‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 75 sur 220 · LA CONSTITUTION DE FRIMAIRE · texte numérisé non relu

LA CONSTITUTION DE FRIMAIRE

Desverneys et Lafaye quittèrent radministration départementale : Desverneys ne signe plus à partir du 3 nivôse (23 déc). Le 5 (25 déc), le Conseil, obéissant à la loi se sépare en promettant de servir la Révolution avec plus de dévouement encore.

Le Département n'est plus, dès lors, qu'une Commission administrative dont chacun des membres assure une part des services. Pour nivôse, la répartition est ainsi arrêtée :

1® Bureau du président : Grégoire Chana;

2» Conlribulions et subsistances : Thiollière, — Potey ;

3» Manufactures, Canaux, Boutes : Gaulne, — Bertuel, — Dumas ;

4" Surveillance, Domaines nationaux : Chana, — Dubessey, — Coignet.

Secrétariat général et archives : Guyot.

b) District,

Le Conseil et le Directoire unis restent en permanence.

Le Conseil avait des siùges vacants ; trois membres devaient être remplacés : Jean-Bapt. Vernay, de l'administration des armes, était détenu ; Bruel de Sainl-Héand et Gaspard Doron deRochetaillée, — «c ne pouvant venir », avaient fait accepter leur démission. Un arrêté du 27 nivôse (16 janvier 94) leur donna pour successeurs :

Michel Lacroix, père.

Docteur Foujols,

Ennemond Clair, de Vallée-Rousseau (Saint-Chamond).

Les deux premiers furent inslallés le même jour. Lacroix et Clair avaient fait partie du Conseil du département.

Il est à remarquer que la Commission hébertiste établie à Lyon avec le titre de Commission temporaire de surveillance républicaine ne céda point aux prescriptions du décret du 14 frimaire et continua de fonctionner. Il est visible toulefois que son action se limita à Ja ville et aux environs de Lyon. Ce n'est point parmi ses membres que Javogues choisit ses agents.

Appelé dans la Bourgogne par le décret du 9 brumaire (30 octobre), Javo^ues ne s'y rendit que vers la fin de brumaire (milieu de novembre). Le 18 frimaire (8 décembre), il écrit au Comité de Salut public : ce Je suis depuis environ trois semaines (v style] dans le département de Saône-et-Loire ».

Son action, dans ce pays, est trop en dehors de mon étude d'histoire stéphanoise pour que j'en recherche les détails. Cependant, il faut bien remarquer la similitude des arrêtés pris par lui à Mâcon et de ceux qu'il avait déjà pris ou qu'il allait prendre dans la Loire. Une collection d'affiches conservée aux Archives nationales (A. Fii 186) permet d'en éiiumérer quelques-uns :

5 frimaire (25 novembre). — Renouvellement des administralions : Département de Saône-et-Loire; — District de Mâcon ; — Tribunal du district de Mâcon et Tribunal de commerce.

6 frimaire (26 nov.). — Organisation des Comités de surveillance et nomination du Comité de Mâcon.

12 frimaire (2 déc). — Sur les grains.

13 frimaire (3 déc). — Le Tribuna-l criminel de Sa6ne- et- Loire fixé à Autun.

13 frimaire (3 déc). — Suppression du district de Bellevue-lesbains; répartition des 34 communes entre les districts d'Autun et deCharolles :

... D'infâmes conslituants de l'Assemblée naiionale, loin de s'occuper de la chose publique, ne calculoient que sur des intérêts de localité et ne chorchoient qu'à multiplier les établissements.

13 frimaire (3 déc). — Institution à Mâcon d'un tribunal révolutionnaire, dit a Commission populaire », composé de cinq juges, ua accusateur public et un greffier.

15 frimaire (5 déc). — Les églises transformées en temples de la Raison, sièges des Sociétés populaires ; on y lira les papiers publics et les décrets ; on y fera des instructions sur les droits et les devoirs ; les presbytères seront affectés aux municipalités ; on entretiendra l'hiver des feux publics ce pour le soulagement de l'Humanité souffrante ».

Tous les édifices existants dans les départements de Saône-et-Loire el de l'Ain connus sous le nom d'églises seront provisoirement convertis en Sociétés populaires et temples de la Raison.

16 frimaire (6 déc). — Les châteaux, dans les déparlemenls de Saône-et-Loire et de TAin, seront démolis aux frais des communes; les matériaux seront distribués aux Sans-culottes.

16 frimaire (6 déc). — Les arrêts et détentions à domicile interdits.

46 frimaire (6 déc). — Vente aux enchères publiques des récoltes des biens séquestrés.

Etc.

Dans une lettre datée de Mâcon, Javogues expose au Comité de Salut public les points importants de son action :

18 frimaire (8 déc).

... J'ai aussi pris un arrêté pour faire démolir les chàteaux-forts ; j'ai ordonné que les matériaux qui proviendront de ces démolitions seront distribués aux Sans-culottes pour se construire des chaumières.

De toutes parts, les prêtres viennent déposer, sur l'autel de la philosophie et de la raison, les signes ridicules avec lesquels ils troinpoient le peuple ; ils s'empressent de faire amende honorable et d'abjurer leur charlatanisme. Les vils métaux d'or et d'argent pieu vent en quantité. Les communes viennent en foule apporter les simulacres do. la vanité et de l'orgueil, avec lesquels les charlatans de la cour de Rome lient les peuples qui ne sont point libres à leur berceau et à leur tombeau.

J'ai pris un arrêté pour que, dans les endroits où il n'y a pas de Maisoncommune, rédillce national destiné au ci-devant curé servit d'installation et de Maison-commune et qu'il y eût un feu public pendant l'hiver, pour le soulagement des Sans-culottes, dont les frais seront supportés par les communes.

Dans cette même lettre, Javogues adressait au Comité un état de Tai^enterie saisie. Le lendemain, 19 frimaire (9 déc), il arrivait à Bourg où son passage causa comme une panique.

Il y a apparence qu'une délégation était allée à Mâcon prier Javogues de venir dans l'Ain exercer quelque action sur laquelle je ne suis pas fixé. Ce qu'il voulut y faire on le voit clairement :

lo Constituer un tribunal révolutionnaire à Bourg;

2" Requérir et emporter les métaux précieux ;

3® Détruire « les signes extérieurs du fanatisme et de la superstition j>.

Et, en outre, appliquer ses arrêtés de Mâcon.

Pour une telle entreprise, il fallait une force publique comme

cette armée révolutionnaire parisienne dont un détachement important terrorisait Lyon. En venant à Bou^g, Javogues en amena 400 hommes.

Et aussitôt on passa à l'exécution. Pendant deux jours on perquisitionna malgré les protestations et on malmena les gens qui défendaient leur foyer. L'émoi fut extrême. Le 21 frimaire (H déc), à la fin du premier jour de ces violences, Javogues prononça à la Société populaire, en une fête de Marat, un discours qui avait pour objet d'enflammer les âmes et qui fut imprimé (1). Il y condamne, avec une véritable fureur, les administrations liées à la révolte. Il en faut citer quelques alinéas.

... Quels précipices ces mauvaises administrations ont creusés au peuple! Dans quel égarement elles l'onl plongé ? D'où venoient ces torches de discoi*de qui étoient sur le point d'embraser la France? Du ramassis le plus impur el de récume la plus sale de la société. Des fédéralistes gangrenés avoient fait recrue, pour assurer le succès de leurs complots liberticides, de toutes les classes qui, regrettant les anciens abus, vouloient ressusciter le régime de la tyrannie, prêtres, ci-devant nobles, procureurs, avocats, usuriers, accapareui*s, gros marchands, financiers, en un mot tous les grugeurs de l'espèce humaine. Voilà quels étoient les satellites des autorités constituées qui s'étoient coalisés pour dissoudre la Convention nationale et détruire la République, • ..•...•*•...•....•....•.. .... .•. .. ..••

Tous ceux qui avoient voulu fortement le bonheur du peuple, qui étoient marqués dans la carrière de la Révolution, qu'on désignoit sous le nom de Maral\8leSj auroient été immolés sous le couteau des fanatiques, des contrerévolutionnaires, des royalistes. Les trophées de la victoire auroient été élevés aux seigneurs, aux nobles, aux évéqties, à la sainte pratique, aux fripons de négociants en gros et en détail et à tous ceux qu'on appcloit Messieurs les honnêtes gens.

Des malheureux qui n'ont calculé que sur les calamités publiques, qui ne se sont jamais engraissés que de la sueur du peuple, qui, par leur molle oisiveté et les jouissances infâmes qu'ils se procuroient avec de l'or, insultoient au travail opiniâtre de l'artisan, le vouoient à l'ignominie et le faisoient servir d'instrument à leurs caprices, invoquoient avec emphase le respect des propriétés, eux qui Toilt violé tous les jours vis-à-vis du peuple, qui ont cherché à lui ravir le plus précieux des biens, la liberté.

Qu'ils sachent ces vils égoïstes, ces vils satellites des despotes qu'il n'y a de propriété que les individus de la société : que là où la plus grande partie de C?lte société souffre, elle ne doit voir dans les prétendus propriétaires que d'exécrables ursurpateurs, que de cruels vautours qu'il faut retrancher du sol de la Liberté I

Il faut une justice éclatante; il faut que les traitres expient leurs forfaits sur la place même où ils ont fait le serment impie d'exterminer tous les patriotes...

(1) Bourg. In-4'», 4 pp.

il faut que celte place, d'où ils sont sortis pour porter les armes contre leur patrie et pour aller soutenir les rebelles des autres départements, soit le tombeau de leurs crimes (1}...

Rappelez-vous de ce grand principe que, là où est établi le gouvernement démocratique, le peuple doit exister seul et que Tédifice de la prospérité publique ne sera consolidé que sur la destruction et le cadavre du dernier des Honnêtes geti^. Plus de transaction avec la Révolution ; ... plus de pusillanimité ; justice, impartialité : voila la<?onduite des républi«ains ; honnêteté, bienfaisance, aniilié, fraternité, destruction de tous les ennemis de la Pairie, voilà la manière dont on doit honorer Marat...

Le caractère socialiste de la harangue n*a pas besoin d'être souligné. Le lendemain de la réunion, le 22 frimaire (12 déc.)^ les perquisitions continuèrent ; mais ce jour même, arriva à Bourg, Gouly envoyé en mission dans l'Ain avec des € pouvoirs illimités 9 par un décret du 14 frimaire (4 déc).

Gouly, né à Bourg, représentait le département de TAin à la Convention, y avait de nombreuses relations dans la bourgeoisie. Il était fort lié avec le représentant Gauthier et se distinguait, malgré son langage quelquefois sans-culotte (2), par une véritable modération.

Javogues, dans sa grande lettre à Collot d*Uerbois(3)ditde lui pt de sa mission dans l'Ain :

... Le Cumité de Salut public n'est-il pas en pleine contre-Révolution loi*squ*il envoie le traître Gouly pour casser tout ce qui* j'ai fait, pour faire incarcérer tous les patriotes et pour faire triompher rarislocralieV N'est-ce pas une infamie de la part du Comité de Salut public d'envoyer à grands frais un sultan d'Asie pour prononcer sur le sort des patriotes et des aristocrates de Belley?...

Gouly, investi de tous les pouvoirs, dès son arrivée ne devait laisser aucune autorité à Javogues. Autour de lui, dans la journée même du 22, se forma à Bourg une opposition assez violente qui réclamait bruyamment la restitution des métaux précieux enlevés sous la

(1) Allusion à la création du tribunal révolutionnaire dont les condamnations à mort eussent élé exécutées sur la place publique de Bourg d'où était parti un détachement « fédéraliste » pour le Jura.

(2) Il avise le Comité de Salut public qu'il fait rechercher les coupables do fédéralisme et il ajoute : « Aussitôt connus, aussitôt pris et,, de là, un petit voyage f à Paris pour leur faire voir, par la fenêtre, ce qui se passe sur la place de la llévolution ». Mais la plaisanterie micabre sur la fenêtre de la guillotine ne fut qu'un elfet littéraire.

(3) Voir plus loin livre septième, chapitre second, § XVI : La gtrmde lelh'e de Javogues à Collot d'Iierbois,

menace des violences. Rien ne fut rendu ; mais, malgré Tnvis de Javogues, le tribunal révolutionnaire ne fut pas créé. Le lendemain, 23 frimaire (13 déc), Gouiy rendait compte au Comité de Salut public et Tinformait du départ de Javogues qui, en effet, quitta la Bresse avec ses 400 hommes (1).

Le Comité de Salut public en envoyant Gouly dans l'Ain, avait entendu, sans doute, mettre, là, un obstacle aux exagérations hébertisles. Il est possible même que Javogues — rappelé par arrêté du 21 frimaire (11 déc.) — ait été personnellement visé. Le Comité était, en effet, prévenu à son endroit. On lui avait déféré un arrêté du 13 frimaire (3 déc.) enlevant le tribunal criminel de Chalon-sur-Saône pour le transférer à Autun. Le ^25 frimaire (15 déc), le Comité annulait l'arrêté en y mettant des formes, en le présentant comme « une erreur que le représentant Javogues, mieux instruit^ s'empresseroit de réparer lui-même si sa mission dans cette ville duroit encore ».

Mais, trois jours après, informé par Gouly, le Comité de Salut public lui répondait à Bourg :

28 frimaire (18 déc).

Le Comité de Salu! public, cîluyen collègue, ne pout qu*applaudlr à ton zèle pt à ton civisme.

n le charge de revoir et d*examiner avec soin tous les arrêtés pris par notre coli€>(i:ue Javogues qui est actuellement à Màcon.

Tu donneras surtout une attention approfondie aux arrêtés contraires aux principes et particulièrement à ceux du 16 frimaire sur la démolition des maisons de luxe et sur la vente des récoltes des biens séquestrés.

Tout arrêté que tu jugeras devoir être inutile ou devoir produire un mauvais elTet, doit être suspendu dans son exécution. Le Comité te laisse à cet égard toute l'étendue de pouvoirs nécessaire. Il se repose entièrement sur ta prudence.

En même temps, le Comité étendait au département de Saône-et- Loire les pleins pouvoirs de Gouly : il en chassait Javogues, rappelé, d'ailleurs, depuis sept jours.

Le Comité supposait Javogues à Mâcon le 28 frimaire. Il était à Saint-Etienne où aucun Gouly n'était envoyé pour l'empêcher de promulguera nouveau ses arrêtés ^ contraires aux principes y> et

(I) Je pense que c'est à ce passage de Javogues à Bourg qu'il faut rapporter ce que dit Âlbitte au Comité de Salut public le 11 pluviôse (30 janv.). Parlant de l'Ain, il dit :

• Après la prise de Lyon, Javogues, notre collègue, s'y transporta et y for- « tifia les semences de patriotisme et de Révolution qui y avoient été jetées « par Bassal, Bernard et Laporte ».

270 JAVOGUES REVIENT A SAlNT-ÉTIENNE

de donner aux poursuites une fébrile activité (1). Chassé de la Bourgogne et de la Bresse, il allait exercer en Forez.

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