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III. Elles formeront un tableau à quatre colonnes

La première renfermera les noms des citoyens invalides, vieillards ; La seconde, les noms de ceux qui sont susceptibles d'apprendre quelque métier qui leur procure le moyen de subsister ; La troisième, le montant des sommes à accorder à chacun d'eux ; La quatrième contiendra les observations qu'elles jugeront convenables.

IV. Elles dresseront un second tableau des riches et gros propriétaires dont les fortunes excéderont 100.000 liv. pour ceux qui sont mariés et 50.000 pour les célibataires, le surplus de leur richesses sera atfecté aux secours ci-dessus mentionnés.

V. Les municipalités veilleront à ce que les riches compris dans le précédent tableau comptent, de suite, le quart de la somme qui leur aura été assignée ; à défaut de quoi, elles prendront à leur égard tel parti que leur patriotisme, leur énergie et leur amour pour la chose publique leur suggéreront.

VI. Elles feront afficher tous les jours la liste des riches qui auront souscrit volontiers pour cet acte d'humanité et le montant des sommes qu'ils auront données, comme aussi les noms de ceux qui s'y refuseront.

VU. Les oflîciers municipaux demeurent collectivement et personnellement responsables des abus qui pourroient leur faire commettre des partialités ou des vengeances particulières soit à l'égard du riche, soit à l'égard de l'indigent.

VIII. Ils auront soin d'instruire les représentants du peuple des succès qu'auront produits les dispositions du présent arrêté qui sera imprimé et affiché partout où besoin sera.

Fait en Commission à Commune-d'Armes, le 6 nivôse de la 2« année de la République démocratique.

Les Représentants du peuple : — Javogues, — Girard, député de l'Aude ; — Dorfeuille, commissaire national,

On peut croire que ces idées d'un partage brutal, immédiat, des richesses entre les pauvres Sans-culottes gens « de probité, de simplicité et de vertu », étaient du domaine des discussions habituelles dans certains milieux politiques. A Lyon, les Sans-culottes ambitionnaient les biens séquestrés et craignaient qu'ils ne fussent vendus comme les biens nationaux. Fouché (le duc d'Otrante) exprime ces désirs et ces craintes à la Convention :

21 ventôse (11 mars).

. . . L'opulence qui fut si longtemps et si exclusivement le patrimoine du vice et du crime est restituée au peuple ; vous en êtes les dispensateurs; les propriétés du riche conspirateur lyonnois acquises à la République sont immenses et elles peuvent porterie bien-être et l'aisance parmi des milliers de républicains.

Ordonnez promptement cette répartition ; ne souffrez pas que dc^s fripons enrichis enlèvent dans des ventes scaiidaleuses, les propriétés des Sansculottes, le patrimoine des amis de la Liberté.

:îl!2 PKRCKPTION DE LA TAXE — ARRESTATIONS

Au lendemain de la mémorable séance de nuit, on ne manqua pas d'examiner le total de l'opération :

Fortune présumée 24.220.000 liv.

Part laissée aux possesseurs 7.705.000 —

Différence pour la taxe 16.515.000 liv.

Dont le quart à prélever de suite 4.428.750 liv.

Mais, de suite, on remarqua quelque exagération dans le chiffre des exigences immédiates; on jugea que Duret aurait quelque peine à trouver a dans le délai de vingt-quatre heures » le quart de la quotité de la taxe. On se décida à une réduction.

Donc, le A nivôse (24 décembre), veille de Noël, la Commune réunie (1), Javogues se présente et préside :

. . . Les citoyens Lafaye et Millel desquels il étoit accompagné ayant successivement demandé la parole ont prononcé chacun un discours sur le respect du aux pauvres, aux vieillards, aux infirmes el aux malheureux ; sur les vexations des prôlres et la profonde politique de la cour de Rome; sur le soulagement dû aux nécessiteux, l'anéantissement du fanatisme et la fête de la Raison. — Lesdits discoure ont été vivement applaudis par le peuple.

Le citoyen Maire ayant demandé la parole a aussi prononcé un discours au peuple sur les mêmes sujets lequel a été aussi très accueilli.

Le citoyen Représentant a demandé à ce qu'en fit lecture au peuple des opérations qui furent faites en la séance du jour d'hier, atin de lui faire connoître la liste des riches, la quotité de leurs richesses et la taxe qui a été faite sur chacun d'eux.

Lecture en ayant été faite, le ciloyen Maire a demandé la lecture de la liste des indigents, afin qu'on puisse reconnoître ceux qui ont besoin de secours el en exclure ceux qui se seioient fait inscrire et qui peuvent, par leur travail, se passer de venir à leur secours.

Le citoyen Représentant du peuple a ensuile requis à ce que les riches qui étoient compris dans la taxe fussent tenus à contribuer demain, entre les mains de La Commune, un million à compte des secours qu'ils doivent à l'humanité souffrante.

(1) Elle s'était séparée le même jour à trois heures du matin.

l»ERCEPnON DK LA TAXE — ARRESTATIONS 313

On allait donc fêter Noël en exigeant des « riches y> un million de contributions révolutionnaires. On nomma des commissaires : Nicolas Desverneys, Fauvain aîné, Colard père, Merley-Bénevent et Royet-Sauvignet. Aucun n'était de la Commune ; les trois derniei*s figuraient sur la liste de la taxe pour un total de 250.000 liv. ; à la vérité, on ne comptait pas sur leur concours : on les appelait sans doute, à vérifier la rectitude des opérations. Dès le jour même la perception commença.

Les prisons — on Ta vu — étaient emplies et les exécutions de Lyon et de Feurs, avaient, depuis plus d'un mois, de très douloureux retentissements en ce pays : on ne songeait qu'avec effroi au jour où les détenus de Saint-Etienne allaient, à leur tour, comparaître devant la justice révolutionnaire.

C'est en de telles circonstances que les citoyens inscrits sur la liste du million eurent à choisir entre le versement de leur part de contribution ou l'incarcération immédiate. On pouvait prévoir aisément les protestations, les réclamations et aussi les menaces et enfin les violences.

Ce fut indigne. On n'eût pas obtenu pareille besogne de la garde nationale de Saint-Etienne : les hommes de l'armée révolutionnaire parisienne furent requis et, sans hésitation, marchèrent. Le soir même du 4 nivôse ('24 décembre) dix personnes étaient déjà écrouées à la prison de la Ville. En voici la liste :

1. Joseph^ dit Midoi\ arrêté par Thivet (Marat ïhivet) commandant de l'armée

révolutionnaire de Javogues.

2. Marguerite ThiolUère, femme de Jean-François Thiollière, dit de l'Isle,

fabricant de rubans.

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