Cyrille, vie de saint Euthyme
EUDOCIE 71
Tant de vertus avaient expié un moment d'erreur. Cyrille, le biographe d'Euthyme, n'hésite pas à donner à Eudocie le nom de Bienheureuse. Au moment de mourir, elle protesta de son innocence dans l'affaire de Paulin. Baptisée dans l'église de Saint-Etienne à Constantinople, elle fut ensevelie dans la basilique qu'elle avait élevée à Jérusalem au même saint. Son nom demeure uni pour toujours à celui du premier diacide et martyr.
Grande sur le trône, plus grande dans l'infortune, elle se souvint qu'Etienne avait été donné aux veuves pour être leur consolation et leur soutien. Elle paya la dette contractée par les humbles femmes de Jérusalem. Sainte Hélène avait mis le sceau à la paix de l'Eglise en édifiant la basilique du Saint- Sépulcre ; Eudocie laissait derrière elle un monument au premier des diacres comme gage de l'union qu'elle se repentait d'avoir troublée. « Dix ans plus tard, sa petite-fille, appelée comme elle Eudocie, vint s'agenouiller près du tombeau de sa grand'mère, et finir aussi ses jours à Jérusalem. Emmenée à Carthage par les Vandales avec sa mère et sa sœur, elle fut mariée au fils de Genséric, barbare aux mœurs farouches et arien déterminé. Elle vit partir sa mère et sa sœur que Ton renvoyait sans elle à Constantinople ; et enfin, après seize ans^ révoltée des cruautés de son mari sur les catholiques, ello parvint à s'enfuir, grâce au dévouement d'un serviteur, et alla comme son aïeule demander asile à Jérusalem. Elle y fut accueillie par l'évêque Martyrius, et embrassa dans la basilique de saint Etienne le tombeau de la grande Eudocie ; mais, épuisée par ses longs malheurs et les fatigues du voyage, elle mourut au bout de peu de jours, recommandant à l'évêque le serviteur fidèle qu'il l'avait aidée et suivie dans sa fuite. — L'évêque lui éleva un tombeau auprès de celui de l'ancienne Eudocie. et, jusqu'à l'arrivée des Perses, les deux princesses dormirent
Tune en face de Tautre dans leurs mausolées, emblèmes toutes deux des vicissitudes humaines et de T amertume des grandeurs*. »