Ministrare mensis
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INSTITUTION DES DIACRES
acquises : Tidée ne vient à personne que le choix puisse être arbitraire, Télu est désigné pour ainsi dire spontanément. Il en est de même quand il s'agit de déterminer le nombre de ceux qu'on élit. Sans viser systématiquement à réaliser un symbole, on s'arrête naturellement à certains chiffres qui figurent traditionnellement dans les circonstances mémorables de la vie du peuple. Les apôtres étaient douze : on s'en tint au chiffre de sept, comme pour marquer la subordination des nouveaux élus. On se souvint peut-être des sept anges qui, sans cesser de paraître devant Dieu, sont cependant si secourables aux hommes, comme l'archange Raphaël l'avait montré à Tobie (Tob., xn, 15). Ils devaient être « remplis de sagesse », leur charge exigeant beaucoup de prudence, et « remplis de l'Esprit-Saint », puisqu'ils devaient faire régner la charité dans l'union des cœurs.
Voici les noms de ceux que le peuple chrétien crut dignes de sa confiance : « Etienne, homme plein de foi et du Saint- Esprit, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d'Antioche. »
Etienne qui devait rendre témoignage avait donc d'abord reçu le témoignage de ses frères. Il était attesté avant d'être témoin. Les Sept étaient tous Juifs de naissance, sauf le seul Nicolas, désigné comme prosélyte. Etaient-ils tous hellénistes? Nous ne savons, mais Etienne l'était certainement : toute sa conduite le prouve. Tout indique aussi qu'il a été du nombre des disciples immédiats du Sauveur : l'assurance de la foule à le placer en tête, comme l'homme le plus éprouvé dans la foi, est une preuve indirecte que les assertions des Pères confirment expressément ^.
1. Les Constit. Apost. (ii, 55) sont très formelles. « Nous qui avons été jugés dignes d'être les témoins de son avènement icapouo^a;, avec Jacques, frère du Seigneur, et les autres soixante-douze disciples et ses
Le rôle de la communauté terminé, celui des apôtres commence. Un simple mot donne à cette scène, jusqu'à présent vulgaire, un caractère auguste : « Ils les présentèrent aux apôtres ^ et ceux-ci en priant leur imposèrent les mains. » (Actes vi, 5.) C'était un très ancien rite, et le symbole d'une transmission de pouvoir. C'est ainsi que Josué fut rempli de l'esprit de sagesse, parce que Moïse lui avait imposé les mains. Dans le langage du Nouveau Testament, imposer les mains c'est communiquer uile force cachée, c'est faire participer à une grâce surnaturelle en même temps que c'est donner un emploi. C'est une cérémonie des plus graves qui engage la responsabilité. Saint Paul (I Tim. v, 22) recommande à Timothée de ne pas imposer les mains trop vite pour ne pas se rendre coupable des péchés des autres ; il marque ainsi clairement qu'imposer les mains c'était donner un pouvoir accompagné d'une grâce. Quel était donc le pouvoir conféré à des hommes déjà remplis de l'Esprit-Saint? Etait-ce seulement de distribuer la nourriture ? Non ! car nous voyons aussitôt après l'imposition des mains Etienne prêcher, Philippe baptiser. (Actes vi, 10; vi^ 50.)
L'antiquité chrétienne ne s'y est pas trompée, et quoique le texte sacré ne nous dise pas expressément le titre officiel des sept élus, les Pères ont vu en eux les premiers diacres. L'ancienne loi avait subordonné aux prêtres des lévites chargés de les assister dans les fonctions saintes, de préparer les sacrifices, d'organiser les chants sacrés, de veiller à l'ordre des cérémonies. Dans la loi nouvelle, Jésus-Christ avait livré aux
sept diacres, nous avons entendu de la bouche de Notre-Seigneur Jésùs- Ghrist... »
Gfr. saint Aug., Serm. 316, n® 1, saint Irénée, liv. III, 12, saint Jérôme sur Isaïe, XL VI, 12. On ne peut guère opposer qu'une vague expression de saint Cyrille de Jérusalem qui nomme les sept diacres les sept premiers nés de cette Église autrefois stérile. (Cat. xvii, 24.)
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apôtres le libre usage de son corps et de son sang, mais non sans constituer autour de TEucharistie une hiérarchie et des degrés. En donnant aux Douze le caractère de pontifes, il avait créé toute cette hiérarchie dans sa forme la plus haute, il avait par conséquent institué le diaconat : il n'avait pas institué de diacres. Et voici qu'un incident de la vie quotidienne fait sentir aux apôtres la nécessité de pourvoir à im besoin pressant. Le souffle de TEsprit s'empare d'eux, et au lieu de créer des intendants et des domestiques, ils créent des ministres sacrés. Chaque évêque, successeur des apôtres, aura désormais un ou plusieurs successeurs des Sept, et le diacre sera l'auxiliaire de l'évêque dans les offices de la charité et le ministère de la parole. Le témoignage de saint Irénée, de saint Gyprien, de saint Clément romain, de saint Ignace, de saint Polycarpe et de saint Justin*, pour ne citer que les Pères les plus anciens, s'est perpétué jusqu'à nos jours dans l'Eglise grecque. Lorsque le sous-diacre se présente à l'évêque pour être ordonné diacre, le pontife lui impose les mains et prononce cette prière : « Seigneur notre Dieu qui, dans votre prescience, répandez la largesse de votre Esprit- Saint sur ceux que vous avez destinés, dans votre puissance insondable, à servir comme ministres dans la liturgie de vos mystères immaculés; vous, Seigneur, conservez dans la sainteté possédant avec une conscience pure le mystère de la foi, celui qu'il vous a plu ordonner par moi pour le ministère du diaconat, et accordez-lui la grâce que vous avez accordée à Etienne, votre premier martyr, que vous avez appelé le premier à l'œuvre de votre ministère (diaconat)... Car à vous est le règne et la
1. Iren. I, 26, 3; III, 12, 10; IV, 15, 1. — Cypr. Epist. III, 3; cfr. I Tim. III, 8, Phil. I, 1. — Clem. roman. 1, col. 42. — Ign. ad Polyc. 8; ad Magn. 2 et 6; ad Trall. 2. — Polyc. Phil. 5. — Justin 1 apol. 45. — Cfr. Felten, die Apostelgeschichte.
puissance, et la gloire, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il*. »
L'Eglise latine, d'une manière plus concise, exprime aussi le don de l'Esprit-Saint fait au nouveau diacre : « Envoyez en lui. Seigneur, nous vous en supplions, TEsprit-Saint, pour le fortifier du don de votre grâce septiforme, afin qu'il accomplisse fidèlement l'œuvre de votre ministère '^. »
Etienne, déjà rempli de l'Esprit-Saint, recevait dans le diaconat une nouvelle effusion de ses grâces, spécialement avec le don de force ; or la force est la vertu qui triomphe de la mort. Il en avait besoin pour lutter contre les adversaires qui vont se dresser devant lui.