DEUXIEME PARTIE
LA BASILIQUE n'EUDOCU:
Curaverunt autem Sicphanitm viri fimorafi, et fecerunl plane fum maytufin sittper eum,
(Actes ui, 2.}
Des hommes craignant Dîcu prirent soitt du corps d'Etienne et l'ciisevolirenL avec de grandes lamentations.
Le temps avait passé. Suivant l'exemple d'Etienne, de nom* breux martyrs avaient versé leur sang, puis le triomphe était venu, et quand Dieu se plut à glorifier son serviteur, il y avait déjà cent ans que les empereurs prenaient le nom de chrétiens. Jamais cependant la paix de l'Eglise n'avait été plus troublée.
C'est dès le iv^ siècle que se manifestent en Palestine les marques de l'esprit qu'on a nommé byzantin. Des querelles théologiques passionnées et portées au tribunal de Tempereur, l'abaissement des caractères en face du despotisme j les tendances séparatistes vis à vis de Rome menaçaient de compromettre la dignité et l'indépendance de l'Eglise avec son unité. Et dans toutes ces disputes, ces âmes ardentes portaient toute la flamme de l'Orient. Les conciles se réunissaient sans cesse pour déposer ou créer les pasteurs. Habitués k prendre en main une part de l'autorité civile et militaire, quelques évéques intrus s'entouraient de satellites, exécuteurs de leurs vengeances. Le poison se répandait jusque parmi les moines, dans les retraites du désert. Plusieurs d'entre eux, infidèles à leur
vocation, et livrés tout entiers k un zèle de sectaires, formèrent parfois pour le compte de l'hérésie ou du schisme de vraies bandes de brigands. Autant qu'aucune autre, l'Eglise de Jérusalem connut ces mauvais jours. Mais, plus qu'aucune autre, elle avait sous les yeux les traces du Sauveur ; plus d'une fois elle trouva la paix dans les touchants souvenirs de la Rédemption. La construction d'une église commémorative d'un mystère, l'invention du corps d'un prophète ou d'un témoin de Jésus-Christ étaient des événements qui groupaient toutes les âmes dans un même élan de foi.
Nous devions rappeler cette situation avant de parler de la première basilique consacrée à saint Etienne. Les faits sont ordonnés par Dieu et les monuments ont leur destinée. Entre les troubles de l'arianisme et les désordres encore plus sanglants du V® siècle, au moment où im concile condamnait en Palestine l'erreur de Pelage, l'ennemi de cette grâce de Jésus- Christ, dont saint Etienne avait si fortement soutenu les droits ; pendant que, Rome envahie, les descendants de ses plus grandes familles fuyaient en Palestine, Dieu révèle à un humble prêtre le tombeau de saint Etienne, et cette merveilleuse nouvelle fut un rayon de joie pour l'Occident livré à l'invasion barbare. Longtemps les querelles religieuses empêchent qu'on lui rende les honneurs qui lui sont dûs. Une impératrice de génie se fait le rempart de l'hérésie à Jérusalem ; la cité sainte, les monastères, les bourgades les plus reculées sont troublées parles factions. Tout à coup la paix se fait par la conversion d'Eudocie et la basilique de Saint -Etienne, témoignage de son repentir, devient pour tous les partis un . gage d'union. Si la guerre recommence, si Fhérésie soutenue par l'empereur a conquis les grands sièges de Constantinople^ d'Alexandrie et d'Antioche, si Jérusalem est au moment de plier, c'est dans l'église de Saint-Etienne que se fera entendre
la protestation du catholicisme, et cette démarche glorieuse décidera de la victoire en Orient.
Les saintes reliques d'Etienne ont donc élevé la voix en faveur de la charité, de l'unité de toutes les âmes dans l'Esprit- Saint, comme il avait fait au jour de son martyre, et cette nouvelle action du saint dans l'Eglise n'est guère moins intéressante que celle qu'il a exercée de son vivant.
Les Actes des apôtres terminent l'histoire de saint Etienne par ces simples mots : « Des hommes pieux ensevelirent Etienne et lui firent im grand deuil » (viii, 2). Ces hommes pieux dont le nom est dissimulé ne sont pas les apôtres, ni même, semble-t-il, des membres reconnus de hi communauté chrétienne. Plusieurs savants ont vu en eux des prosélytes. Le corps d'Etienne fut donc transporté dans un lieu où il ne pouvait recevoir facilement les hommages des fidèles. Le souvenir de son martyre demeura vivant dans l'Eglise, mais on oublia le lieu de sa sépulture. Les temps avaient été trop durs pour permettre aux chrétiens de conserver, d'une manière précise, quelques-unes de leurs plus chères mémoires. C'est ainsi qu au temps de sainte Hélène on connaissait l'emplacement du Saint- Sépulcre et du Calvaire, mais on ne savait où était la vraie Croix. Il était réservé au iv® siècle de recouvrer et de glorifier les lieux saints. L'invention de la Sainte-Croix montre avec quel esprit de foi, quelle confiance dans T intervention surnaturelle de Dieu, mais aussi avec quelle prudence, avec quelle méthode on procédait dans ces pieuses recherches.
On constate ce double esprit de foi et de critique dans T invention des reliques de saint Etienne. Aussi croyons -nous devoir mettre sous les yeux du lecteur la lettre du prêtre Lucien qui raconte en détail ce miraculeux événement, sans rien retrancher de ses longueurs.
« Lucien, par la miséricorde de Dieu, pauvre et le moindre
des hommes, prêtre de TEglise de Dieu dans le village de Caphargamala, au territoire de Jérusalem, à la sainte Eglise et à tous les saints qui sont en Jésus-Christ, dans le monde entier, salut en Notre Seigneur.
J'ai cru nécessaire de faire connaître à votre dilection en Jésus-Christ la triple vision qui m'est apparue de la part de Dieu, au sujet de la révélation des reliques du bienheureux et glorieux protomartyr Etienne, premier diacre du Christ, de celles de Nicodème, dont il est parlé dans l'Evangile, ainsi que de Gamaliel, mentionné dans les Actes des apôtres. Je Tai fait à la prière, ou plutôt sur l'ordre d'un saint, d'un serviteur de Dieu, de notre père le prêtre Avitus. Obéissant comme un fils à son père, j'ai dit, pour répondre à ses questions conformes à la foi consommée, toute la vérité, en toute simplicité, telle que je la connais, sans hésiter et sans l'altérer.
Le jour donc de la Parascève, c'est-à-dire un vendredi, le 3 décembre, sous le dixième consulat d'Honorius et le sixième de Théodose, augustes, je m'étais endormi, à la nuit tombante, sur ma couche, dans le saint lieu du baptistère, où j'avais l'habitude de coucher pour garder les objets servant au ministère. A la troisième heure de la nuit, qui est le premier quart de garde des veilles, je tombai dans une sorte d'extase, un demi-sommeil, et je vis un vieillard à la taille élevée, prêtre plein de dignité, aux cheveux blancs, à la barbe longue, revêtu d'une étole blanche , ornée de glands d'or, avec une croix au milieu. Il tenait une crosse d'or à la main. Il s'approcha de moi et, se plaçant à ma droite, il me toucha de sa crosse d'or; puis, m'appelant trois fois par mon nom : Lucien, Lucien, Lucien, il me dit en grec : <( Rendez- vous à la ville d'^lia, qui n'est autre que Jérusalem, et dites au saint homme Jean, qui en est l'évêque, ces paroles : « Combien de temps serons-nous retenus enfermés et tarderez- vous à nous ouvrir
les portes? Or, c'est sous votre épiscopat que nous devons être révélés. Ouvrez sans retard le tombeau où nos restes ont été déposés sans soins, afin que, par nous, Dieu, son Christ et son Saint-Esprit ouvrent la porte de leur clémence sur le monde, car les chutes nombreuses dont ce siècle est témoin tous les jours le^mettent dans un grand 'danger. D'ailleurs, c'est beaucoup moins de moi que des saints si dignes de tout honneur qui sont avec moi que je me préoccupe. »
Je lui répondis en ces termes : « Qui êtes-vous donc, seigneur, et qui sont ceux qui sont avec vous? » Voici sa réponse : « Je suis Gamaliel qui ai élevé Paul, l'apôtre du Christ, et qui lui ai enseigné la loi à Jérusalem. Celui qui est placé près de moi, dans le tombeau, du côté de l'orient, est le seigneur Etienne, que les princes des prêtres et les Juifs ont lapidé, à Jérusalem, pour la foi du Christ, hors de la ville, à la porte du nord, sur la route de Cedar, où il demeura un jour et une nuit, étendu par terre, sans sépulture, afin de devenir, selon l'ordre impie des princes des prêtres, la proie des bêtes sauvages. Mais Dieu ne voulut point qu'il reçût leurs atteintes. Les bêtes sauvages, les oiseaux de proie et les chiens respectèrent ces restes précieux. Et moi, Gamaliel, plein de compassion pour le sort du ministre du Christ, et de hâte pour recevoir ma récompense et avoir part avec ce saint homme dans la paix, j'ai envoyé, pendant la nuit, tous les hommes religieux que je connaissais croyant en Jésus-Christ et habitant à Jérusalem, au milieu des Juifs, et leur fis toutes mes recommandations. Je leur donnai tout ce qui leur était nécessaire et les déterminai à se rendre secrètement sur le lieu du supplice pour enlever le corps et le porter, dans un de mes chars, à ma maison de campagne appelée Caphargamala, c'est-à-dire maison de campagne de Gamaliel, à vingt milles de la ville. Là je lui fis des funérailles qui durèrent quarante jours, et je le (Ls déposer
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46 SAINT ÉTIExNNE ET SON SANCTUAIRE
dans le monument que je m'étais fait faire en cet endroit, dans la case située du côté de l'orient, et j'ai fait donner à ces gens de quoi subvenir à tous les frais de ces funérailles. Dans l'autre case fût placé le seigneur Nicodème, le même qui alla trouver Jésus pendant la nuit, et qui entendit ces paroles de sa bouche : « Quiconque ne renaît par l'eau et le Saint-Esprit ne peut entrer dans le royaume des cieux » (Jean, m, 5) et qui fut baptisé par les disciples de Jésus-Christ après son entretien avec lui. Quand les Juifs en eurent connaissance, ils le privèrent de son titre de prince, l'anathématisèrent et le chassèrent de la ville. C'est moi, Gamaliel, qui l'accueillis dans ma propriété, comme une victime de la persécution pour le Christ. J'ai pourvu à sa nourriture et à son entretien jusqu'à la fin de ses jours, et, à sa mort, je l'ai fait enterrer avec honneur à côté du seigneur Etienne. J'avais un fils bien aimé appelé Abibas; il avait reçu avec moi le baptême du Christ des mains des disciples du Seigneur ; il mourut à l'âge de vingt ans', avant moi, et fut déposé dans la case supérieure où je fus placé moimême après ma mort. Quant à ma femme Ethna et à mon fils aîné Sélemias, n'ayant point voulu devenir disciples du Christ, ils ont été enterrés à Capharsémélia, maison de campagne appartenant à ma femme. » Et moi, l'humble prêtre Lucien, je fis cette question à Gamaliel : « En quel endroit devonsnous vous chercher? » Gamaliel me répondit : « Au milieu du faubourg, ce qui peut s'entendre d'un champ très voisin de la maison de campagne, appelé Delagabri, c'est-à-dire champ des hommes de Dieu. »
Sur ce, je me suis éveillé et j'ai adressé cette prière au Seigneur : n Seigneur Jésus-Christ, si cette vision vient de vous et n^est point une illusion, faites qu'elle se renouvelle une seconde et une troisième fois, quand vous le voudrez et de la manière qu'il vous plaira. Je me mis donc à jeûner et à ne
me nourrir que de fruits secs jusqu'au vendredi suivant. Alors le seigneur Gamaliel m'apparut de la même manière, avec le même aspect et le même costume que la première fois^ et me dit : « Pourquoi avez-vous négligé d'aller dire ce cpie je vou^ avais prescrit au saint évêque Jean? i> Je répondis : c< Je n'ai pas osé, seigneur, annoncer ce que j\iv;ns vu tout de suite après la première vision que j'ai eue, de crainte de passer pour un séducteur. Mais j'ai prié le Seigneur, si c'était lui qui vous envoyait vers moi, de faire que vous m 'apparussiez une seconde et une troisième fois. » Gamaliel reprit : {\ Croyezmoi, croyez-moi, croyez-moi. » Puis il ajouta de nouveau : « Comme vous m'avez demandé où vous trouveriez les corps de chacun et dans quel ordre ils sont posés, prêtez-moi toute votre attention et remarquez bien ce qui va vous être montré. >•> « Oui, seigneur, » répondis-je. Alors il apporta quatre corbeilles, dont trois d'or et une d*argent. Les trois; premières étaient remplies de roses; deux d'entre elles avaient des roses blanches, et la troisième des roses rouges de sang ; la quatrième qui était d'argent était pleine d'un safran qui exhalait une odeur excellente. Il les plaça devant moi. Je lui dis : « Qu'est-ce que cela. Seigneur? » Il me répondit : n Ce sont nos reliques. La corbeille aux roses routes, c'est le seigneur Etienne : il est placé dans le tombeau à droite , du côté de l'orient, en entrant. La seconde corbeille, c'est le seigneur Nicodème, placé contre la porte. La corbeille d'argent, c'est mon fils, Abibas, né du sein du témoignage, c'est-à-dire régénéré dans la loi; il a quitté ce monde avec T innocence immaculée qu'il avait puisée dans le sein de sa mère. Voilà pourquoi il est représenté par une corbeille d'argent d'une extrême pureté. Ne sentez-vous point l'exquise odeur du safran qu elle renferme ? Il est placé avec moi, en haut du monument ; nous reposons ensemble comme deux frères jumeaux, t^ Ayant ainsi parlé, il disparut de nouveau à mes yeux.
Quand je fus éveillé, je rendis grâce au Dieu tout puissant et me remis au jeûne en attendant une troisième révélation. La troisième semaine écoulée, le même jour et à^la même heure, le même homme m 'apparut, avec un air menaçant et frémissant, et me dit : « Pourquoi avez-vous gardé le silence jusqu'à cette heure et n'avez-vous pas voulu aller rapporter à Tévêque Jean ce qui vous avait été dit et montré? Quelle sera votre excuse auprès de Dieu, et quel pardon espérez-vous de lui pour ce dédain, au jour du jugement? Ne voyez-vous point la sécheresse extrême qui désole le monde et les tribulations dont il est plein? Or, vous vous conduisez avec négligence. Ne considérez-vous point qu'il y a, au désert, beaucoup d'hommes plus* saints et meilleurs que vous, que nous avons négligés parce que c'est par vous que nous voulons parvenir à la connaissance du monde? Car si nous avons voulu que vous quittassiez un autre hameau pour devenir pasteur de celui-ci, c'est afin que ces choses fussent découvertes par vous. Levez-vous donc et allez dire à l'évêque de nous ouvrir la porte et de faire un lieu de prière en cet endroit, afin que, par notre intercession, le Seigneur ait pitié de son peuple. » A ces paroles, je répondis tout tremblant : « Ce n'est point par négligence, seigneur, que j'ai agi comme je l'ai fait, mais j'attendais que vous vous montrassiez à moi une troisième fois. Mais à présent, sans attendre un jour de plus, je vais exécuter tout ce que vous me direz. » Puis, comme il se tenait devant moi, avec un air indigné, il me sembla que je tombais dans une autre extase. J'étais à Jérusalem et en présence de Jean, et je lui racontais toute ma vision. Il semblait m'écouter, puis il me dit : « Mon cher ami, si les choses se sont passées ainsi que vous le dites et si lé Seigneur vous a fait cette révélation, dans ce siècle où nous sommes, il faut que j'aille prendre, dans ce domaine, ce grand bœuf de labour qui peut aller aussi bien au chariot qu'à la
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charrue, ensuite je vous abandonnerai le domaine avec tout le reste. Je lui répondis : « Seigneur, que m'importe le domaine, si je n'ai point de bœuf qui me permette de le régir et de le labourer? » L'évêque me répondit : « Il me plaît qu'il en soit ainsi, mon cher ami, parce que notre ville est administrée à l'aide de chariots, et le grand bœuf, que vous dites caché dans votre domaine, fait grand défaut à notre attelage. Il vaut mieux qu'il se trouve dans notre important domaine que dans votre modeste propriété, n'est-ce pas assez pour vous des deux autres petits bœufs que je vous laisse pour labourer la terre de votre exploitation ? »
Ayant entendu cela dans mon extase, c'est-à-dire dans mon transport, je m'éveillai incontinent, je bénis le Seigneur et me rendis sur le champ à la ville , auprès de Tcvt^que Jean . Je lui rapportai toute ma vision, mais je me tus sur ce f[ui avait rapport au bœuf et attendis ce qu'il allait me répondre. J'avais bien compris que ce grand bœuf n'était autre que saint Etienne et que les chars dont il avait été question étaient les saintes Eglises, tandis que le grand char était la première église même de Sion. Or, comme le saint évêque pouvait me demander les reliques du bienheureux Etienne, je ne voulus point à cause de cela lui parler de ma vision du bœuf. En entendant ce récit, l'évêque Jean se mit à fondre en larmes de joie et s'écria : « Béni soit le Seigneur Dieu, fils du Dieu vivant! Si Dieu, ô mon cher ami, vous a révélé tout ce que vous dites là et avez entendu, je dois faire la translation des reliques du bienheureux Etienne, premier martyr et archidiacre du C^hrist, de l'endroit où il est, en cette ville. Il a le premier combattu les combats du Seigneur contre les Juifs, et, sur la terre, il a aperçu, dans le ciel, Jésus-Christ se tenant dans sa majesté pendant que lui-même semblait comme un ange dans l'assemblée des hommes. » Le saint évèque nie dit donc : « Allez^
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faites des fouilles dans le champ, et si vous trouvez quelque cliose, faites mW part. » Alors je lai dis : « J^ai parcouru le ehamp^ ^ j'y ^^ ^^? ^^ milieu, un tas de pierres de petite dimension, et je pense que c'est là que se trouvent les corps. » Le pape ^ me répartit : « Je vous l'ai d^à dit : Allez, faites défi fouilles, et^ si vous trouvez quelque chose, demeurez pour garder l'endroit, puis envoy eznmoi un diacre pour me chercher. » Ayant ainsi parlé, il me coi^dia. Lorsque je fus arrivé au village, j'envoyai des crieurs puhlics engager les habitants dvi lieu à se lever de bonne heure et k fouiller le tumulus.
La même nuit, le' seigneur Gamaliel apparut à un moine nommé Miget, homme simple et innocent, sous les mêmes traits qu'il m'était apparu à moi-même, et lui dit : « Allez, dites au prêtre Lucien : Vous perdez vos peines à fouiller ce tumulus, nous ne sommes plus là, mais nous avons été déposés dans un autre lieu pendant qu'on pleurait sur nous à la manière des anciens, et qu'on élevait en cet endroit un tumulus en témoignage du deuil célébré en notre honneur . Mais chercheznous dans un autre endroit, du côté d'où soufâe le vent de Borée, à l'endroit appelé en syriaque Debatalia, ce qui veut dire en grec iv^pôv ijx^ï^j ou les braves. » Dès l'aube, en me levant pour le chant des hymnes, je trouvai ce moine en train de prêcher à tous les fidèles. Quand le» hymnes furent terminées, je dis : i< Allons à ce tumulus et faisons-y des fouilles. » Alors on me dit : « Prenez donc connaissance auparavant de ce que raconte le moine Miget. » Je le fis venir et je lui démandai quelle vision il avait eue. U me dit tous les signes que j'avais vus du seigneur Gamaliel et me raconta comment îl avait vu un champ situé au sud, où se trouvait un sépulcre comme abandonné et tombant en ruine, dans lequel il avait
1. Lucien donne îcî à i'évêque le nom de x>ape ou de père, suivant Tosage d'alors.
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aperçu trois lits d'or dont un plus élevé que les deux autres, sur lequel deux corps reposaient ensemble ; Tun était celui d'un vieillard et Tautre celui d'un jeune homme. Il nV avait qu'un corps sur chacun des deux autres lits. Or celui qui reposait sur le lit le plus élevé me dit : « Allez dire au prêtre Lucien que c'est nous qui avons été les propriétaû^es de ce fonds. Si vous voulez trouver un saint, un juste, il est placé du côté de l'orient. » En entendant ces paroles de la bouche du moine, je glorifiai le Seigneur d'avoir trouvé un second témoin de la révélation.
Nous nous dirigeâmes donc vers le tumulus, mais nos fouilles ne nous y firent rien découvrir; alors nous nous rendîmes au tombeau que, la même nuit, notre moine avait vu en songe, et après y avoir fait des fouilles, nous trouvâmes trois cercueils, selon ce qui m'était apparu sous la forme de corbeilles. Nous trouvâmes une pierre tombale sur laquelle on lisait en très grosses lettres : Keayea Celiel, c*est-à-du'e serviteur de Dieu, et Apaan, Dard an, ce qui veut dire Nicodème et Gamaliel. C'est la traduction que nous donna de ces mots le pape Jean, ainsi que je l'ai appris de la bouche même de ce saint évêque. Je m'empressai donc d'aller annoncer la chose à l'évêque qui était alors à Lydda, qui n'est autre que Diospolis, où il présidait un synode. Il prit avec lui deux autres évéques : Eleuthère* de Sébaste et Eleuthère de Jéricho, et tous trois se rendirent sur les lieux. Quand ils ouvrirent le cercueil de saint Etienne, la terre trembla, et il se répandit une odeur si douce et si suave que nul ne se souvient d'en avoir senti une pareille ou d'avoir entendu dire qu'on éprouva jamais rien de semblable, c'était au point que nous nous croyions transportés dans un paradis de délices. 11 y avait