‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 87 sur 220 · RÉQUISITION DES VALEURS MONNAYÉES ET DES MÉTAUX PRÉCIEUX · texte numérisé non relu

RÉQUISITION DES VALEURS MONNAYÉES ET DES MÉTAUX PRÉCIEUX

En ce môme temps, l'armée révolutionnaire de Paris faisait à Saint-Etienne, la réquisition à domicile des métaux précieux pour la Monnaie. Les rois ont quelquefois envoyé leur vaisselle à la Monnaie et autorisé leurs amis à suivre l'exemple (2) ; il y a même, de 1760, des Lettres patentes qui autorisent les Fabriques, Corps et Communautés à porter leur argenterie aux Hôleis des Monnaies : autorisation qui fut véritablement un ordre. La liévolution suivait l'exemple.

Cette réquisition, qu'on appela, par euphémisme, « souscrii> tion » ou mieux « dons volontaires », ressemble à s'y méprendre à quelque pillage organisé, à une volerie à main armée. Les agents de la loi chargés de perquisitions chez les suspects devaient, en trouvant du numéraire et de l'argenterie, changer le numéraire en assignats et se saisir de l'argenterie au nom de la loi. Le pire, c'est que sous la terreur du régime et des menaces personnelles, il fallait laisser dire qu*on avait donné ce qui venait d'être eu réalité extorqué, ce que la Nation eut du légitimement payer.

Rien de plus illégal. Si les versements d'or et d'argent étaient

(1) Plus de 1.000 fr.

(2) Les exemples sont très nombreux depuis l'ordonnance de Philippe-le-Bel ilu 25 août 1302 qui commandait a ses baillis et officiers comptables de porter leur vaisselle blanche à la Monnaie et de faire injonction à toutes autres personnes d'en porter au moins la moitié.

tenus pour preuve de patriotisme, aucune loi n'y contraignait et, à plus forte raison, n'en autorisait l'exaction. Bien plus, un décret du 6 brumaire (27 octobre) condamnait le procédé :

La Convenlion nationale, après avoir entendu la lecture de deux arrêtés du Comilé de surveillance de Montauban qui ont pour objet d'obliger tous les possesseurs de numéraire aie déposer à la caisse du District pour être ensuite, à la diligence du receveur, transporté et versé à la Trésorerie nationale,

Casse ces arrêtés et néanmoins les renvoie au Comité des finances.

Ces exactions ont laissé à Saint-Etienne d'abondants témoignages. Une pièce signée a: Macquart capitaine » est comme une page d'un carnet de collecteur :

J.'M. Chardon, Grande-rue, 27 : — 12 liv.

J.'B. Buisson, même rue : — 19 paquets de 24 sous à changer en assignats ;

— une garniture de sabre en argent.

Allary, même rue, 17 : — 147 liv.

Paret cadet, rue Valbenoîle, 3 : — 2 oouvei'ts d'argent.

Dubouchet Benoît ; — 4 doubles louis d'or; — l simple ; — pièce d'or Portugal ;

— 5 louis et demi en numéraire ; — a promis 12 couverts d'argent, 2 salières, 1 grande culière à rayon, i épée à garde d'argent (1).

Benoît Piaudy place Chavanel : — 3 liv. — On lui trouve 150 livres de savon: on lui en prend 125.

Veuve Muguet ; — 66 liv. 12 sols ; — une pièce d'argent espagnole et un sac de gros sous.

Paradis père et fils ; — 6 liv.

Davèze père, rue Tarentaize : — 12 liv. (2).

. Une autre pièce témoigne que, dans une visite domiciliaire faite chez Audouard aîné, place Chavanpj, le 28 frimaire (18 décembre), on lui enleva trois couverts d'argent et une grande cuillère à ragoût.

Dans les états du 13 frimaire an III (3 déc. 94), la Commune récapitule ce qu'elle a reçu de ces « dons volontaires », par l'entremise des officiers municipaux et des officiers de l'armée révolutionnaire perquisitionnant :

Citoyenne Ronzil : — 4 couverts ; — 1 cuillère à ragoût.

Peyret'Dubois : — 1 garde d*épée ; — 1 paire de boucles — bouts de galons.

Poitrier : — quelques petits objets pesant 9 deniers.

Veuve Palluat ; — 11 couverts ; — 1 grande cuillère ; — 5 cuillères à café.

Millet, limonadier : — 13 cuillères à café ; — 1 paire de boucles.

Meynard, perruquier : — 1 tabatière.

Veuve Rigaud ; — 1 paire de boucles.

(Ij Voir plus loin la promesse tenue.

(2) Archives de la Loire.

Marie Chorrin : — i paire de boucles.

Citoyenne Thiollière-À Iléon : — 4 salières; — t moutardier; — il couverts; — 2 grandes cuillères.

Bertholon : — 6 11 v. 12 sols ; — 1 cuillère.

Henry Alléon : — 6 couverts ; — 4 cuillères à café.

Benoit Dubouchet : ~ 348 liv. ; — 12 couverts; — 1 cuillère à ragoût ; — 1 cuillère à soupe ; — 2 salières ; — 1 poignée d'épée.

Jean-Joseph Syméon : — 1.920 liv.

Divers citoyens : — 81 liv. 12 sols ; — 20 cuillùi*es à café ; — 1 paire de boucles et un galon doré (1).

Au total 2.356 liv. 4 sols de numéraire et 26 marcs 5 onces 9 deniers d'argenterie. L'état de la Commune remarque qu'on a omis de prendre le poids de l'argenterie de la citoyenne Ronzil, de Benoit Dubouchet et de « divers citoyens ^. L'état indique, en outre, que la Commune n'a pas tout reçu et que nombre d'objets précieux ont été directement portés chez Javogues.

En effet, Javogues, dès son arrivée, avait fait installer, près du bureau de sa mission un dépôt de l'argenterie saisie. J'ai dit que, sur la demande du représentant Bassal, la mission avait été logée rue Neuve dans la maison d'Antoine Neyron. C'est là que, le 2 nivôse (22 décembre), le District fit porter I7i marcs, 4 onces, 45 deniers d'argenterie ^ avec le drapeau de la ci-Jevant chevalerie de l'Arquebuse de cette ville ». Les versements d'argenterie se faisaient là souvent d'une manière directe. Peut-être les déposants y venaient-ils avec l'espérance d'un compliment du maître qui donnait lui-même récépissé ; en voici deux (2) :

Le citoyen Puy-Forard m'a remis, pour faire hommage à la Convention nationale onze couverts, deux grandes cuillères, quatre salières, un moutardier et sa cuillère, le tout d'argent, du poids de clix marcs, deux onces, provenant de la citoyenne Thiollière-Alléon qui en a fait don.

A Conimune-d'Ârmes, le 23 nivôse de l'an 2 de la République démocratique.

Le représentant du peuple, Javogues.

Le citoyen Puy-Forard m'a remis pour faire hommage à la Convention nationale six couverts et quatre cuillères à café argent, du poids de trois marcs, trois onces, provenant du citoyen Henry Alléon.

Plus, onze couverts, deux grandes cuillères, qratre salières, un moulaixlier et sa cuillère argent, du poids de dix marcs provenant de la ciloyenne Thiollière-Alléon.

A Commune-d'Armes, le 24 nivo^e de l'an 2 de la République démocratique.

Le représentant du peuple, Javoglxs.

(1) Archives de la Loire. — L. lit.

(2) Archives de la Loire.

M. Devet en a publié un autre plus important (1) :

Le citoyen Charpin (2) m'a remis, pour faire hommage à la Convention nationale, trente cuillers, vingt-neuf fourchettes, une cuiller à soupe, trois cuillers à olives, quatorae cuillers à ragoût, deux porte-huiliers, six cafetières, un portemouclieltes, quatorze chandeliers, deux casseroles, quatre compotiers, quatre soucoupes, quatre saladiers, deux cuvettes avec leur double-fond, leui*s couverts et leurs assiettes, ëoixanle-treize assiettes, dix-sept plats ronds, sept plats longs, onze cuillers à café, un calice et sa patène, un petit paquet de pièces cassées, le tout d'argent, pesant quatre cent soixante-six maivs, quatre onces et quelques galons qui seront fondus, les ornements ayant été rendus pour les distribuer aux indigents (3).

Fait à Commune-d'Armes le 13 nivôse de la 2»^ année de la République démocratique.

Le représentant du peuple, J A vogues.

Javogues ne refusait pas les récépissés; on vient de voir qu'il en donna deux pour l'argenterie de la citoyenne Thiollière-Alléon.

Plus tard, pendant la sanglante réaction de l'an III, quand les dépossédés tentèrent de recouvrer leur argenterie, ils ne contestèrent pas que Javogues eût accusé réception régulièrement. J'en vois la preuve dans une lettre du District au Département :

16 thermidor (3 août 1795).

Quoique dans les décharges que ce représentant a données de ces différents objets il soit spécifié que les citoyens en font hommage à la Convention nationale, ils prétendent que la remise de leur numéraire et de leur argenterie n*a été que reOTet des proclamations tyranniques de ce représentant.

En vendémiaire an III (septembre 94), on ouviMt au District un registre (4) pour l'inscription des déclarations des Communes concernant les versements en numéraire ou en métal par elles faits à diverses autorités. Sur les états de ce registre, restés très incomplets, je relève les déclarations suivantes de la Commune de Moniault :

1" D'un reçu signé Javogues, il appert que le Maire, les officiers municipaux et ce Fauveau commandant le bataillon de l'armée révolutionnaire parisienne » lui ont remis le 17 nivôse (6 janvier), pour la Convention nationale, 41.757 liv. (5) provenant d'une perquisition chez Praire du Rey « contre-révolutionnaire détenu ».

(t) Une prison en 03 et 04, p. 82.

(2) Il venait d'être acquitté à Feurs le 5 nivôse (25 décembre).

(3) Javogues entend dire les étoffes des chasubles et autres « ornements ».

(4) Archives de la Loire. L. iii.

(5) 6.846 écus de six livres (41.076 1.) et 227 écus de trois livres (681 L).

:n4 nKQUîSITION DES VALfcURS MONNAYÉES

2<> D'un autre reçu de Javogues du 20 nivôse (9 janvier), 1000 liv. en assignats, 318 liv. en numéraire, un c rang de chaîne i>^ quatre bagues dont deux avec diamants, trois boucles d'oreilles provenant « du nommé Pérussel détenu » (1).

Chez les prévenus, on levait et réapposait les scellés pour faire la recherche des métaux précieux. Le l!2 nivôse (l'"" janvier) Paret du District, Fauveau de l'armée révolutionnaire, Martourey maire ctGoutorbe, procureur de la Commune de Montault perquisitionnent chez Praire du Rey et enlèvent Targenterie : 1 calice et sa patène ; — 2 grands chandeliers, — 2 petits chandeliers, — 1 cuillère à soupe, — 3 cuillères ragoût, — 1 porte-huilier, — 16 couverts, — 9 cuillères à café, — 1 salière à couvercle, — 1 paire de boutons de manchettes, — 1 paire de boucles, — 2 pièces de 24 sols, — 6 pièces de 12 sols, — 1 petit sac et demi de gros sous (2). Un mois après, nouvelle perquisition « croyant d'y trouver une pendule » ; on ne trouva pas la pendule, mais en cherchant bien : 3 chandeliers de cuivre, 1 ceinturon galonné en or et argent, —

1 petite paire de boucles, — 1 crayon avec une aiguille (3).

Chez les condamnés, plus tard, on fit les mêmes recherches. Le 13 germinal (:2 avril) on apporte au District l'argenterie de Chaspoul de Saint-Pierre de beuf exécuté en brumaire : 3 onces, 21 deniers. Le 16 germinal (5 avril), on apporte celle de Carrier (la Tuilerie) :

2 marcs, 7 onces, 10 deniers. Le 19 prairial (7 juin), Voytier est délégué par ses collègues du District à la recherche de l'argenterie « cachée » d'Antoine Vincent (Soleymieu) « supplicié »; — etc.

Les états de perquisition durent être fort nombreux. L'argenterie et le numéraire saisis sur la bourgeoisie stéphanoise dut certainement faire, au total, une somme assez forte bien que — ai-je besoin de le dire? — dès les premiers avis, chacun se fût empressé de tout cacher. Mais qu'était-ce en comparaison de certaines maisons nobles qui, à elles seules, chiffraient bien autrement. Une délibération du Département du 29 octobre 93 homologue le minutieux inventaire de l'argenterie et du numéraire des du Bourg de Saint-Polgues au total de 402.185 liv. 8 sols.

Javogues, dans le Compte-rendu de sa mission (4) dit que tout ce

(1) n était même ci-devant détenu puisqu'il avait trouvé le moyen de s'évader le 3 nivôse (23 décembre).

(3) Ibid.

(4) Voir plus loin livre huitième, chapitre 1, § XVI : Epilogue de la missum de Javogues,

nKQUISITION DES VALEURS MONNAYÉES 335

qui a été recueilli pendant sa mission a été remis au a: Comité des Finances j>. Après lui, on fit, de temps à autre, quelque versement à la Monnaie de Lyon, comme celui qui est rapporté au registre du District (21 floréal-10 mai) : 145 marcs, 3 onces, 42 deniers d'argenterie, (L vaisselles, argent, tant à Tusage de la table que de la ci-devant superstition, toutes écrasées et déformées »...; en plus 113 marcs, 4 onces de galons, franges a sans être brûlés ». Javogués veillait jalousement sur les trésors qu'il amassait. Après lui, le District s'installa dans la même maison Neyron et, pour constituer une garde vigilante du dépôt, décida le 2 germinal (22 mars) que l'Agent national Laforest, le secrétaire Saint-Didier seraient logés dans la maison.

Il est intéressant d'entendre l'un des membres de la Municipalité jacobine, Claude Pupil, raconter ces réquisitions, bien plus tard, dans les temps calmes de Louis-Philippe. Il ne voit dans ces procédés révolutionnaires que la manifestation d'un élan très patriotique et très louable, bien explicable par les nécessités de la guerre ; et il rapporte les faits avec sincérité sans soupçonner qu'ils soient, en quelque mesure,» répréhensibles.

On fit des visites domiciliaires où on faisait déclarer aux citoyens s'ils avaient de l'argent en monnaie. On en faisait rechange en assignats. Si on n'en faisait pas la déclaration, quand on en trouvait en faisant la visite, on le leur confisquait.

On avait invité, en affiches, tous les citoyens à se prêter aux circonstances et aux besoins de l'Etat ; que tous se devaient montrer avec générosité à faire des dons en argent monnayé, ou en assignats, ou bijoux, boucles d'argent, services de table ; enfin, toutes sortes de bijoux quelconques seraient admis pour être vereés dans le Trésor de l'Etat pour subvenir aux besoins urgents, pour soutenir cette guerre effroyable que tous les princes de l'Europe nous faisaient pour s'emparer de la France.

Quantité de bons citoyens se sont signalés à cette occasion. Plusieurs ont donné des services d'argent. M. Dubouchet, entrepreneur de la Manufacture, en donna douze (1); plusieurs, en ma présence; d'autres, des boucles de souliers ; des femmes, des boucles d'oreilles et même des chaînes en or.

Et, à la même époque, ce trait de patriotisme se manifesta dans la majeure partie de la France.

A tous ces dons, on joignit toutes les argenteries des églises tels que les ostensoirs, saints-sacrements, encensoirs, ciboires, burettes, croix et quelques saints et saintes qui étaient en argent, etc. On fit brûler plusieurs ornements d'églises : chappes, chasubles, étoles, manipules, bannières, etc., tout ce qui était brodé en or et en argent fut brûlé pour en extraire l'or et l'argent et tout cela fut envoyé à Paris.

(1) Ce vieux souvenir de Pupil est vérifié par l'état que j'ai donné plus haut.

(2) Archives de la Loire. L. 47.

336 nÉQUiscTiON des valeurs monnayées

En réalité, Pupil cherche des excuses. Je ne jurerais pas qu'il n'y ait eu quelques dons patriotiques; mais les dons obtenus par TeiTroi de la tyrannie et par Tespoir de la fléchir, sont-ils autre chose que des exactions? Et c'est l'unanimité des prétendus donateurs qui, quelques mois plus tard, va crier à la spoliation.

Si on était curieux de connaître par le détail ce que devenaient les menues dépouilles du luxe des églises et des citoyens, on trouverait d'intéressants renseignements à la gauche d'un registre des délibérations du Département qui avait été aflecté d'abord à la comptabilité de ces dépouilles (1).

Cette comptabilité, ordonnée par quelque savant teneur de livres, parait, au premier coup d'œil, une chose bien faite. Elle se compose d'un Journal de recettes et d'un Grand-Livre, Le Journal^ assez mal écrit, d'une écriture très serrée, sur cinq grandes feuilles, contient sans rature, ni lacune, les versements de toutes les razzias et de toutes les offrandes faites du t25 ventôse de l'an II au 13 frimaire de l'an III (15 mars-3 déc. 94). Ce qu'on y lit est extraordinaire de diversité : tout ce qui vient des églises est mêlé à tout ce qui vient des ménages. On y voit tout : chasubles, étoles, nappes d'autel, tours de dais, chappes, matelas, paillasses, couvertures, vêtements, livres dans des sacs, papiers de commerce, paquets de lettres, cofl'rcs, poêles, tuyaux, tonneaux, balances, romaine?, etc., etc., un immense déballage de friperie où le profane et le sacré sont fraternellement confondus. Epaves de la tempête.

Le Grand-Livre fait l'ordre dans ce bazar. Pour toutes les espèces de marchandises un compte est ouvert par doit et avoir ; il y a des comptes Toiles à chemises, à guêtres^ à sacs. — Draperies et bou^ tons, draps bleus, écartâtes, etc. — Papier à refondre. — Matelas de première classe, de deuxième. — Couvertures de première classe. — Garde-paille première qualité. — Matières pour la cordonnerie et clous. — Effets militaires. — Métaux, galons et tissus^ etc., etc. Il y a des comptes aux noms de ceux qui livrent : communes, églises, particuliers ; des comptes aux noms de ceux à qui on donne à réparer: cordonniers, tailleurs et lingères, etc., etc.

Que tous ces comptes soient à jour et complets, je ne saurais l'affirmer : ils en ont l'apparence.

Au tourner des feuillets, j'ai vu au Grand-Livre :

(Fol. 9). Ventôse 17. — Par Bibliothèque publique de Commune d'Armes. Caisses contenant des livres. — Onze caisses.

(1) C'est le 13« registre du Département.

Et daii< le Journal:

calice ATec sa piar^»c -e: î,:tr î»^*ij>^ r^ i.v. jt i «j: fi fv-.*:: :•?•?- jjw* , r*»?-: ^rf, cy... 4 i&arcrs.

Puis j'ai tr:-uTr, -i^ l'i.;irl>:£i,: .:.-.ri:i-r- i- i.:.:-r ies irp:... es de la maison de PrÀ.rr-F;:vr-: ;

Savoir : 3* •i'-r^»?^, — 4 r^jk*-.!.?.. — 4 .-i- n. r-tr> 1 ii 'T. :^'r->- — ± T^.vr^-,-* de plunje, — 1€ ^aLI*^r*^ jr i^l.:-.*? lui'» . j.»' . y * -.1- jt-^-^itt^ -■: r . ".*... nT->v,

rouleaux de L-^jt: c -i^ik .tu:r. — ni t -^'^-'^t^'-î- Or **. . t: ;ti.:i.!- , >i •: •- : cuuduît par à^rva. t. r:--r*>.

DaîDg.

Revu des i&r:i r«r<e5 <!- l» >'^'.l- 3i£:.l*: .;*îi :é t^ C.iî:^ :• ir <.-:"»•• i^.».^ #••<

Ohjrts Ci-d*«>5- U> ^Arry J»r \^l.L.\* i- ^fc I^i. > »\ l'.T- 'V-f» ^r;.

l€<tivs, — ui>e l.as>e d-r t>-^.î-"L''-î'- — !*:. j-t.: s* iir-: ir ;*.'; ir'^ — ". n ;n :.*?'• bcHte ren'p'ie de lettre*^. — ^.ue l-isr-e it rej >t:e>. — -Ij s» i r-î nz. »... «>e papiers. — ui*e .lÀSî^e ir iv«->trv->- — l** i> !•• •.!*^ «-a s-^;-* n-M j .;«-> de ;<*•». t-rs et de libres. — uik gra-Ti^rr *ji.i/^ ryi:.; ..tr «ir .-it>c"> et > ;^^. .tr5>, — w.n- ..jk>s<^ de ne-gi>îre>, — ud t^'-î- tv^.o-, — '-l^- --4->sr Jr q v^^v I..vre>» — ui.t . .vs'^-e' de re^-otre*. — *j'»- '^ '•**• tv-t : \.e 3r j.i; ^t»^. — "i^ n h \.\.< |v\ .^r vi •-- --r daD5 leqij*-! il y a q ^ î**^ *-*-.f. ':>, d- n^'-ti* »î* îiî A.t-< >a -->, »-î v! ^ r>»»i'» .^ w de ti»ile cir?e et q lAt.ne a^'-i^rfes ; q-,aTe i- a:> et q .*îrv ca '- n*s f>n *■ a;i j; pesaot efi>enibl»- q-.ir.tr- .jiîvs î».-. i> «Jtr r âjv, — un a iîre K\:.îrr n n-i ti li»» papiers, — d<eux rv^- ?'*^'>-î' ^^r -«r-j -r-l5« n y a et»- !i..5 i^^ scx .rs i-î ^a- t.- us^ de cire molle et n.».^---, — *-i.zk: Lai.riu\ J i.'. c'.i | [-«.::•>, — ui.v |nt 't- va:s>^* remplie de chaDdrl-»--s, — et un iLa"ela< avr»? u:.e o^^'J^t-rte.

Certes, oo ne saurait désirer plus de d-^taiîs et pîiis de scnipuîe. Mais qoelle pi lié de voir péle-méîe, dans ce démêna^omenU les archives commerciales, les é»qjjevilies dans les vieux ivin;on> el la € petite boite pleine de leltres # qui cjntenait jvuK^lre do chers souvenirs.

Celte comptabilité de Tannée 94 faisait suite — c'est certain — à une comptabilité de Ttiiver 93-94 arrêtée pour je ne sais quel motif. Je ne la connais pas. Elle a dû — en Tau III — étrx* exaniint^ avec une Cévreuse attention |K)ur établir, contre Javogues, quelque

accusation de vol bien démontrée qu'on n'a cependant pas réussi à établir.

Cependant, au registre du District ("22 nivôse-H janvier), je trouve trace d'une vilaine action et le soin qu'on mita l'enregistrer prouve assez que les administrateurs tenaient à n'être point inculpés :

D'après l'oinire des citoyens Javogues, représentant du peuple, et Duret, adjudant général de l'année des Alpes, de remettre au citoyen Tollet, souslieulenant de l'armée révolutionnaire, une montre qui avait été saisie au citoyen Sabot, prêtre réfractaire résidant en la commune de Doizieu, pour les services que ledit Tollet a rendu à la République,

Ouï le Procureur-syndic,

Le Directoire arrête que le citoyen Didier (1), secrétaire de l'Administration, entre les mains duquel la montre du prêtre réfraclaire Sabot a été remise, la donnera au républicain Tollet pour les bons et agréables services que ce dernier a rendus.

Récompenser les agents de la force publique avec les dépouilles des condamnés, dont les biens sont frappés de confiscation, c'est une action des plus blâmables à mon sentiment ; on ne saurait, cependant, dire que ce soit un détournement (2).

Non, ni Javogues, ni la plupart de ceux qui servirent la Révolution avec lui ne furent des voleurs. Les fanatiques ne descendent pas à cette petitesse. Je suis loin de nier que, dans le nombre, il y ait eu des gens capables de tirer à eux une part de la dépouille des vaincus ; j'accorde même que ceux-là étaient des plus ardents ; à coup sûr, ils n'étaient pas dans les sincères. M. de la Tour- Varan m'a souvent raconté qu'Antoine Neyron, bien après la Révolution, réclamait son plat à barbe en argent à un commerçant de Saint- Etienne, conservateur et bien pensant, qui, en 93, avait perquisitionné chez les suspects. . . Mais, à mon sens, la probité des révolutionnaires de l'an II, d'une manière générale, est hors de doute. S'il est facile de dire qu'un tel, à tel endroit, a pris telle chose, il n'est pas aussi facile de prouver qu'il l'ait gardée. Je répète qu'en l'an III, tous les intéressés furent appelés à vérifier si les objets

(1) Saint-Didier.

(2) Aune déliiiéralion du District du 6 fructidor (23 août), je vois quelque chose de presque semblable. Une femme Valet, née Marie Forest, de Véranne, réclame une montre en argent « déposée entre les mains du citoyen Dufour, « membre du Comité révolutionnaire du canton de Maclas » : le District ordonne qu'elle sera rendue par le « dépositaire ». Pourquoi le citoyen Dufour était-il dépositaire de la montre d'une famille de Véranne ? On ne saurait, en tous cas l'expliquer par un excès de confiance.

enlevés figuraient bien sur les états ; le résultat, c'est que \8l Dénonciation contre Javogues^ entre beaucoup d'allusions à des a dilapidations ]», ne précise nulle part, ne dit nulle part que tels objets saisis aient été détournés.

Ce qui ferait justice, c'est la comptabilité des « dons volontaires » de l'hiver 93-94.

Et s'il fallait une preuve de la sincérité et du désintéressement de Javogues, je la trouverais dans ce fait probant que son père lui apporta à Feurs 4.000 écus en numéraire qui furent changés en assignats et, en outre, l'argenterie familiale patriotiquement offerte. Dans une lettre de ilambert Javogues à son fils, je relève :

8 germinal an III (28 nnars 95).

... il me revient que la Municipalité de ceUe commune (Montbrison) me demanda et que je lui donnai, croyant ne pouvoir m'en dispenser, une déclaration — il y a environ cinq ou six mois — de mil écus que je vous portai ù Feurs tant en louis qu'en argent blanc, savoir cent cinq louis en or et vingt en écus (1) pour le montant desquels vous me fltes compter trois mille livres en assignais et de rai*genterie que je vous remis en don patriotique. Je vous en donne avis, afin que si quelque ennemi malveillant voulût ou cherchât à vous tendre quelques pièges vous y puissiez parer (2).

2.520 liv. d'or et 480 liv. d'argent valaient au commencement de 94, quand Javogues était à Feurs, plus de 6.000 liv. en assignats.

Deux arrêtés de Javogues, du 1«' nivôse (31 décembre), ordonnent, l'un l'utilisation des églises, l'autre la démolition des châteaux. Les Archives de la Loire (L. 51), les possèdent en original. Le maître comprenant bien l'importance de ces productions, les a léguées à la postérité, écrites de sa main, je veux dire soigneusement expéditionnées de sa main, car le texte, long, n'a pas une

(1) 105 louis de 24 livres en or 2.520 liv.

20 louis de 24 livres en 160 écus d'argent de 3 liv. . ... 480 —

ToTAf 3.000 liv.

(2) Lettre saisie sur Javogues (Archives nationales. F? 6327).

340 LES ÉGLISES, LES CIIATEAfJX ET LES JARDINS

rature. Je ne puis me résoudre à copier en entier cet extraordinaire amphigouri.

Je coupe dans l'arrêté sur les églises :

Considérant qu'il importe d'encourager à la pratique des vertus, d'exciler l'émulation, de favoriser les progrès régénérateurs de la Constitution sublime qui a fait secouer aux François le bandeau des préjugés et des abus qui obscurcissent l'horizon des connoissances humaines ; que là où le fanatisme jetoit ses plus profondes racines, là, désormais, doitêlre le tombeau des erreurs du genre humain ; que la chaire qui fut, jadis, consacrée à Timposture doit être dorénavant purifiée par les accents énergiques de la vérité ; que là où fut plantée l'idole de la superstition et un culte insignifiant, là doit être le culte de la Liberté et de l'Egalité.

Considérant que des républicains qui se sont élevés à la hauteur des principes en faisant expirer sur l'autel de la philosophie les restes antiques d'une superstition et d'un simulacre religieux auquel étoient liés tous les genres de servitude qui opprimoient la Nation françoise ; qui ont eu assez de grandeur d'àme pour mépriser les vils métaux d'or et d'argent dans le prix desquels les tyrans font consister leur bonheur...

Considérant que toutes les communes qui, dans les départements de Saôneet-Loire et de l'Ain, ont, à l'envi les unes des autres, détruit les fantômes que d'habiles imposteui*s avoienl su créer dans leur imagination et déposé sur l'autel de la Patrie les signes de l'illusion et de l'orgueil ; qui, par cet abandon, ont donné à l'Europe cet exemple qu'il ne faut à des François que du fer et du pain.

Toute cette éloquence aboutit à deux mesures : 1*» les « édifices connus sous le nom d^églises » deviennent des lieux de réunion pour les Sociétés populaires et des temples de la Raison ; 2° les presbytères peuvent devenir des mairies ou être ce consacrés à l'institution » (à des écoles), et il y « aura un feu public pendant l'hiver pour le soulagement de l'humanité souffrante ».

Dans le second, qui ordonne la démolition des châteaux, je coupe :

Considérant... que, dans le fait, il n'y a rien qui contraste plus avec les principes de la Liberté et de l'Egalité que de voir ces colosses monuments de l'orgueil et de l'oppression insultera l'humble chaumière et à la médiocre habitation des républicains; que toutes ces distinctions qui retracent la domination des tyrans et des castes privilégiées, qui ne rappellent qu'un souvenir douloureux de leur cruauté et de leur ambition, doivent être à jamais effacés du sol d'une terre libre.

Considérant qu'il est de l'essence du gouvernement républicain, qu'il est dans les droits sacrés et imprescriptibles de la Nature qui sont fondés sur l'Egalité de ne laisser subsister aucun des vestiges qui rappellent toutes les inégalités que la perfidie et le système d'oppression dès despotes, des prêtres et des nobles avoient usurpés pour le malheur et la destruction du peuple ; qu'il est de son intérêt et qu'il importe à raffermissement de la République de dévouer au plus profond oubli les monuments de l'ostentation et de la vanité...

Akt. l»*^. —Tous les châteaux forts... tous les châteaux de luxe... dont la splendeur et la grande quantité de bâtiments annoncent la superfétation et rinulilité seront démolis: on ne laissera subsister que le simple nécessaire.

Art. 2. — Tous les matériaux, toutes les démolitions en pierre seront distribués par les communes aux personnes les moins favorisées de la fortune pour les aider à se construire des maisons...

Art. 3. — Les frais des démolitions, seront supportés par les communes...

On voit si le langage est digne de la conception ! Les communes obligées de faire démolir, à leurs frais, les châteaux jusqu'au « simple nécessaire j> auront pour compensation la joie d'offrir aux pauvres gens les pierres et les lambris !

Peu après, autre conception géniale. Cette fois, c'est le luxe des dahlias, des œillets et des roses qui est sévèrement réprimé. Bien qu'elle ait été arrêtée parle District, la mesure accuse trop bien en son texte la manière du grand réformateur pour qu*on hésite à lui en faire honneur. Voici le morceau que je crois de Javogues :

8 nivôse (28 décembre).

Considérant que le luxe des jardins où Tart étoufle la Nature, proscrit ses productions utiles et précieuses pour couvrir de fleurs stériles une terre qui prodigue à regret ses sucs nourriciers pour des plantes qui ne sont con.sacrécs qu'à carresser voluptueusement par la douce odeur qu'elles exhalent les sens blasés du riche et de Tindolent ;

Considérant que le républicain ne doit avoir d'autre parterre que ceux de la Nature, c'est-à-dire l'émail riant des prairies et les richesses que le printemps étale avec un désordre merveilleux dans les champs et que toute la terre qui est susceptible de produire ne doit recevoir d'autre semence que celle qui, confiée au sein de la Nature, nous donne ces précieuses moissons qui nourrissent le genre humain ;

Ouï l'agent national ;

Pour utiliser tous les parterres, jardins de luxe et leurs allées, il est enjoint à tous ceux qui en sont propriétaires d'y semer du blé de mars. Les municipalités veilleront sous leur responsabilité à rensemencement des jardins attenant aux maisons .séquestrées.

Je ne vois pas le résultat de ces extraordinaires mesures. C'est, je crois, vers ce temps qu'on acheva de démolir le château de Saint- Chamond, mais il convient de remarquer qu'un arrêté du District, du 3 frimaire (23 novembre) avait déjà ordonné cette démolition.

La plus grande fête, selon le mode nouveau, fut célébrée le 10 nivôse (30 décembre) en l'honneur de la prise de Toulon.

Toulon avait été enlevée le 29 frimaire (19 décembre) après cinq jours d'héroïques combats. La joie était grande à la Convention ; dans les armées, on exultait. Le mal avait été moins grand qu'on ne craignait : quinze vaisseaux avaient été conservés à la République ; l'ennemi en avait brûlé neuf et en avait emmené trois. On avait réussi à empêcher le complet désastre si fort redouté. La vengeance allait venir. En annonçant la victoire, les représentants à Toulon écrivent : « La vengeance nationale se déploie... On fusille à force. Déjà tous les officiers de marine sont exterminés... La République sera vengée d'une manière digne d'elle i>. La nouvelle avait été répandue avec rapidité. Fouché, de Lyon envoyait au Comité de Salut public, dès le 30 frimaire (20 décembre), une lettre dans laquelle il se félicite d'avoir contribué au succès de la République en terrifiant ses ennemis, «c en offrant à leurs regards des milliers de cadavres de leurs complices » ; il ajoutait : c Nous n'avons qu'une manière de célébrer la victoire : nous envoyons, ce soir, 213 rebelles sous le feu de la foudre ».

La Convention décréta un autre genre de célébration. Un décret du 4 nivôse (24 décembre) ordonne qu'il y ait une fête dans toutes les communes, le décadi suivant le jour de réception du décret.

A Saint-Etienne, les choses furent rapidement menées. Javogues était là. De cette fête, une relation officielle, imprimée chez Boyer, fut distribuée. La pièce est assez intéressante et assez rare pour que je la donne ici in extenso sur un exemplaire que je crois unique dans le pays (1) :

Page 1