Pontifical romain
Et non poterant resistere snpieniiœ et Spiritui qui loquehatur.
Et ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l'Esprit qui parlait.
(Act. VI, 10).
Fremunt ergo tanquam ferœ Quia victi defecere Lucis adversarii.
(Ane. hymne.)
La carrière était ouverte devant Etienne ; il y entra avec ardeur. Sa mission fut si extraordinaire que l'écrivain sacré, avant d'en <iire le succès, l'autorise de l'approbation d'en haut : « Etienne, étant plein de grâce et de force, faisait de grands prodiges et de grands miracles parmi le peuple. » (Act. VI, 8.) C'est reproduire la célèbre formule qui avait caractérisé le pouvoir exceptionnel de Moïse : les prodiges et les miracles lui avaient donné le droit de parler au Pharaon et de commander au peuple. Revêtu de cette force divine, Etienne prêchait, et avec un succès tel, que bientôt tout l'effort de la controverse se tourna contre lui.
D'où venaient donc ses adversaires? Les Actes des apôtres citent les Juifs de la dispersion : « On vit s'élever contre lui quelques-uns de ceux qui appartenaient à la synagogue des Affranchis, des Gyrénéens et des Alexandrins, et de ceux de la Cilicie et de l'Asie, controversant avec Etienne, et ils ne
pouvaient résister à la sagesse et à Tesprit en qui il parlait. » (Actes VI, 9.)
Jérusalem, la ville sainte, la métropole du culte de Jéhovah, où les Juifs reviennent encore aujourd'hui pour mourir, possédait de nombreuses synagogues. Chacune des communautés de la dispersion voulait j être représentée, y avoir des hospices pour ses pèlerins, des maisons de prières pour ses réunions pieuses, dans une intimité que ne comportait pas le grand mouvement du Temple. Probablement on s'unissait entre groupes déjà formés à l'étranger et rapprochés à Jérusalem par la communauté d'idées ou d'origine. C'est ainsi que dans notre récit, les Affranchis, c'est-à-dire les Juifs de Rome, emmenés en captivité par Pompée et rendus à la liberté, ou leurs descendants, avec ceux de Gyrène et ceux d'Alexandrie, paraissent appartenir à la même synagogue. Ceux de Cilicie et d'Asie forment une autre fraction. Le quart de la population de Cyrène était d'origine juive, d'après Strabon. Simon le Cyrénéen a rendu ce nom populaire. A Alexandrie, les Juifs étaient plus nombreux encore, cent mille, assurait-on, et leur humeur indomptable les exposa souvent aux fureurs de la population gréco-égyptienne. Dans le second groupe, la Cilicie nous rappelle Tarse et ses célèbres écoles : Saul était de ceux-là. L'Asie représente ici probablement la province dont Ephèse était la capitale. Dans ce centre commercial, les Juifs ne devaient pas manquer.
C'étaient donc des Juifs venus du monde entier qui se liguaient contre Etienne. Mais pourquoi cette coalition ? D'où vient que pour un temps il attire sur lui l'attention si vivement excitée par les premiers discours des Apôtres? La prédication d'Etienne avait-elle donc un objet particulier? Il importe de le savoir pour comprendre son rôle dans les temps primitifs.
On rencontre dans Thistoire de l'Eglise des hommes qui semblent représenter une doctrine. Lorsqu'un tel homme paraît, il est visiblement suscité de Dieu pour combattre une erreur spéciale en donnant un plus grand éclat à la vérité opposée. Les fidèles le considèrent comme le rempart de la foi, ses adversaires rassemblent contre lui toutes leurs forces. S'il est conduit au martyre, en donnant sa vie pour Jésus-Christ, il la donne aussi pour le triomphe de la cause qu'il a défendue; il est le martyr des droits de l'Eglise, ou de l'Eucharistie, ou du pouvoir du souverain Pontife; son nom est éternellement uni à une vérité dont sa mort a assuré le triomphe.
Or Etienne est le martyr de la Rédemption de tous les hommes par Jésus-Christ.
Les accusations de ses ennemis les Pharisiens, leur haine spéciale, son discours devant le tribunal, tout nous montre qu'il est mort pour témoigner de cette vérité, pour défendre contre les Juifs l'universalité de la rédemption. Selon la pénétrante expression de Basile de Séleucie, il est « le maître de Paul », le grand libérateur des âmes, l'adversaire déclaré des rites mosaïques imposés aux gentils.
Même parmi les premiers chrétiens, il y eut quelque hésitation sur ce point, et M. Fouard a pu écrire que l'Eglise de Jérusalem « dévia de son esprit primitif k partir de la mort d'Etienne* ».
L'Eglise universelle ne dévia pas, mais il fallut une révélation pour éclairer Pierre, son chef. Jamais peut être difficulté plus grave ne se rencontra sur la route que suit l'Eglise pour ramener les âmes à Dieu. 11 s'agissait de savoir si le Christianisme resterait attaché à ces deux choses : le temple et la loi. Que devait-on garder du passé ? Qu'y avait-il dans la loi