‹ Saint Etienne et son sanctuaire à JérusalemChapitre 51 sur 61 · Voir page · texte numérisé non relu

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ALTHEXTICITÉ DU SANCTUAIRE 147

Ceux qui l'ont connue dans sa splendeur, comme Evagre, Théodose, Virgile, Antonin, la placent en dehors de la porte du nord, à une distance d'un stade ou d*un jet de pierre. Ceux qui ont pleuré sur ses ruines l'ont trouvée remplacée par un oratoire ou petite église, en dehors de la porte du nord, a environ trois jets d'arbalète (Sœwulf). Ce sani^tuaire a été enregistré par les chartes et les diplômes, il ligure sur les plans de la ville franque, puis il disparaît. Mais ces indications suffisent aux érudits pour le retrouver, el ils s'accordent d'avance à marquer sa place... précisément tout près du lieu où on Ta trouvé * .

Dès lors quelle n'est pas la force démonstrative de la découverte ?

Les fouilles ont remis à jour une basilique latine. Ses murs sont trop peu épais pour avoir supporté autre chose qu'un toit en bois. De plus, une couche de cendre est Tindice d'un incendie violent qui s'explique mieux avec ce genre de toiture. Ses chapiteaux indiquent une époque antérieure à Justinien. Tout marque une transition entre la basilique latine et le style de Sainte-Sophie ; c'est le style de quelques églises du Hauran datées du v® siècle. L'atrium augmente considérablement les proportions de cet édifice. Les inscriptions grecques du cimetière, les magnifiques tombeaux voisins de l'église sont d'une époque florissante et riche. Voilà, pour le résumer en quelques mots, le langage des monuments.

Les documents disent : la basilique de Saint-lîtienne était une église bâtie avant que la coupole ait fait son apparition en Orient; elle avait de vastes proportions et datait de l'époque intermédiaire entre Sainte Hélène et Justinien (460). L'accord est parfait pour le style.

i. C'est ce qu'avait fait, par exemple, M. de Vogiié dans son 1 eau livre des Églises de Terre Sainte (carte).

Mais il y a une exacte coïncidence dans l'indication du lieu^ car le monument est situé au nord de la ville, à 300 m. de la porte actuelle, en suivant la route, et les documents placent la basilique au nord de la ville, sur la route, à environ un stade ou un jet de flèche.

Sur ce dernier point, on fait une objection. La distance d'xm stade ou d'un jet de flèche n'équivaut pas à 300 m., mais à 185 m. pour le stade et environ 150 m. pour le jet de flèche.

Pour soutenir l'objection, il faudrait connaître avec précision le point de départ et le point d'arrivée.

Le point de départ, c'est la porte. Etait-elle précisément au même endroit qu'aujourd'hui? On sait par Philon de Byzance que les villes fortes du temps étaient défendues par un double mur. L'avant-mur, moins haut que l'autre, ne gênait pas la défense et ne permettait pas à l'ennemi, une fois qu'il en était le maître, d'attaquer le mur de plain pied*. Est-il vraisemblable que les Romains aient négligé cette précaution pour une ville aussi importante qu'-^lia? N'avait-elle pas une première ligne de défense munie de portes ? On ne connaît donc pas exactement le point de départ.

Mais connaît-on mieux le point d'arrivée? Pour Evagre qui donne la mesure la plus précise, moins d'un stade, c'est l'enceinte du sanctuaire, quelque chose comme le mur du clos actuel. Or il y a précisément 180 m. du mur de la ville aux ruines que nous considérons avec M. Schick comme l'ânerie du monastère des croisés 2, et 190 m. jusqu'aux tombeaux byzantins qui faisaient partie du cimetière de Saint-Etienne. La

1. MM. Perrot et Chipiez, Histoire de fart, t. III, p. 347, donnent une restauration de murs antiques qui fait bien comprendre ce système de fortifications.

2. Voir le plan qui indique la situation du sanctuaire par rapport à la porte de Damas, page 110.

mesure approximative d'Antonin, d'un jet de flèche depuis les murs jusqu'au lieu où reposait le martyr, s'explique de la même manière. Tout est donc d'accord, et nous n'avons même pas besoin d'alléguer qu'une estimation à vue d'œil, ne fûtelle pas absolument conforme à l'état actuel, ne peut rien contre une coïncidence constatée.

Qu'on remarque bien qu'au nord de la ville on n'a jamais signalé qu'une basilique. Celle qu'on a retrouvée n'auraitelle été visitée par aucun pèlerin? On dit : ce peut être une basilique élevée par les Grecs après la destruction de la première. Nous serions toujours sur le lieu de la lapidation. Mais de plus il était impossible alors de bâtir une grande basilique, et le style de la nôtre indique évidemment une époque antérieure à Justinien.

Dès lors que penser de la petite église découverte la première? Les savants allemands ont été unanimes à y voir l'oratoire des croisés. Cette conclusion apporte à la précédente un surcroît de preuves. Ce monument a son langage : c'est une petite église grecque d'origine et restaurée par les croisés, ou bâtie par les croisés et restaurée par les Grecs, car il y a le mélange des deux styles. Elle est construite sur l'atrium de la basilique et, par conséquent, sur ses ruines, et on y a certainement employé quelques matériaux anciens. Elle est située au nord de la ville, sur la route, à 300 m. de la porte. Les documents disent : un oratoire a été trouvé par les croisés; leurs écrivains ont connu une église située à deux ou trois jets d'arc (entre 300 et 450 m.) de la porte du nord, sur la route, au milieu des ruines d'une ancienne église. Elle était dédiée à saint Etienne, parce que c'était le lieu de la lapidation.

La concordance ne peut être plus frappante, cette fois la distance coïncide absolument. La basilique est donc celle d'Eudocie, et la petite église, l'oratoire élevé sur les ruines, et

je répète que ces deux conclusions, dont chacune a une évidence archéologique suffisante, se corroborent mutuellement d'une manière irréfragable.

Si la petite église est celle des Grecs et des Francs, ce n*est pas nous qui rendons témoignage à la basilique voisine, ce sont les Grecs et les Francs, possesseurs, nous Tavons vu, d'une tradition alors inattaquée et unanime. Ce sont les Grecs du VIII® siècle qui déposent en faveur de cette tradition, et après eux les croisés. Si la grande basilique est celle d'Eudocie, Toratoire bâti sur ses ruines ne peut être que l'oratoire des croisés. 11 y a là une double preuve, une double évidence. Ce n'est pas la coïncidence d'un monument avec les documents, mais la concordance de deux monuments pour confirmer les documents. Pour chacun des deux monuments, nous avons le quadruple accord du style, des proportions, de la situation, de la distance approximative, et chacun d'eux donne à l'autre le bénéfice de cet accord.

Ce n'est donc pas sans raison que le Saint-Père a favorisé l'église provisoire du couvent de Saint- Etienne presque à l'égal des sanctuaires de première classe. La Sacrée Congrégation de la Propagande veille avec un soin jaloux à ce que, sous prétexte de découvertes, on ne propose pas à la dévotion des fidèles des sanctuaires nouveaux. Il existe sur ce point un décret aussi sévère que précis.

Cependant les preuves ont paru cette fois suffisantes. La Sacrée Congrégation de la Propagande a enrichi le sanctuaire d'indulgences, parce qu'il est situé près du lieu où saint Etienne a subi le martyre (décret du 20 novembre 1887).

La Sacrée Congrégation des Rites a autorisé, pour le même motif, la messe votive quotidienne du premier martyr. Nous donnons ici la traduction française ^ du second de ces décrets.

1. On trouvera dans les appendices le texte latin des deux décrets.

AUTHENTiaTÉ DU SANCTLAIRE 151

« Le couvent et Féglise des Frères prêcheurs étant érigés sur le lieu où a souffert le glorieux saint Etienne^ premier martyr, le prieur de ce couvent, dans le but de répondre aux vœux des fidèles et surtout des étrangers qui s'y rendent en pèlerinage^ a humblement sollicité de Natre Saint- Père le Pape Liéon XIII le privilège, à perpétuité, de célébrer dans cette ^lise, chaque jour de Tannée, la messe votive de ce saint martyr, avec Gloria et Credo, la préface commune en remplaçant à la collecte le mot nataliiia par celui de mémoriam, conformément au privilège semblable accordé aux lieux illustrés par les mystères de la religion et qu'on appelle les sanctuaires de la Terre-Sainte, w

« La Sacrée Congrégation des Rites, usant des pouvoirs qui lui sont spécialement accordés par le Souverain -Pontife, a daigné concéder le privilège demandé, en exceptant les solennités suivantes : TËpiphanie, le dimanche des Rameaux et la Semaine-Sainte, Pâques, la Pentecôte, l'Assomption de la bienheureuse Viei^e-Marie et la Nativité de Notre Seigneur, pourvu que les rubriques soient observées, n

« Nonobstant toutes choses contraires. »

« Le 6 décembre 1887,

A. Gard. Bianchi, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites ;

Laurent Salvati, secrétaire. »

On peut dire qu'après ce décret, la question est jugée au point de vue canonique. Le désir d'éviter toute polémique, dans un ouvrage conmke celui-ci, m'incline à me contenter de ces preuves positives, sans discuter l'objection qu'cua. nous oppose. Cependant le silence sur ce point pourrait passer pour une défaite. ^

Les pèlerins qui descendent la route de Jéricho rencontrent sur le flanc occidental du Gédron, au dessous de la porte située près de rétablissement français de Sainte- Anne, un rocher découvert. Sur ce rocher sont taillées des marches grossières : elles correspondent exactement à d'autres marches de même nature, de Tautre côté du ravin. Cet escalier est celui dont parle sainte Sylvie, descendant de Jérusalem et conduisant au mont des Oliviers. A côté de ces marches la roche est creusée, de manière à figurer, tant bien que mal, le moule d'un corps étendu. Ce lieu est vénéré aujourd'hui — il Tétait beaucoup plus il y a dix ans — comme le lieu du martyre de saint Etienne. Le saint aurait laissé en mourant la forme de son corps dans le roc vif.

La tradition existe donc : nous avons cherché ses vestiges dans le passé, nous sommes remontés plus haut de deux siècles que ceux qui nous avaient précédés dans cette étude ; nous en avons trouvé la mention dans Raoul de Caen* (m2àlH8 ap. J.-C). Dès lors, à juger d'après les procédés ordinaires de la critique, cette tradition ne peut prévaloir contre les affirmations du V® siècle. Si la tradition du torrent de Gédron avait existé au v® siècle, jamais Eudocie n'aurait pu bâtir du côté nord de la ville une basilique sur le lieu de la lapidation. Toute la question est donc de savoir si, au v® siècle, on a procédé sûrement. On voit que, proportion gardée, nous raisonnons pour saint Etienne comme pour le Saint-Sépulcre et les autres lieux saints ; nous remontons aux croisés , des croisés aux Byzantins, c'est-à-dire aux premiers temps de l'empire chrétien.

A cette époque, on pouvait connaître le lieu de la lapidation de saint Etienne, eût-il été lapidé hors du lieu ordinaire des

1. Recueil des historiens des croisades, Hist. occ, t. III, n» 635.

exécutions. Mais nous avons dit que, malgré leur précipitation haineuse, les ennemis d'Etienne qui le condamnaient pour n'avoir pas observé la loi se sont piqués de suivre leurs usages traditionnels. Le détail de saint Paul gardant les habits le prouve.

Le souvenir de ce lieu funèbre existe encore aujourd'hui. M. le ministre protestant Chaplin et son collègue M. Hanauer ont recueilli cette tradition : on leur a montré comme le lieu des exécutions la colline de Jérémie qui domine la basilique et c'est d'après ce renseignement que s'est confirmée, parmi quelques protestants, Topinion que cette colline était le Calvaire; mais crucifixion par les Romains n'est pas lapidation par les Juifs. Je lis dans Sepp que « la place où on lapidait les criminels était à peu près à 2.000 coudées du temple * ».

Je ne sais où il a puisé ce renseignement; s'il est exact, cette distance concorderait exactement avec l'emplacement de la basilique. Mais, nous le répétons, indépendamment de la connaissance du lieu des lapidations, les premiers chrétiens ont dû conserver fidèlement le souvenir du lieu de la passion d'Etienne. L'autorité civile représentée par Eudocie, l'autorité religieuse par l'organe de Juvénal, ont fixé la tradition par un monument officiel , sans qu'aucune protestation se soit élevée.

Comment préférer à cette tradition, ainsi authentiquée dans toute la force du terme, une tradition dont on ne trouve les traces qu'à la fin du xi® siècle ?

Serait-ce qu'on ne peut admettre la naissance d'une tradition fausse? Il nous serait facile de citer bon nombre de traditions qui sont parvenues, à un moment donné, à remplacer des traditions incontestablement vraies.

1. La Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, Paris, 1861, t. III, p. 157.

Est-il impossible, dans notre cas, d'expliquer comment le souvenir de saint Etienne s'est fixé dans la vallée de Gethsémani?

Nous savons que le premier abbé du monastère d'Eudocie, Gabriélos, aimait à se retirer pour prier dans un petit ermitage situé dans cette vallée. C'était comme un petit Saint- Etienne, qui fut toujours habité par des moines. Peu à peu on se demanda quel souvenir de la vie du saint rappelait ce sanctuaire qui possédait peut-être quelque fragment de ses reliques. t)n y plaçait la sépulture du saint avec Gamaliel, Nicodème et Abibon* ou bien le lieu de la lapidation, tantôt à l'orient-, tantôt et plus généralement, à l'occident de la vallée. Enfin la tradition se fixa au rocher, où l'on ne tarda pas à trouver la trace du corps du martyr et à voir les marques de son sang ^.

Mais, en somme, cette explication nous importe fort peu. Dans cette hypothèse, la tradition n'aurait aucun fondement historique, et nous aimerions autant qu'elle en eût un, puisque deux vérités ne peuvent se nuire.

Nous supposons donc, si l'on veut, qu'après la condamnation tumultueuse d'Etienne, les meneurs, bien décidés au crime judiciaire, mais ne voulant pas braver trop ouvertement la puissance romaine, n'ont pas osé prendre la voie directe qui menait du Temple au lieu des exécutions. Il aurait fallu passer devant la forteresse Antonia, où les Romains tenaient garnison pour surveiller le Temple. On évitait cet inconvénient en prenant la direction du torrent du Cédron pour aboutir à l'emplacement des supplices, après avoir tourné T Antonia,

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