LA MISERE
Nous n'avons pas le recensement des inoccupés et des indigents que la nouvelle Commune fit établir dès ses premières séances ; mais de ce que je viens d'exposer, il résulte, on le voit bien, une situation lamentable. Au milieu de la guerre civile, les industries stéphanpises ont achevé de se perdre. Seule, la fabrication des armes prenait de Textension. Les travaux de la soie n'existaient vraiment plus. La quincaillerie, la grande source de travail, qui occupait habituellement tant de bras, les deux tiers de la population urbaine, avait diminué sa production dans de telles proportions qu'elle n'expédiait presque plus rien : quelques commandes militaires de clous à ferrer, d'éperons, etc. On verra, le 13 prairial (!'-'»■ juin) la municipalité s'adresser à Noël Pointe et le prier d'intervenir en faveur des ouvriers quincailliers « que le Maximum réduit à l'indigence », le peu de travail à exécuter devant l'être à un prix trop faible.
Le chômage énorme enti*ainait énorme misère. Un certain nombre d'ouvriers de la quincaille et de la soie s'étaient faits armuriers avec l'aide de l'Etat qui donnait la journée de vingt sols pendant l'apprentissage; mais tous les ouvriers n'étaient pas aptes à apprendre un métier qui exigeait une habileté relative. Et puis, le nombre des apprentissages était nécessairement limité par la production et celle-ci limitée elle-même par la production spéciale — qu'il était difficile d'augmenter subitement — du canon et de la platine. Les canonniers et les platineurs exerçaient une profession difficile qu'ils ne s'empressaient pas de vulgariser.
Les places d'apprentis se disputaient. Des jeunes gens riches ou aisés — pour l'exemption du service militaire — les enlevaient à prix d'argent aux pauvres ouvriers sans le sou.
De telle sorte qu'un grand nombre d'ouvriers de la quincaille et de la soie étaient sans travail, que tout le travail des femmes était perdu. La ville retentissait des plaintes de ces gens sans salaire, qui terrifiaient les campagnes par leurs audacieuses entreprises de maraude et de vol. Des communes de la Haute-Loire paraissent avoir souffert cruellement du chômage des travaux de la soie. On voit les municipalités de Laple, Raucoules, Dunières, Montregai*d^