jour-là, un sacrifice d'an ordre particulier. Le président du Tribunal Guérin et Pignon ofTrirent en holocauste leurs diplômes d'avocat qui furent brûlés. C'est Pignon qui eut cette idée; Guérin suivit. Pignon avait, dans la séance du 9 frimaire (29 nov.), déposé sur le bureau de la Société populaire <( les lettres d'avocat qu'il avoit obtenues sous le régime scélérat où l'on étoit forcé d'acheter le droit de défendre l'innocent opprimé par l'oppresseur impuni » et il avait demandé que ces lettres fussent brûlées le jour de la fête de Chalier. Guérin présent n'avait pu se dispenser de suivre un si bel exemple (2).
Un peu partout on célébra Chalier. Le 29 brumaire (19 novembre),
(1) Payé à del Gabio et Moulin, menuisier. Le 9 floréal (28 avril), la Commune refusa de payer 2.156 liv., reste de la dépense dont une quête n'avait couvert qu'une faible part.
(2) Bibliothèque de Lyon. Fonds Coste 17926.
188 l'argenterie des églises et les cloches
le Département ordonnait pour le lendemain, 30, à Feurs, une « pompe funèbre en Thonneur de Tinfortuné Chalier ». Elle ne fut célébrée qu'un mois plus tard à Saint-Paul-en-Jarez, le 30 frimaire (20 décembre).
On sait qu'à Lyon les administrations — je n'ose dire qu'elles aient représenté l'opinion — avaient donné l'exemple et que, dès le 20 brumaire (10 novembre), les « cendres » de Chalier avaient été exhumées en une fête triomphale. Je ne veux rapporter de cette cérémonie que l'impression qu'en transmit au Département l'administraleur Vial, de Rive-de-Gier, témoin oculaire :
Ville- Affraiicllie, 20 brumaire (10 nov.)
Hier, l'on guillotina dix personnes coupables de rébellion. La veille on en avoit mis six à mort. Et la Commission populaire va bon train, ainsi que la Commission militaire.
Aujourd'hui, un speclacle a réjoui les citoyens patriotes qui se trouvent ici : l'on a fait une pompe funèbre en mémoire des citoyens victimes des anthropophages qui domi noient à Lyon. La marche et le cortège étoient superbes ; on a porté le buste de l'immortel Chalier parfaitement bien imité ; son corps a été tiré de terre et il a été brûlé et ses cendres ont été mises dans une urne. La pluie qui est venue mal à propos n'a pas ralenti l'ardeur des patriotes (1).
l'argenterie des ÉGLISES ET LES CLOCHES
A la fermeture des églises correspondit, naturellement, la rigoureuse exécution de la loi du 10 septembre 1792 : l'inventaire et l'enlèvement de toute l'orfèvrerie consacrée au culte, de tous les ustensiles de cuivre, de plomb et d'étain, de toutes les cloches à l'exception d'une seule réservée au service civil par le décret du 23 juillet. Un décret du 8 fritnaire (28 nov.) instituait une sorte d'argenterie nationale où toutes les dépouilles devaient être centralisées.
A Saint-Etienne, du 17 au 23 frimaire (7-13 déc), on procéda dans les églises à des inventaires dans lesquels on n'entrevoit jamais le souci d'une appréciation de la valeur artistique. Ce travail fut fait le 17 à Notre-Dame, le 18 à la Grand, le 19 à l'Hôpital, etc.
(l) Archives de la Loire. L. 79.
l'argenterie des églises et les cloches 189
Ce qui fut enlevé des églises de Saint-Etienne est indiqué avec précision dans un état du 13 frimaire an III (3 décembre 94) qui ne comprend pas seulement les dépouillements de^ églises paroissiales, mais aussi ceux des églises conventuelles entièrement opérés (1). Toutes les pièces y sont désignées avec leur poids : ostensoirs, calices avec leurs patènes, ciboires, croix, lampes, etc. De l'ensemble, il résulte qu'aux deux paroisses et aux couvents il a été enlevé :
En or : 3 onces (Vne croix à Notre-dame).
En argent : 1.027 marcs 7 onces, 23 deniers et 6 grains.
En cuivre : 3.932 livres et demie.
Soit 105 grammes d'or; 288 kilog. d'argent et 1.460 kilog. de cuivre. En ne tenant aucun compte de la valeur artistique et en rapportant ces métaux à notre monnayage actuel on aurait 325 fr. d'or; 57.600 fr. d'argent et 3.500 à 4.000 fr. de cuivre.
Ces totaux ne marquent pas la fin des opérations: il y eut des addenda. Au registre du District, on trouve au 29 frimaire (19 décembre) :
Il a été remis au Directoire, de la Commune-d'Armes, par les ci-devanls Pénitents de cette ville, vingt-sept marcs d'argent et trois onces neuf deniers, laquelle quantité ils avoienl soustrait. Ce n'est qu'après des recherches exacles et des menaces qu'on est parvenu à leur faire apporter ladite argenterie. De toul quoi on a donné décharge aux citoyens Buisson et Midor.
Et, enfin, ce sont sans doute les mêmes ultimes dépouilles que le citoyen Iteynard apporta à Javogues le 11 nivôse (31 déc.) et dont celui-ci s'empressa de donner récépissé :
. Le citoyen Renard m'a remis pour faire homniage à la Convention nationale :
Deux ostensoirs, deux calices, deux patènes, deux ciboires, provenant de
Véglise de Saini-E tienne ; — deux ostensoirs, deux calices, deux patènes et un
ciboire et une croix d'or où il y a vingt-quatre diamants provenant de Véglise
de Notre-Dame de Saint-Etienne ; ^ un ostensoir, trois calices, trois patènes
et un ciboire provenant de l'église de l'Hôpital de Saint-Etienne ; — un
ostensoir, deux calices, deux patènes et une boète à huiles provenant de Véglise
de la Charité de Saint-Etienne ; —• un ostensoir, un calice, une patène, deux
ciboires, un encensoir, une boète à hosties, une boète à huiles et la navette de
l'ostensoir provenant de Véglise des Minimes.
Et pesant savoir : la croix d'or avec les diamants trois onces et tout le surplus
d'argenterie pesant cent trente-sept marcs.
A Commune-d'Ârmes, le 11« nivôse de la 2« année de la République
démocratique.
Le représentant du peuple, Javogues (2).
(i) Arch. de la Loire. L. Q. 08 his.
(2) Enregistré au District le 19 pluviôse (7 février).