‹ Saint Etienne: roi apostolique de HongrieChapitre 10 sur 12 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

CARACTÈnE DE SAINT ETIENNE

La Constitution avait prévu avec un soin remarquable toutes les conditions nécessaires pour que la justice fût rendue avec le plus d'équité possible et en offrant aux plaideurs toutes les garanties compatibles avec les mœurs de Tépoque. Le roi attachait une si grande importance à ce qu'aucune illégalité ne fût commise qu'il accueillait tous les plaignants qui se présentaient devant lui ; il les laissait exposer l'affaire qui les amenait, les écoutait avec patience, et sa décision, toujours empreinte de bonté, n'allait jamais à l'encontre de la justice. Mais autant il témoignait de bienveillance aux plaideurs injustement condamnés, autant il savait se montrer plein de rigueur pour ceux qui suspectaient sans motif les verdicts rendus par les juges du Comitat, ou qui ne se soumettaient pas aux sentences prononcées par le Palatin. Au début, ces plaintes furent nombreuses, car il semblait aux hommes libres qu'ils ne pouvaient se soumettre, sans humiliation, aux juge-

menls prononcés par de simples juges; ils ne voulaient accepter une sentence que rendue par leurs chefs et ils trouvaient fort naturel d'en appeler à leur chef suprême, au roi.

Tous les plaignants avaient accès auprès du roi, mais les veuves et les orphelins y trouvaient un accueil particulièrement bienveillant. Dans le dispositif de la Constitution, Etienne les recommandait à la charité des évêques, mais cela ne suffisant pas àsa sollicitude , il déclara publiquement qu^l serait le défenseur des veuves et le père des orphelins. Ce ne fut pas un vain engagement, car souvent il pourvut à leurs besoins sur son propre trésor, où il puisait également les ressources destinées à ses nombreuses aumônes.

Cette générosité à laquelle les malheureux faisaient si souvent appel ne Fempêchait pas à l'occasion de faire preuve de sévérité; ce fut lui qui édicta des mesures fort rigoureuses pour la répression du duel. Il savait que ses guerriers, toujours ardents et d'humeur belliqueuse, ne pouvaient supporter la moindre parole offensante sans saisir leur sabre pour venger leur honneur; pour eux, provoquer en combat singulier celui qui venait de les insulter, était chose toute naturelle et à laquelle ils n'attachaient pas grande importance; les conséquences les plus graves de cet acte se bornaient à la mort de l'un ou des deux combattants. Mais les temps avaient changé, les guerriers étaient devenus

possesseurs de vastes domaines et, dans leurs querelles, ils pouvaient entraîner les habitants de leurs terres, troubler, par des guerres intérieures, la tranquillité de la contrée dans laquelle ils résidaient. Etienne voulait voir la paix régner partout et ne pouvait tolérer une pareille source de discordes. 11 interdit donc formellement de tirer le sabre pour venger une offense; celui qui enfreignait cette défense absolue était condamné a périr par le glaive (i). Plus tard, quelques adoucissements furent apportés à cette loi, et la condamnation à mort ne fut maintenue que contre celui qui avait tué son adversaire. Dans le cas de blessure, la loi biblique du talion était appliquée ; la rencontre n'était-elle suivie d'aucune blessure, les combattants étaient néanmoins condamnés au paiement d'une amende fort élevée.

Malgré cette apparente sévérité, la réputation de générosité et de bonté du roi n'avait pas tardé à être connue en dehors des frontières du royaume, elle avait attiré de nombreux chevaliers étrangers qui trouvaient à la cour magyare une sécurité dont ils ne jouissaient pas dans leur pays. Les enfants d'Edmond P^, roi d'Angleterre, trouvèrent non seulement une retraite sûre auprès d'Etienne, mais encore un accueil qui pouvait adoucir leur exil (2).

(i) S. Stephani Décret,

{■î) Freeman, Histoiy qf tJie Norman ConquesL

Ces sentiments du pieux roi étaient si bien connus que même des ennemis vaincus faisaient appel à sa justice. Ce fut ainsi qu^une soixantaine de Petchénëgues, qui s'étaient réfugiés eu Bulgarie après la mort de leur chef Kean, résolurent de se fixer en Hongrie comme Tavaient déjà fait d'autres de leurs compagnons. Mais quand ils eurent franchi la frontière, des cavaliers hongrois se jetèrent sur eux et les dépouillèrent ; les Petchénègues n'en continuèrent pas moins leur route et se rendirent auprès du roi à qui ils exposèrent les mauvais traitements qu'ils avaient subis. Le roi les écouta et promit de leur faire rendre justice ; il fit donner au vàrispàn du Co mitât Tordre de lui envoyer les cavaliers qui avaient maltraité des étrangers; il mit les parties en présence et quand il fut bien établi que la plainte était fondée, il dit aux cavaliers : « Vous avez enfreint le commandement de Dieu et vous avez désobéi à la loi, vous vous êtes montrés cruels envers ceux qui ne vous avaient fait aucun mal. Vous n'avez pas eu pitié de ces malheureux. Dieu n'aura pas pitié de vous ! » Le roi les condamna a mort, et les corps des suppliciés, coupés en morceaux, furent envoyés de différents côtés pour servir d'exemple et inspirer au peuple le respect de la loi.

Cependant, si accueillant qu'il se montrât, le roi ne voulait pas faire de son pays le refuge de tous les aventuriers. Ce fut sans doute pour cette raison qu'il ne mit pas grand empressement à recevoir les

gyrovagues que leur goût pour le changement et les pérégrinations avait attirés en Hongrie. Il craignait peut-être que le genre de vie de ces moines, indisciplinés de cœur et d esprit, ne fût pas d'un bon exemple pour ses peuples et ne leur donnât une idée erronée de la pratique de la vie religieuse. Mais s'il n'accueillit pas volontiers les gyrovagues, il n'agit pas de même à l'égard de Romuald, le fondateur de l'Ordre des Camaldules. Quelques auteurs se bornant à constater les faits sans en rechercher les causes, mentionnent le séjour de Romuald avec vingt-quatre de ses compagnons sur la frontière hongroise, son hésitation à pénétrer sur le territoire magyar, la maladie mystérieuse qui le saisissait chaque fois qu'il voulait faire un pas en avant, puis enfin son retour en Italie.

Les hésitations de Romuald n'étaient pas causées par la maladie, mais bien par des raisons politiques. Au pape Sylvestre II avaient succédé des ponlifes soumis a l'empereur d'Allemagne. Cependant l'un d'eux donna au religieux italien l'autorisation d'aller évangéliser les peuples qui habitaient au delà du pays des Magyars. Quand Romuald approcha de la frontière de la Hongrie, dit Damiani, son historien, l'empereur apprit le but de son voyage ; il lui enjoignit de ne pas pénétrer en Hongrie. Fort de l'autorisation qui lui avait été donnée, Romuald continua d'avancer. L'empereur en appela au pape, qui, n'osant résister, envoya à Romuald un message

lai enjoignant de renoncer à sa mission. Le religieux eut de longues hésitations : abéirait-il aux ordres du pape qu'incontestablement seul l'intérêt terrestre dictait, ou bien, cédant aux injonctions de sa conscience, dictées, elles, par l'intérêt de la foi, irait-il évangéliser les peuples encore païens? De là, ces tergiversations qui donnèrent lieu à des interprétations erronées; enfin Romuald prit leparli d'obéir au souverain pontife, mais il se retira d'abord en Istrie où il fit un assez long séjour, espérant toujours que les circonstances changeraient et lui permettraient d'accomplir son œuvre. Avant de retourner définitivement en Italie, il laissa ses compagnons libres de l'accompagner ou de rester. Quinze d'entre eux prirent ce dernier parti ; ils pénétrèrent en Hongrie, mais pas un ne cueillit la palme du martyre que tous avaient ambitionnée.

Lorsque Henri se rendit, en ioi4; à Rome pour s'y faire couronner, Romuald ne consentit pas à le voir et ce ne fut que plus tard, en 1021, que l'empereur vainquit la résistance du religieux en lui faisant don d'un couvent.

Pour le peuple, les saints étaient des personnages plus remarquables par la puissance miraculeuse qu'il leur attribuait que par les vertus dont ils avaient donné l'exemple. Aussi les nouveaux chrétiens ne tardèrent-ils pas à les considérer comme des intermédiaires tout-puissants qui devaient être leurs

protecteurs et leurs défenseurs au Ciel, et témoignè-

rent-ils un grand respect pour tout ce qui avait appartenu aux saints. Le roi Etienne, qui dès son enfance avait admiré les vertus des saints, aurait aimé à posséder quelques reliques qu'il eût offertes à la vénération des fidèles, mais la Hongrie n'en était guère riche. Aussi quand, en 1028, Poppo, évêque de Trêves, et le comte Adalbert, revenant de la Palestine, s'arrêtèrent à la cour magyare, le roi Etienne les pria de lui faire obtenir les reliques de saint Kàlmàn que possédait le frère d'Adalbert, Henri, comte de la Marche frontière d'Autriche. Il attachait une si grande importance à la possession de ces reliques qu'il ne laissa partir l'évêque qu'après en avoir obtenu une promesse formelle. Des envoyés hongrois accompagnèrent Poppo pour présenter la requête du roi au comte Henri.

Le saint dont Etienne souhaitait si ardemment posséder les ossements, avait appartenu, par sa mère, à la famille royale d'Arpâd, tandis que par son père il descendait de la famille royale d'Angleterre. Dédaignant les plaisirs du monde, Kâlmân avait pris le bourdon du pèlerin et, quittant l'Irlande, voulait se rendre en Terre Sainte. Chemin faisant, il endurait, comme le plus humble de ses compagnons, la faim et la soif et, nous dit Alold, chroniqueur du treizième siècle, il supportait les humiliations sans se plaindre. Parvenu non loin de Vienne, en un endroit nommé aujourd'hui Stockerau, et situé dans la Marche frontière d'Autriche, il fut arrêté

par les habitants, alors en guerre avec les Hongrois, et qui profitèrent de cette circonstance pour accuser le pèlerin d'espionnage. Ce n'était là qu'un prétexte, car la barbarie des supplices qu'ils infligèrent h Kàlmàn prouve que ces peuples, encore, païens, n'agirent qu'en haine de la foi. Après avoir frappé le pèlerin avec une verge d'épines, ils tirèrent ses membres à l'aide de grosses cordes et lui arrachèrent des lambeaux de chair avec des tenailles brûlantes; ces souffrances n'ayant pas amené la mort, les bourreaux attachèrent le corps de Kâlmân sur une croix de bois sec, et, comme son divin Maître, il fut crucifié entre deux bandits, le i3 octobre IOI2 (i). De nombreux miracles ne tardèrent pas

(i) La légende raconte que le bois sec de la croix se mit k bourgeonner et bientôt se couvrit de feuilles qui formèrent une couronne au-dessus de la tête du martyr et, tandis que les corps des deux bandits étaient dévorés par les oiseaux de proie, celui de Kâlmàn restait intact. Un an plus tard, le fils du noble Rumald étant tombé malade, un sorcier conseilla d'appliquer sur le mal, un morceau de la chair de Kàlmàn; on le fit^ et le jeune homme fut instantanément guéri. Son père voulut voir celui à qui il devait la vie de son fils^ il se rendit au calvaire et examina le corps^ mais n'y trouva pas trace delà moindre entaille; fort étonné de voir que le corps était aussi souple que si la vie l'animait encore^ il lui perça le côté d'un coup de sa lance; le sang jaillit en telle abondance que le cavalier et son cheval en furent couverts. Emerveillé à la vue d'un pareil miracle, Rumald fît déposer le corps dans une chapelle située non loin du fleuve. Â peine cette translation était-elle opérée que les eaux du fleuve grossirent et envahirent les flancs de la colline; quand elles furent arrivées à la base de la chapelle^ elles se calmèrent et l'abri

\VZ SAINT ETIENNE.

il se produire sur le tombeau du martyr, le bruît en parvliit jusqu'au roi Etienne qui désira vivement posséder les reliques du bienheureux; il trouvait que Kâlmân était mort pour la patrie, puisqu'on l'avait accusé d'espionner pour les Hongrois et qu'il était légitime qu'on l'honorât dans ce pays et non dans celui de ses persécuteurs. L'évêque de Trêves avait promis, le comte Henri voulut faire honneur à la parole du prélat, et il envoya les précieux ossements h Székesfehérvâr où ils furent reçus en grande pompe et déposés dans une chapelle spéciale. Mais à partir de ce moment, des calamités s'abattirent sur la contrée, la superstition populaire les attribua à la présence des reliques et conclut que le saint voulait reposer là où il avait cueilli la palme du martyre. En présence de ces faits et du désir exprimé par les habitants de la contrée, le roi consentit, bien à regret, à se séparer des reliques; il fit, savoir au comte Henri qu'il allait les lui rendre

sacré fui préservé. Plus tard, Je comte de la Marche frontière fit enlever ces précieuses reliques pour les transporter au monastère de Melk, situé à l'endroit où la Binlach se jette dans le Danube*, cette abbaye est Tune des plus belles que possèdent les Bénédictins ; reconstruite au commencement du dix huitième siècle, elle ressemble plus à un palais qu'à un couvent et son église est décorée avec autant de goûl que de richesse. En Autriche et en Bavière, de nombreuses églises sont dédiées à saint Kalmàn et, dans la cathédrale de Saint- Ktienne, à Vienne, on montre la pierre sur laquelle les persécuteurs torturèrent saint Kàlman

et lui-même les accompagna solennellement jusqu'à l'abbaye de Melk.

Quoique les hagiographes du moyen âge se soient occupés delà vie de saint Etienne, on a peu de détails sur les pratiques de dévotion du pieux roi ; on sait cependant que ferme dans ses décisions, inébranlable dans ses jugements, il avait un point vulnérable : pour faire fléchir l'inflexible justice du souverain, il suffisait d'implorer sa pitié au nom de la Vierge Marie. Il ne savait pas résister à une prière ainsi formulée et si graves que fussent les fautes commises, il était bien rare qu'il n'accordât pas la grâce sollicitée. Il avait pour la Mère de Dieu, qu'il aimait à nommer Notre Grande Dame^ un respect profond et une tendre vénération ; il les lui témoignait par une dévotion qui a passé dans le cœur et dans l'esprit de son peuple, de ce peuple magyar qu'il appelait souvent « la famille de la Vierge ». Ce ne fut pas un vain titre et ces intrépides guerriers, subissant l'ascendant de la foi catholique, devinrent les Chevaliers de Marie, ce sont eux qui plus tard enroulaient leur rosaire à la garde de leur sabre pour aller combattre les ennemis du Christ ou les ennemis de la patrie, ce qui pour eux ne faisait aucune différence. Chrétien fervent, patriote ardent, tel fut le Magyar dès qu'il connut le christianisme.

Sa piété prit immédiatement un grand essor, l'exemple en était donné par le roi ; peu de familles

royales, écrit le cardinal Vaszary, ont vu plus

de leurs membres glorifiés par FEglise que la famîUe d'Arpâd. Le roi Etienne le Saint, Tarchiduc Imre furent suivis de saint Ladislas, de sainte Marguerite, de sainte Elisabeth, de la bienheureuse Agnès, etc., etc.

Dès que la Gaule avait connu le christianisme, elle avait voué un culte à la Vierge et était bientôt devenue le royaume de Marie, regnum Galliw, regnum Mariœ; cependant, il fallut arriver au dixseptième siècle et attendre le concours de circonstances particulières pour que le roi de France consacrât solennellement son royaume à la Mère de Dieu. La Hongrie fit des progrès plus rapides dans la dévotion à Marie. Elle n'attendit pas Télan imprimé par saint Bernard a cette belle croyance, elle n'eut pas besoin de rétablissement du Rosaire par saint Dominique, ni de la prédication du dogme de l'Immaculée Conception par les Franciscains pour se consacrer à la Vierge Marie et la choisir pour Patronne. Ce fut peu de temps après l'an mille que le roi Etienne lui offrit son royaume et Notre Grande Dame devint la Patrôna Hungarîse. Le roi Ladislas le Saint, qui mourut en logS, confirma la décision prise par le roi Etienne.

Toujours éprise d'idéal, l'âme magyare avait trouvé un aliment dans l'une des conceptions les plus poétiques qu'offre la foi catholique. Partout, en Hongrie, dans les églises et dans les chapelles, dans l'humble chaumière et dans le palais fastueux.

rimage de la Vierge est, tout à la foîs, un ornement et un objet de vénération. Ce fut en son honneur que le roi Etienne fit ériger les premières églises qui se dressèrent sur le sol de la Hongrie, à Esztergom, à Székesfehérvâr, k Gyôr, a Kalocsa, etc., etc., et son royaume devint bientôt le Regnum Marianum.

Après avoir introduit dans le pays la langue latine qu'il parlait couramment, le roi fit frapper les premières monnaies hongroises, les deniers (dénâr) et les oboles (fil 1er) en argent pur, pesant de six à douze grains. Le denier portait, sur la face, une croix dans un cercle de perles, avec un petit triangle dans chacun des angles de 'la croix et autour le nom du roi, en écriture monacale. Sur le revers, les mêmes signes étaient répétés, avec la légende Stephans^s Rex et Regia Cwitas (i). Sous le roi Pierre, la face portait Petrvs Rex et le revers Pannonia, Mais pendant le règne de Bêla IV, Teffigie de la Vierge fit son apparition sur les monnaies ; sur la face se trouvait la figure du roi, tandis que sur le revers se voyait la Vierge Marie, tenant Fenfant Jésus, la légende était alors Sancta Maria, Cet usage se perpétua à travers les siècles et la pensée en est tellement incarnée dans Tesprit du peuple que, malgré les divergences religieuses survenues plus tard, le Gouvernement de 1849 ^^ frapper de

(i) Scbœnwisner, Not. Hung, Rci. JVu/nar. ; Budn, 1801.

I7G SAINT ÉTIENXE.

la monnaie à reffigie de la Patroiia Hungarise, Ce n'est pas une crédulité banale ou vulgaire, mais bien une foi vive et sincère qui anime les Hongrois, répétant depuis neuf siècles, dans les litanies de la Vierge l'invocation : Maria patrona Huiigariœ^ ora pro nobîs I Dès cette époque, le peuple éprouvait un si grand respect pour les noms de Jésus et de Marie que pour éviter de les profaner par une répétition trop fréquente, il employait de préférence les termes de « Cher Sauveur et de Grande Dame ou Bienheureuse Dame » ; cette abstention s'est perpétuée dans la formule usitée pour les serments.

Le roi Etienne avait, le premier, donné l'exemple de cette dévotion à la Vierge : il aimait à invoquer la Grande Dame des Hongrois, soit pour implorer son intercession en faveur de ses troupes dans les combats, soit pour lui exposer ses besoins, lui confier ses douleurs ou la remercier de sa protection. C'était devant elle seulement qu'il donnait libre cours aux sentiments d'humilité qui emplissaient son cœur. On raconte qu'il aimait à se promener seul la nuit et, revêtu d'un costume fort simple, à faire lui-même l'aumône ; une fois, il advint qu'un malheureux, mécontent de ce qu'il venait de recevoir, maltraita son bienfaiteur et lui tira la barbe et les cheveux. Rentré au palais, le roi se jeta au pied d'une statue de la sainte Vierge et s'écria : « Grande Dame, Reine du Ciel, qui m'avez fait roi, voyez en quel état l'on a mis

votre serviteur. Si un ennemi s'était permis de me traiter ainsi, j'en aurais tiré vengeance, mais c'est par un pauvre, un représentant de Jésus-Christ, que j'ai été frappé et j'accepte cette humiliation, en vous en remerciant, ô Grande Dame ! »

Il avait fait broder l'image de la Vierge sur ses drapeaux.

« C'était moi-même, disait Jeanne d'Arc, qui portais la bannière quand je chargeais les ennemis, pour éviter de tuer personne ». En Hongrie, le chevalier qui avait l'honneur de porter à la guerre le drapeau de la Patrona Hungariœ était armé, mais on lui enlevait ses éperons, car il devait vaincre ou mourir.

Un écrivain protestant, constatant la spontanéité du sentiment qui poussa les Magyars k vénérer la Mère du Sauveur, en cherche la raison et il conclut que (( seul, un peuple aux mœurs pures pouvait comprendre et admettre la pensée d'une Vierge, Mère d'un Dieu ».

C'était en prononçant son nom que les guerriers s'élançaient dans la mêlée et souvent leur protectrice exauça leurs prières, caries Magyars attribuent à sa toute-puissante intervention bien des victoires décisives qui marquent les étapes de neuf siècles d'histoire (i).

Tous les actes du roi Etienne témoignent de sa

(i) Voir La Maison de Nazareth en Hongrie, par E. Horn.

respectueuse vénération pour la Vierge Marie ; dès son enfance, il lui avait voué une dévotion qui se développa pendant toute son existence, et lui fit désirer de mourir le jour de l'Assomption de sa glorieuse protectrice. « Si malgré tout, la Hongrie n'a cessé d'être la solide forteresse de la Chrétienté, dit M^*" Fehér (i), elle le doit à l'intervention de sa bienveillante protectrice, qui par sa puissante intercession a obtenu de Dieu une vie longue et bénie pour la nation et pour le peuple de sa grande Famille. L'intervention incessante de la Vierge Marie et le pieux respect que lui témoigne le peuple forment le trésor national des Magyars que tout véritable patriote considère comme un patrimoine sacré. Gloire et honneur h Dieu pour tous ses bienfaits; reconnaissance éternelle à la Mère de Dieu, protectrice de notre Patrie ! w

(i) Mandement de 1896.

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