‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 86 sur 220 · UNE PERQUISITION POUR LA TAXE CHEZ PRAIRE DU REY · texte numérisé non relu

UNE PERQUISITION POUR LA TAXE CHEZ PRAIRE DU REY

dont ma conscience ne m'en indique pas, est venue mettre un tenne à mes travaux civiques sans mettre de bornes à mes vœux pour la prospérité de la République.

J'habitois la municipalité de Montaud depuis plus de dix ans et j'y cultivois ma propriété sous la sauvegarde des autorités constituées et dans la sécurité que m'inspiroit ma plus absolue soumission aux lois et à la Convention. J'y ai été arrêté le !^ octobre dernier {viettx style) et conduit dans la maison d'arrêt de Commune-d' Armes. Je tais une alîectation de rigueur qui me fut plus marquée ; mais ce qui n'arriva jamais à aucun détenu, je l'éprouvai le 7 janvier {vieux style) .

Je fus arraché de ma prison par une force armée et commandée par trois officiers, dont je retiens le nom d'un d'eux : Fauvaux ; et fus conduit à ma campagne. Arrive, on me demanda où est mon argent ; je l'indique avec la plus grande exactitude : l'on s'en saisit. Malgré la sincérité de ma déclaration, elle fut soupçonnée par mes conducteurs et, dès lors, commença contre moi une sorte d'inquisition dont la Question de l'ancien régime n'a pas d'exemple.

Menacé d'abord du cachot et de la privation des premiers besoins, l'on nie présente l'appareil prochain et effrayant de la mort, si je n'ajoutois à ma première déclaration. Elle contenoit la vérité, je ne variai point. Alors, en présence des miens et sous les yeux de ce que j'ai de plus cher, l'on me conduit dans ma cour, l'on m'attache à un arbre en face des fusiliers armés et l'on me bande les yeux vn m'annonçant que j'allois être fusillé si je n'indiquois de prétendus trésoi-s. J'avois déclaré et livré tout ce que je possédois, je ne pouvois rien ajouter et m'écriai : J*ai dit la vérité ; vous pouvez tirer! A cette réponse, l'on nie suspend et \\m me détache une personne qui me dit à l'oreille : Avoue, malheureux, ou tu i^as périr! Même réponse de ma part et j'attends l'instant fatal.

Cependant, l'on m'arrache le mouchoir et je revois la lumière pour la perdre un instant après. Car, de là, je fus transféré dans un cachot afTreux où la lumière du jour n'a jamais pénétré et où je fus laissé trente-trois heures, réduit au pain et à l'eau.

Enfin j'ai été transféré d'Armes-Commune à Montbrisé, de cette commune à Feurs et de là dans cette ville (1) où je vais paroitre devant le Tribunal et dans la justice duquel je trouverai le terme de mes malheurs et de mes souiïrances.

Les faits que je viens d'exposer se sont passés sous les yeux du Procureur de ma commune. J'ajoute que ma maison a été dévastée.

Praire du R£V.

Cette abominable manière de torturer les gens pour les voler aurait donné en la circonstance un assez beau denier comme résultat, à en croire un document devant servir à accuser Javogues (2) :

(1) Lyon. Praire y avait été amené avec tous les accusés ses collègues en infortune à la fin de pluviôse, au rappel de Javogues.

(2) Cette pièce sans date (du printemps de l'an 111) est signée de Jacques Neyron en qualité de procureur fondé des co-héritiers de Praire. Elle a fait partie de la collection Louis Nicolas et a été publiée par J.-M. Devet : Une prison en nos, p. 89.

Jacques Neyron a été lui-même prisonnier et a offert des sommes Importantes pour sa libération. Voir plus loin, chap. 2, § X : Les rançons et les soumissions.

... Le 12 nivôse l'an II, le citoyen Fauvaux, commandant de l'armée révolutioimaire parisienne, se transporla au lieu de Monlaud où, étant, il fit appeler les officiers municipaux de ladite commune pour faire visite et perr]uisitions ; qu'y ayant trouvé 21 marcs et 2 onces d'argonterio (1) avec 81 livres de monnaie en gros sols dans une armoire d'un cabinet avec une somme de 41.757 liv., le tout fut renfermé dans une malle et conduit par le fermier dudit domaine au citoyen Javogues, i^eprésentant du peuple à Commune-d'Armes, qui en a donné décharge tant audit commandant Kauvaux qu'à ladite municipalité de Montaud.

Condamné à la détention jusqu'à la paix^ le 17 germinal (Gavril), Praire du Rey est mort en prison.

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