CHAPITRE DEUXIÈME
« Si Dieu est avec moi, qui peut être contre moi? » Telles étaient les paroles que le roi Etienne le Saint devait prononcer dans une circonstance dramatique de son existence. Cette confiance en Dieu, il l'avait eue dès son adolescence, et elle n'avait été qu'en augmentant, ferme et inébranlable , elle lui donna la force d'accomplir la mission que la Providence lui avait assignée ; il se mit a l'œuvre sans la moindre hésitation et animé de vues sages et réfléchies, il sut amener tous les Magyars à professer le christianisme et à pratiquer le culte chrétien.
Et cependant, il connaissait les résistances que son père avait rencontrées, il prévoyait que d'innombrables obstacles surgiraient devant lui quand il voudrait bannir le paganisme de son duché; il savait que ses guerriers, fiers de leurs aïeux, fiers aussi de leur propre passé, ne laisseraient pas volontiers toucher à leur œuvre, car pour eux, bannir le culte professé par leurs pères, renoncer à leur passé ,
c'étaît renier le patrimoine familial, c'était attenter à la gloire des ancêtres.
Le jeune duc connaissait les sentiments qui animaient son peuple; il avait pénétré l'âme du Magyar et il savait que les hommes de sa race possédaient cette sorte de fierté , fréquente chez les peuples anciens, qui consiste k obéir non à l'homme, mais a la loi, et encore à la loi qu'on a faite soi-même et dont on a librement accepté le joug; ils n'obéiraient donc pas à des lois qu'on leur imposerait par la force. La persuasion pouvait donner d'autres résultats et comme le duc Etienne voulait être le pasteur, en même temps que le chef de son peuple, il usa de ce moyen pacifique.
Les Hongrois avaient renoncé aux guerres offensives, leur dernier duc, Geiza, avait compris la nécessité de la paix avec les pays voisins pour assurer le libre développement de la religion chrétienne; son fils était également convaincu de l'utilité de la paix pour la réalisation de ses projets et il fit quelques concessions pour vivre en bons termes avec les puissances voisines; cependant il prit plusieurs fois les armes, mais ce fut surtout pour réprimer les révoltes du paganisme.
Son père avait commencé la transformation d'un peuple presque encore nomade en une nation; Etienne avait à cœur de faire cette nation grande et puissante; il créa la nationalité hongroise, il fut le fondateur du royaume catholique, apostolique de Hongrie.
La fondation de ce royaume, qui devait résister aux plus rudes épreuves et toujours renaître plus brillant, est intimement liée au développement du christianisme en Pannonie.
Malgré la piété et le zèle de Sarolta, malgré la bonne volonté et les efforts de Geiza, malgré la prédication et le dévoûment des missionnaires, la religion du vrai Dieu n'avait encore fait, à la mort du dernier duc, que relativement peu de prosélytes. Quelques seigneurs l'avaient acceptée, mais sans être pénétrés de son esprit. S'ils admettaient volontiers l'existence de ce Dieu que les missionnaires leur disaient tout-puissant, c'est que cette toute-puissance pouvait être plus grande que celle de leur ancien dieu et favoriser davantage leurs entreprises.
Pour le peuple, au contraire, pour la foule des malheureux et des opprimés, la toute-puissance de Dieu avait moins d'attrait, ce qui leur plut dans les enseignements de l'Evangile, ce fut le principe d'égalité. Entendre affirmer que devant Dieu, le seigneur ne comptait pas plus que le paysan et que le Sauveur était venu pour tous les hommes, qu'il était mort aussi bien pour racheter les petits et les humbles que pour sauver les grands et les puissants, étaient des pensées consolantes qui ne pouvaient manquer de faire adopter la religion enseignant ces réconfortantes vérités.
Mais ce qui devait faciliter l'accession des Magyars au catholicisme, ce fut la pureté absolue de leur
vie de famille. Pour obéir à la nouvelle loi, il ne leur fallait pas renoncer a des mœurs qui, chez d'autres peuples, formaient la base même de Texistence. Généreux de nature, ils comprirent et admirent le pardon; la charité leur fut facile, elle était dans leur cœur, tandis que leur tolérance innée leur permit de supporter ceux qui pratiquaient une autre teligion qu'eux, puis de l'adopter lorsqu'ils se furent convaincus que pour embrasser la foi du Christ, ils n'aliéneraient pas leur liberté, cette liberté si chère aux Magyars qu'un auteur français a pu écrire : « J'ai fouillé jusqu'au fond l'âme hongroise et j'y ai trouvé ce grand mot : liberté ».
Au début, les nouveaux convertis répétaient Je crois en Dieu^ Notre Père^ comme une formule enchanteresse, semblable aux paroles magiques que proféraient leurs anciens sacrificateurs. Les missionnaires et les prédicateurs leur paraissaient être une espèce supérieure de tâltos qui, comme eux, servaient d'intermédiaires entre la divinité et les hommes. La dévotion envers les saints ne leur semblait pas fort diflférente du culte qu'ils rendaient k leurs idoles. Aux cérémonies chrétiennes se mêlèrent des réminiscences du paganisme. Mais n'en fut-il pas ainsi un peu partout et l'Église ne dut- elle pas lutter longtemps avant de triompher complètement de la persistance de certaines traditions païennes dans ses cérémonies? Un des obstacles les plus importants à l'adoption rapide de la vraie foi par les
b'Z SAINT ETIENNE.
Magyars, c'est qu'elle leur fut apportée par des étran^ gers. Les missionnaires étaient pour la plupart d'origine allemande ou italienne, ils parlaient d'une religion nouvelle dans une langue étrangère et ils célébraient leurs oflices dans une langue inconnue : le peuple ne les comprenait pas. Mais quelques années s'étaient à peine écoulées que les apôtres les plus zélés s'étaient approprié la langue du peuple qu'ils voulaient convertir ; ils eurent bientôt des disciples qui, pénétrés de leur doctrine et enflammés d'une ardeur de néophyte, prêchèrent, en hongrois, l'Evangile à leurs compatriotes.
Nombreuses furent les conversions qu'ils suscitèrent et la propagation de la religion fit des progrès constants. Le duc Etienne était opposé à toute mesure de violence; il apaisa par sa douceur les velléités de résistance des grands; ses décisions, qu'il ne prenait qu'après de longues réflexions et non sans avoir consulté ceux qui avaient sa confiance, étaient toujours empreintes d'une si grande équité que les plus mal intentionnés finissaient par être obligés de reconnaître l'esprit de justice qui les avait inspirées.
Quand le duc pensa que le terrain était suflisamment préparé, il rendit une Ordonnance prescrivant aux chefs, aux guerriers et à tout le peuple de recevoir le baptême et d'abandonner à jamais les pratiques de l'ancien culte. De grandes faveurs étaient accordées aux prisonniers de guerre et aux serfs qui
se faisaient baptiser; le duc Etienne libéra une partie des serfs de ses domaines ; ceux des seigneurs furent pour la plupart rachetés et tous trouvèrent à s'occuper aux travaux des champs.
Ces mesures, tempérées cependant par bien des ménagements, ne pouvaient manquer de provoquer l'irritation des grands qui voyaient leurs intérêts menacés par ces innovations.
Parmi les mécontents se trouvait l'un des plus puissants seigneurs du pays, Koppâny, comte deSumegh, descendant de la famille d'Arpéd. Il attira autour de lui tous ceux à qui les projets du due Etienne déplaisaient, surtout parce qu'ils croyaient y voir une menace pour leur nationalité en même temps qu'un péril pour leur indépendance. Après quelques délibérations, il fut décidé qu'on attaquerait Etienne et qu'on essaierait de le renverser; car le doute n'était plus possible, sous la suprématie du chef Etienne, la nouvelle religion grandirait, les droits du duc se développeraient, empiétant sur ceux des autres chefs et la religion des ancêtres serait à tout jamais bannie du pays. Cependant, avant de commencer la guerre, Koppâny fît une tentative de rapprochement dictée, non par l'esprit de conciliation ou par son attachement au culte des ancêtres, mais par les sentiments que lui inspirait la veuve du duc Geiza dontil demanda la main . La duchesse Adelhaïde était encore jeune et d'une beauté remarquable ; peut-être se fût- elle laissé tenter par le sédui-
sant mirage du pouvoir, mais avant tout, elle était chrétienne, et sa foi lui était chère ; elle y puisa la force de résister à toutes les brillantes séductions, repoussa Foffre de Koppàny, préférant aux jouissances douteuses du pouvoir, les joies plus sûres et plus douces de la fidélité a la mémoire de son époux et à la continuation de son œuvre.
Ce refus irrite Koppâny, il lance un dernier appel à ses partisans et soulève la Hongrie transdanubienne; les mécontents se réunissent dans les environs de Somogy, brandissant l'étendard de la révolte. Les troupes fort nombreuses • — le paganisme comptait encore bien des adhérents — se mettent en route, brûlant, pillant sans pitié tout ce qu'elles rencontrent sur leur passage.
Le duc comprend que c'en est fait de son autorité et de l'établissement de la religion, s'il laisse la révolte faire le moindre progrès. Il faut une répression sévère qui décourage à tout jamais les partisans du paganisme. Les seigneurs sont convoqués, ils amènent leurs guerriers et les serfs libérés sont appelés a faire partie de l'armée. Etienne, avant de se mettre en route, fait vœu, s'il remporte la victoire, d'offrir au couvent de Pannonhalma une large part des biens de Koppâny et de ses partisans.
L'armée chrétienne s'avance à travers la forêt de Bakony et le duc Etienne y fait camper ses troupes; devant la tente ducale est placée la lance de saint Maurice, dans laquelle est enchâssé un clou de la
vraie croix (i) ; la possession de cette précieuse relique inspire au duc Etienne une grande confiance, il espère, il est même convaincu qu'elle lui assurera la victoire. Il sait faire pénétrer ce sentiment dans l'esprit de ses guerriers, il les exhorte à se préparer au combat par la prière et le jeûne. II leur distribue les drapeaux sur la soie desquels la duchesse Gizela a brodé les images de saint George et de saint Martin et il leur rappelle les grandes victoires remportées par les guerriers, grâce à la protection de ces glorieux patrons à qui il recommande les troupes magyares.
Mais avant de livrer la bataille, il restait au duc Etienne une étape à franchir, celle qui allait faire de lui le parfait combattant chrétien, un chevalier. Il avait passé la veillée des armes dans la prière. Dès Taube, les troupes sont sur pied et entourent, bannières déployées, un autel érigé sur une éminence. L'épée que le nouveau chevalier va ceindre est déposée sur l'autel, près du livre des Evangiles. Le prêtre, vraisemblablement Astrik, monte à l'autel, bénit les insignes de la chevalerie et commence le sacrifice de la messe. Après l'Evangile, les chefs Hunt et Pâzmâny procèdent à la cinction de l'épée ; puis agenouillé au bas de l'autel, le nouveau chevalier répète, avec le prêtre, le Credo^ il le fait avec une
(i) Celte lance est conserve'e au palais impe'rial de Vienne avec les joyaux de la Couronne.
conviction profonde et l'on sent que, pour lui, ce n'est pas une vaine formalité qui vient de s'accomplir ; il a été armé chevalier pour la gloire de Dieu et de la Vierge Marie, et il consacrera sa vie a cette noble tâche sans jamais y faillir.
Ce n'est pas en son âme seulement que l'impression a été profonde, tous les combattants ont été pénétrés de la grandeur de la scène dont ils ont été témoins. Elle leur a inspiré une confiance invincible et quand le signal du départ sera donné, ils s'élanceront en avant aux cris de : Pour Dieu^ pour la Foi!
L'aile droite de l'armée est sous le commandement de Hermann de Nurnberg, l'aile gauche est confiée à Tibold de Tannenburg, le centre est sous les ordres de Wenzellin, comte de Vasserburg, Hunt et Pàzmâny sont aux côtés du duc Etienne qui tient, en sa main droite, la lance de saint Maurice. Il s'agenouille, toute l'armée s'incline et les prêtres bénissent ces combattants qui offrent leur vie pour la défense de la foi.
Le signal est donné, l'armée s'avance et bientôt la rencontre a lieu, le premier choc est terrible, car tous les combattants luttent pour leur idéal, les guerriers d'Etienne veulent faire triompher le nom du Christ, mais les compagnons de Koppâny veulent conserver le dieu de leurs ancêtres, ils ont à cœur de maintenir les traditions séculaires. Aussi la bataille est-elle ardente, acharnée, longtemps indécise ; h un moment, la victoire paraît pencher en faveur de
Koppâny, 11 croit la tenir et, ivre de joie, il se jette au plus vif de la mêlée pour exciter encore ses troupes, mais il se trouve en face de Wenzellin; une lutte s'engage entre les deux chefs, tous deux y font preuve de courage, enfin Wenzellin, d'un formidable coup de sabre, décapite son adversaire. Il brandit la tête de Koppâny comme un trophée et tandis que Tarmée chrétienne pousse des cris de victoire, l'armée païenne se sent perdue, les combattants reculent et s'enfuient. Mais le duc Etienne sait se montrer magnanime; il défend de poursuivre les vaincus, car, dit-il, ils appartiennent à la même famille que les vainqueurs et il espère que la défaite qu'ils vienne.nt de subir leur servira de leçon. Il promet oubli et pardon à tous les combattants qui recevront le baptême et ne se montre sévère qu'à l'égard des restes de Koppâny qui, tirés à quatre quartiers, furent envoyés aux villes d'Esztergom, Veszprém, Gyôr et Gyula-Fehérvàr, pour que chacun se rendît compte du sort qui l'attendait s'il se révoltait contre l'autorité légitime du duc (i).
Etienne ne voulut pas, comme Saiil, s'enrichir des dépouilles des Amalécites ; il ne préleva sur tout le butin que la part qu'il avait promise au couvent de Pannonhalma.
La victoire inspira aux rebelles une crainte salu-
(i) ïhurocz, Chron, Hung, — Bonfini^ Rcruin Hungaricarum.
bS SAINT ETlENxNE.
taire et Tautorlté du chef s'en trouva accrue. Etienne profita du calme qui régnait pour se consacrer à son œuvre de prédilection. Animé d'un véritable zèle d'apôtre, il expliquait l'Évangile aux seigneurs qui l'entouraient, mais il ne dédaignait pas pour cela les humbles et les petits qu'il voulait amener à Dieu.
Le guerrier oubliait ses lauriers pour parcourir le pays; dans sa main droite, il ne tenait plus la lance de saint Maurice, mais un crucifix, il allait ainsi évangélisant ses peuples et partout où il passait, sans qu'il exerçât la moindre pression, par le seul effet de sa parole que l'on sentait vibrante de foi et de sincérité, il conquérait les habitants qui s'inclinaient et recevaient le baptême. Aussi, dit Werbœczy, saint Etienne peut-il être considéré comme le fondateur et le propagateur de la Foi dans son royaume et c'est bien par son roi que le peuple a été converti.
Au milieu de ces pérégrinations , le duc Etienne ne se bornait pas au rôle d'apôtre, il n'oubliait pas qu'il était le chef de ce peuple dont il voulait assurer le bonheur éternel, mais auquel il devait aussi procurer le bonheur terrestre. Il s'enquérait donc des besoins du peuple, observait ses habitudes, se rendait compte de ses désirs, et par ce contact, il acquit une expérience qui lui permit de donner au peuple magyar cette Constitution dont l'existence neuf fois séculaire prouve sur quelle base solide elle a été érigée .
Ce descendant de guerriers était épris de civilisation, de cette civilisation qui alors était le christianisme; il voyait en lui la lumière qui doit éclairer le monde et il ne devait reculer devant aucun effort pour l'assurer à son peuple et la répandre dans son pays.
x\idé par quelques auxiliaires qui secondaient admirablement son ardeur, il fonda des couvents et fit construire des églises, celle de Veszprém était remarquable par le luxe de sa décoration, par la richesse des vases sacrés en métal précieux et ornés de pierreries. Les livres étaient encore rares et peu nombreux, cependant le duc savait s'en procurer assez pour en pourvoir toutes les églises; il est vrai que certaines chapelles ne possédaient qu'un exemplaire unique ; aussi un chroniqueur contemporain mentlonne-t-il le don de quarante volumes, fait au couvent de Pécs, comme un acte de générosité digne de louange. Ce don ne fut pas le seul, mais quand Etienne offrait des livres aux monastères, il était entendu que les moines en feraient de nombreuses copies que l'on envoyait ensuite aux églises.
Sa vaillante épouse le secondait dans la mesure de ses moyens; elle brodait, de ses propres mains, les ornements sacerdotaux nécessaires à la célébration des offices. Elle créa des merveilles (i) qui aujourd'hui encore méritent de retenir l'attention ; c'était au couvent de Gandershelm qu'elle avait appris
(i) Chtirt., rUasancti Slephani,
ù faire ces fines broderies d'or, principale occupation des femmes à cette époque. La chasuble brodée offerte à l'église Notre-Dame, a Székesfehérvâr, estconservée au Musée de Vienne, tandis que l'ornement destiné au pape Jean XIX est actuellement à Metz.
Le duc Geiza avait voulu son duché chrétien, mais en même temps affranchi de l'influence allemande; son fils voulait son peuple catholique, mais libre même d'une apparence de soumission a la dominalion teutonne.
Pendant que le catholicisme romain pénétrait en Hongrie par le nord et surtout par l'ouest, le catholicisme grec, venant de Constantinople, rencontrait des adhérents au sud de la Hongrie. Trop ignorant encore des choses religieuses, le peuple ne pouvait rien comprendre aux discussions théologiques et il adoptait le christianisme sans se préoccuper des nuances. Le duc Etienne, lui, comprit la différence qu'il y avait entre Rome et Constantinople et il se rallia aux véritables successeurs des apôtres.
En choisissant le catholicisme romain, il savait que sa décision lui réserverait plus d'une difficulté à surmonter, plus d'un obstacle à vaincre, mais on aime a constater l'intuition vraiment géniale, l'inspiration réellement divine, qui le poussèrent dans cette voie ; neuf siècles à l'avance, il comprenait ce qu'un écrivain anglais (i) devait écrire de nos
(i) Lord Fitz William.
jours : « Il est impossible de former un système de gouvernement quelconque qui puisse être permanent ou avantageux, à moins qu^il ne soit appuyé sur la religion catholique romaine ».
Si par malheur, le duc Etienne avait choisi le schisme , la Hongrie aurait peut-être subi un jour la domination ottomane, et qui sait si elle n'eût pas échangé son catholicisme sans chef contre l'islamisme tout-puissant? Qui eût alors, au treizième siècle, opposé une barrière infranchissable aux hordes sauvages des Tartars? Qui eût, deux siècles plus tard, arrêté les « blasphémateurs du nom de Jésus »? qui eût empêché les Turcs de pénétrer en Allemagne et de franchir les Alpes? Qui eût sauvé le monde?
Les Magyars, féaux chevaliers de la chrétienté , ont formé un rempart invincible à l'invasion et ils empêchèrent les Ottomans de dépasser Vienne.
Aussi un historien français a-t-il pu dire sans exagération : <( Quand donc paierons-nous notre dette de reconnaissance h ce peuple béni, sauveur de rOccident » (i)? Car « pour les Occidentaux ce qui doit dominer, c'est la reconnaissance des services que la Hongrie a rendus à la civilisation en mettant son corps au travers du chemin de la Barbarie (2) » .
Lors de l'avènement du duc Etienne, le monastère
(i) J, Michelet, Histoire de Fiance,
['i) E. Sayoux, Histoire générale des Hongi-ois,
de Cluny attirait tous les regards par les réformes qu'il introduisait dans la vie religieuse; le monde admirait les vertus des moînes et leur vie remplie par le travail , on les prit volontiers pour modèle et leur exemple ne contribua pas peu au rétablissement de la discipline dans le clergé séculier. On mit un terme aux déprédations dont les biens de rÉglise avaient été Tobjet; les évêques furent rappelés à une plus stricte observation des devoirs de leur charge, les prêtres durent adopter une vie plus conforme aux règles canoniques.
Le duc Etienne avait entendu parler du monastère de Cluny et il est établi qu'il échangea plusieurs messages avec le Supérieur des Bénédictins de la célèbre abbaye et qu'il lui envoya desprésents. De même, il fut en rapport avec le Supérieur du couvent du Mont-Cassin à qui il offrit des présents d'une grande valeur. Il cherchait à s'entourer de lumières et il consulta les hommes remarquables de l'époque pour s'instruire sur la manière d'organiser le christianisme parmi son peuple.
L'évêque Adalbert, qui avait été chargé de former le cœur et l'esprit du jeune duc Etienne, était étranger, mais cette circonstance n'avait exercé aucune influence sur son élève qui resta profondément magyar; sa nationalité lui était chère et il voulait que la conversion de son peuple ne coûtât rien à son patriotisme.
Ses travaux apostoliques commençaient a être
connus en dehors des frontières du pays et attiraient des missionnaires qui espéraient faire en Hongrie de nombreux prosélytes; la mort glorieuse du martyre hantait l'esprit de quelques-uns, mais cett^ attente fut déçue, car partout ils furent accueillis avec une sympathie qui facilita considérablement leur mission sans les exposer au moindre danger. Grâce aux mesures édictées par le duc Etienne, le clergé ne tarda pas à se recruter parmi les Hongrois, il devint national et occupa bientôt une situation qui le mettait au-dessus du clergé des autres pays. Les évèchés étaient fondés, mais il restait à les pourvoir de titulaires et Etienne attachait une grande importance à ce que Tépiscopat magyar relevât directement du Saint-Siège, sans passer par l'intermédiaire des évêques allemands ou de l'archevêque de Salzbourg. Il espérait obtenir du pape la nomination d'Astrik comme archevêque métropolitain de Strigonie, il pourrait alors choisir les évêques que le nouvel archevêque sacrerait, et ainsi serait assurée l'existence du clergé hongrois en même temps que son autonomie.
Esztergom était la ville natale d'Etienne, mais cette raison ne fut pas la seule qui le décida à y fixer sa résidence; sa situation à l'extrémité occidentale du pays avait influencé son choix, car il aimait et cherchait h se rapprocher des pays plus avancés. Il voulut faire d'Esztergom la capitale religieuse de la Hongrie, il y réussit et, aujour-
64 SAIXT ETIENNE.
d*hui encore, on pourrait la nommer la Rome hongroise.
Aux yeux du chef des Magyars, le litre de duc était .insudisant pour lui permettre de traiter sur le pied d'égalité avec les souverains voisins et pour faire admettre son pays parmi les puissances chrétiennes. Il savait que plus un chef est puissant, plus il inspire de respect ; aussi, dès qu'il eut compris ce que pouvait devenir son peuple, forma-t-il le projet de fonder un royaume. Peut-être même fut-il question de ce projet au moment de son mariage avec la fille de Tarchiduc de Bavière, mais il n'est resté nulle trace de ces pourparlers.
Au moyen âge régnait l'idée que Dieu avait donné le gouvernement de la chrétienté à deux souverains, au pape pour les besoins spirituels, à l'empereur, pour les besoins temporels (i); eux seuls pouvaient disposer du pouvoir et en quelque sorte donner l'investiture. Le duché de Pologne, qui allait être érigé en royaume, en est un exemple. Le duc ChrobrI Boleszlâv savait qu'il ne pouvait obtenir que de l'empire et du Saint-Siège la couronne qu'il ambitionnait; il avait donc accepté la suzeraineté de l'Allemagne et le pape faisait préparer la couronne qu'il destinait au futur roi du Nord.
Cette suzeraineté, le duc Ellienne ne voulait pas l'accepter et à aucun prix il ne l'eût subie. 11 ne
(i) Sachsenspiegel.
voulait pas non plus ériger de sa propre initiative son duché en royaume, car il voulait que cette transformation, ou plutôt cette élévation, eût tout le prestige dont elle pouvait être entourée, et il savait que TEglise seule pouvait l'opérer ainsi en lui donnant, en même temps, la consécration religieuse. Dans la pensée des hommes de celte époque, la couronne, conférée par le représentant de Dieu, était plus qu'un vain emblème, elle donnait à celui qui la recevait un caractère religieux. La reconnaissance d'un royaume par le pape unissait d'une façon indissoluble le principe politique et le principe religieux, elle créait des droits et des devoirs nouveaux, elle donnait au roi le droit de s'occuper des choses religieuses, mais en même temps elle lui imposait le devoir de défendre l'Eglise.
Le duc des Magyars n'ignorait pas quelles responsabilités il allait assumer, mais il voulait une couronne royale et il ne voulait la tenir que du souverain pontife seul.
Grégoire V occupait le trône pontifical, il appartenait non seulement à la famille impériale, mais encore il devait la tiare à Othon IIL II était donc inutile k Etienne de tenter des démarches tant que les choses seraient en cet état. Othon III n'eût pas plus laissé ériger un royaume indépendant de l'Allemagne que Grégoire V n'eût accordé une couronne royale contre la volonté de son impérial protecteur.
m SAINT ETIENNE.
Aussi le duc Etienne, tout en saisissant fort bien l'importance qu'aurait, pour le développement du christianisme, l'approbation par le Saint-Siège des mesures qu'il avait prises, ne voulait-il rien hâter. Il avait consulté son beau-frère, Henri de Bavière, et pris l'avis du prieur Astrik. Ce dernier, qui avait vécu quelque temps à Rome, avec l'évêque Adalbert, était au courant de ce qui se passait dans la Ville Éternelle, il put donc donner de bons conseils au duc Etienne qui les suivit, quoiqu'ils missent sa patience h une rude épreuve.
Le pape Grégoire V était jeune et pouvait, selon les prévisions humaines, occuper pendant de longues années la chaire de Saint- Pierre. Mais sa situation fut bientôt ébranlée par Crescentius, redevenu tout-puissant à Rome; il chassa Grégoire V de la 'ville des apôtres et le remplaça par Jean qui était d'origine grecque. L'empereur Othon III partit vers la fin de l'année 997 pour l'Italie et rétablit Grégoire V dans tous ses droits.
Sans se laisser décourager, le duc Etienne^ attendant que les circonstances devinssent plus favorables, continuait à organiser la future Eglise de Hongrie, partageant le pays en un certain nombre de provinces qui deviendraient des évêchés, les dotant de terres et de revenus, fondant des couvents, appelant des religieux qui répondaient avec empressement aux désirs du duc leur assurant toute liberté et des avantages matériels considérables. Les églises
et les chapelles semblaient sortir du sol fécond de la Hongrie que le sang des martyrs n'avait pourtant pas arrosé.
Henri de Bavière avait fait partie de l'expédition impériale en Italie, on ne peut douter qu'il entretint Othon de la situation de la Hongrie et il est certain qu'à Rome, il plaida la cause de son beau*frère qu'il aimait beaucoup. Il vit aussi Gerbert, évêque de Ravenne, et lui exposa ce qu'avait déjà fait le duc Etienne pour la conversion du peuple magyar et ce qu'il se proposait encore de faire pour la propagation et pour l'établissement définitif du christianisme.
Ces faits n'étaient pas inconnus de Gerbert, qui avait l'habitude d'observer ce qui se passait et était fort au courant de tous les événements qui se produisaient en Europe.
Grégoire V mourut- en 999 et son successeur fut le moine d'Aurillac, l'évêque Gerbert, qui prit le nom de Sylvestre II. L'archiduc de Ravière était encore à Rome au moment de l'élévation de Gerbert au trône pontifical.
Le nouveau pape se préoccupait beaucoup de la conversion des peuples païens et y attachait une grande importance; mais tout en la désirant, tout en •y contribuant le plus largement possible, il apportait un grand soin à ne pas attenter à l'indépendance des peuples qui adoptaient l'Evangile ; aussi, malgré la reconnaissance qu'il pouvait devoir à l'empereur, ne
G8 SALNT ETIENNE.
voulait-il pas créer de nouveaux vassaux a T Allemagne.
Ce pape français, qui, par sa science et ses connaissances profondes, joua un si grand rôle parmi ses contemporains, voulait établir l'indépendance du Saint-Siège, développer en même temps Tinfluence de la papauté et augmenter ainsi sa puissance sur le monde entier.
Les projets dont Tarchiduc de Bavière avait en tretenu Tévêque Gerbert devaient plaire à Sylvestre Il et, lorsqu'en Tan mille Fltienne envoya solennellement le Supérieur du couvent de Pannonhalma, Astrik, à Rome, les voies étaient préparées. Astrik avait pour mission d'exposer au pape ce qu'avait fait le duc Etienne pour la conversion des Magyars et pour le développement du christianisme. En moins de trois ans, le peuple avait embrassé la foi nouvelle, le pays était prêt à recevoir les dignitaires de l'Eglise, les évêchés étaient fondés et richement dotés, le duc était prêt à en fonder de nouveaux, il priait donc le Saint-Père, par l'intermédiaire de son envoyé, de recevoir la Hongrie, nouvellement convertie, au nombre des Etats chrétiens, de lui donner sa bénédiction apostolique, d'approuver l'érection des évêchés, de confirmer les évêques nommés et en même temps d'agréer qu'il prît la qualité de roi et qu'il en portât les insignes afin de donner plus d'autorité à tout ce qu'il réglerait pour l'honneur de Dieu ainsi que pour la propagation de la foi et de la religion chrétienne.
Le futur archevêque de Strigonie se met en roule. C'est à un historien français, A. Thierry, que nous empruntons le récit de son voyage.
(( Cependant un événement considérable allait s'accomplir sur la frontière même du pays des Magyars et donner aux Polonais une sorte de suprématie chrétienne parmi les Barbares du nord de l'Europe. Cet événement, c'était l'élévation du duc Miescoà la royauté qu'il ambitionnait ardemment et depuis tant d'années (i). Le siège de saint Pierre était alors occupé par un des plus savants hommes qui s'y soient assis, le Français Gerbert, autrement dit Sylvestre II, à qui sa grande perspicacité, ses vastes études et son penchant pour les sciences occultes valurent au moyen âge un certain renom de sorcellerie. Tout sorcier qu'il était, ou qu'on le croyait, Gerbert se laissa abuser sur le caractère personnel de Miesco et sur la réalité des conversions que le néophyte prétendait avoir provoquées et obtenues parmi ses sujets. Dans son erreur, il promit au duc tout ce que le duc demandait, bénédiction apostolique, titre royal et diadème, et il fit fabriquer à son intention une couronne digne par sa beauté et sa richesse du chef de l'Église. Déjà même, il avait fixé le jour où il recevrait l'envoyé de Miesco, l'évèque de Cracovie, Lambertus, à qui il voulait remettre de sa main le bref apostolique et le diadème :
(i) Chart., Chron. Hung., 5.
encore quelques semaines et le duc des Polonais sera le premier roi chrétien des races du Nord. Dieu se souvint alors que cinq siècles et demi auparavant, la sainte cité de Rome avait été menacée d'une grande profanation, loi^squ' Attila s'avançait avec toutes ses forces pour l'anéantir. Il se souvint aussi qu'il avait envoyé un ange pour arrêter le Barbare dans sa marche et que l'ange avait promis au nom du Christ qu un jour {tiendrait où la généMtion du roi des Huns obtiendrait dans ces mêmes murs de Rome et de la main du successeur des apôtres une couronne qui n aurait point de fin. Le Seigneur comprit que le moment de remplir sa promesse était venu (i). Aussitôt il inspire au duc Etienne l'idée de réclamer pour lui-même, du souverain pontife, la bénédiction apostolique et le titre royal en récompense de son mérite et des fruits de son apostolat.
« Etienne convoque donc à une Diète générale les évêques, les magnats et le peuple du duché de Hongrie, il leur expose ses travaux, il leur confie ses désirs et tous décident qu'il faut députer à Rome Astricus, évêque de Strîgonie, pour mettre aux pieds du Saint-Père la demande d'Etienne et le vœu du peuple hongrois,
« Astricus part et les ambassades cheminent sur la même route sans le savoir ;• une seule journée de marche les sépare, mais, par la volonté de Dieu,
(i) Chart., Chfon, Hung.^ 5.
LA SAINTE COUKONNE. 71
Lambertus s'est altardé etx\stricus a pris les devants. Tous les deux ignorent qu'ils se rendent au même Ueu, pour le même objet; leurs peuples l'ignorent aussi et le pape Sylvestre ne sait rien, sinon que l'envoyé polonais doit se présenter devant lui au jour convenu dès les premiers rayons du soleil. Parée d'ornements inaccoutumés, la salle du palais pontifical est disposée pour l'audience ; la couronne destinée à Miesco est là ; les orfèvres l'ont fabriquée de l'or le plus pur, incrustée des pierres les plus éclatantes (i). Jamais l'art n^a rien produit de si beau et jamais aussi la bénédiction du vicaire de Jésus-Christ n'a doté un objet matériel de plus de grâces et de promissions pour ce monde et pour l'autre.
(( Préoccupé de la cérémonie du lendemain, Gerbert commençait à céder au sommeil, quand une vision du ciel éblouit ses yeux. Un ange lui apparaît et lui dit : Sache que demain, au point du jour, les envoyés d'une nation inconnue, fille de la Hongrie orientale, mais dépouillée de la férocité du paganisme, viendront te demander à genoux une couronne pour leur duc (2). Celle que tu destinais à Miesco, donne-la-leur, car elle leur appartient et Miesco ne doit point la posséder. De lui sortira une S^énération maudite ...
« Après avoir prononcé ces paroles, l'ange disparaît aux regards de Sylvestre.
(i) Chai't., Chron, Hung,
[1) Chart., Chron. Hung.; Ici., Fit. S. Stephan,
(( Les premiers rayons du jour coloraient à peine le faite du palais papal que les envoyés de Hongrie entrent à Rome et ils sont bientôt devant le pontife.
« Prosterné au pied de son trône, Tévêque de Strigonie expose humblement les travaux du duc Ktiennc, et le vœu du peuple hongrois qui réclame pour son chef la bénédiction apostolique et le titre de roi : Sylvestre en Técoutant laisse éclater son allégresse, car il se rappelle les paroles de Fange et reconnaît la vérité de sa vision. Il Tencourage avec une bienveillance paternelle. Exécuteur des promesses du Christ, il livre, pour être remise au descendant d'Attila, cette couronne qu'il avait fait fabriquer avec tant de sollicitude et qu'il avait enrichie de tous les dons du ciel et de la terre, gage mystérieux qu'il avait préparé à son insu , prix du marché jadis conclu entre Jésus-Christ et son fléau pour le rachat de Rome et des ossements des apôtres.
« Sylvestre, admirant les voies de Dieu, accorde une autre grâce encore au duc Etienne; il lui fait don d'une croix qui doit être portée devant lui comme marque de son apostolat (i).
a Je ne suis que Vapostolique^ dit-il à Véi^êque « Astricus, Etienne est Vapôtre élu de Dieu pour la « coni^ersion de son peuple » (2) .
(i) Chart., P^il, S. Stephan.
{1) « Efço sum Apostolicus, ille vero Christi apostolus ». ^Ch.vrt., Fit, S, Stcplian,).
« Chargée de ces précieux trésors et d'une lettre qui renferme la bénédiction du Saint-Père, Tambassade se remet en route sans perdre un instant et re<îa<jne à toute vitesse les bords du Danube.
« Le lendemain, c'est le tour de Lambertus et des envoyés polonais. Aux premiers rayons du jour, ils entrent dans le palais pontifical, mais le Souverain Pontife les accueille par les paroles d'Isaac à Esaii : « Un autre est venu qui a dérobé la béné- « diction de son frère » (i).
« Ainsi par la vertu d'Attila, non seulement les Hongrois possèdent cette couronne d^une durée infinie qui leur était promise depuis tant de siècles, mais ils l'enlèvent aux Polonais, leurs rivaux et leurs prédécesseurs dans la voie du Christ. Le peuple magyar est l'Israël des peuples du Nord, conquis par l'Evangile à la civilisation ».
Même sans y être conduit par un songe, le pape Sylvestre II eût accordé au duc Etienne la couronne que sollicitait son ambassadeur. Sa perspicacité ei son sens profond des choses de la politique lui permettaient de saisir ce que la demande du duc des Hongrois avait de légitime et de fondé ; grâce à une intuition remarquable, il se rendit compte des conséquences que pourrait avoir pour la chrétienté la fondation d'un nouveau royaume catholique ii l'est de l'Europe. Aussi accorda-t-il sans hésitation
(i) Chart., Chron, Hiuig,
tout ce que demandait Astrik : Tinvestiture royale et la confirmation de toutes les mesures que le duc avait prises pour l'organisation ecclésiastique de la Hongrie. Outre le titre de roi, il décerna au duc Etienne le titre d'apôtre, et à la couronne, il joignit la croix apostolique, semblable a celle des nonces et des légats (i). Le Saint-Siège accordait ainsi au premier roi de Hongrie, le droit de représenter le pape dans ses Etats et par conséquent d'y organiser les diocèses, de distribuer les bénéfices et d'en choisir les titulaires (2).
Les successeurs du roi Etienne placèrent la croix apostolique dans leurs armes et, avec la dénomination d'apôtres, conservèrent la puissance apostolique (3). A la fin du onzième siècle, saint Ladislas et Kâlmân le Bibliophile, son successeur, exercèrent dans toute sa plénitude ce droit que le pape Grégoire VII venait de confirmer. Le Saint-Siège essaya, au douzième siècle, d'amener Bêla III a renoncer à quelques-unes des prérogatives accordées par Sylvestre II, mais le roi de Hongrie, tout en restant plein de déférence à l'égard de la Cour de Rome, ne voulut abandonner aucun de ses droits ; il voulait conserver à l'Eglise hongroise l'indépendance que ses ancêtres lui avaient acquise (4). Lorsque l'inva-
(i) KoHâr, Historia diplomat. juris palronalus,
(i) Bollandistes, ^ct. Sanct, a sept. — Laiisser, Gerberi,
(3) Werbœczi, Opus tripartiùum juris consuetudinarii.
(4) Katona^ Hist. critica duciun Hangar,
sion des Mongols eut ruiné la Hongrie, Bêla IV dut songer à la réorganisation de son royaume ; il le fit sur les mêmes bases que Tavait établi le roi Etienne. Quelques évoques prétendirent alors ne tenir leurs titres et leurs droits que du Saint-Siège, le roi protesta et Innocent IV enjoignit aux prélats hongrois de se soumettre aux constitutions anciennes (i).
Les rois de la famille d'Arpàd qui succédèrent à Bêla IV continuèrent à défendre l'autorité apostolique qui leur avait été conférée. Les princes d'Anjou, malgré ce qu'ils pouvaient devoir a Rome, ne laissèrent pas attenter aux privilèges religieux légués par leurs prédécesseurs, et Sigismond fit confirmer, eii i4i4) au concile de Constance, le titre de légat perpétuel du roi de Hongrie, en même temps que l'indépendance de l'Eglise magyare (îî). Le roi de Hongrie porte aujourd'hui encore, dans les actes officiels, le titre de Roi Apostolique.
Ainsi qu'on vient de le voir, le nouveau royaume ne fut pas seulement traité par Sylvestre II sur le même pied que les autres puissances chrétiennes de l'Europe, que la France, que l'Allemagne, mais encore le Saint-Siège lui accordait des faveurs qu'aucun autre peuple n'avait obtenues (3). Et mal-
(i) Palma^ Notifia rerum Hungaricarum^ Bêla.
(2) Werbœczi, Opas tripartitum.
(3) En 1870, rëvêque Jekelfaïiissy, qui avait publié la Bulle sur rinfaillibilité sans demander Tautorisation du roi, fut
70 SAIXT ETIENNE,
gré ces rares prérogatives, la Hongrie n^aliéna nullement son indépendance; rAUemagne n^avait fait aucune opposition à l'érection du duché en royaume, Tévêque de Salzbourg avait renoncé à son rêve de devenir le métropolitain des évoques hongrois et d'imposer son autorité a la nouvelle Eglise magyare. On avait compris îi Rome que la Hongrie ne serait tout à fait catholique que si elle restait absolument libre, et les historiens allemands commettent une erreur lorsqu'ils disent que le duc Etienne obtint la couronne royale de Sylvestre II « sur les conseils et par la grâce d'Othon III ».
Du reste, la lettre remise, en même temps que les insignes de la royauté^ par le pape à l'envoyé du duc Etienne, prouve que l'empire d'Allemagne ne fut pour rien dans la fondation du royaume de Hongrie. Celte lettre a été conservée, et quoique certains auteurs en contestent l'authenticité, nous croyons intéressant de la reproduire :
« Les députés de votre noble personne, principa- « lement notre bien-aimé frère Astric, évêque de (( Colocza, en se présentant à notre audience, ont (( vivement réjoui notre cœur. Leur mission près de « nous a été d'autant plus facile, que nous-mêrae, (( averti par un n^essage céleste, nous attendions « ardemment ces ambassadeurs d'une nation qui
cité ad audienduni verhuin rcgium devant le Conseil des Ministres, et le ministre-président lui reprocha d'avoir violé le /«ç place/ i.
<c nous était inconnue. Heureuse mission qui fut
« précédée par un message angélique et décrétée
« dans les conseils de Dieu avant de nous parvenir
« à nous-même ! Elle est vraiment l'œuvre non de
« Vhomme qui veut et qui court y mais du Dieu qui
« fait miséricorde^ qui change à son gré les temps et
« les âges, transfère et constitue les royaumes, illu-
a mine les profondes ténèbres au rayon de cette lu-
« mière qui éclaire tout homme venant en ce monde,
« Grâces donc soient rendues à Dieu le Père et à
« Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui de nos jours a
« trouvé un nouveau David, le fils de Geiza, un
« homme selon son cœur. Il a fait luire h ses yeux la'
« divine lumière, il Ta suscité pour devenir le pas-
« leur d'Israël, le chef du peuple Hongrois, nation
« élue. Nous n'avons que des éloges pour votre
« piété envers Dieu et votre respectueux dévoue-
« ment pour la Chaire Apostolique, sur laquelle,
« malgré notre indignité, nous sommes assis. Soyez
(c béni pour la libéralité magnanime avec laquelle
a et par la bouche de vos ambassadeurs et par les
« lettres de Votre Sublimité, vous avez offert au
a bienheureux Pierre, prince des apôtres, le royaume
« et la nation dont vous êtes le chef ainsi que tout
« ce qui est à vous et votre personne même. C'est
« là un acte vraiment royal qui mérite et présage
« le titre de roi que vous sollicitez de nous. En con-
« séquence, très glorieux fils, nous vous accordons
« de grand cœur tout ce que vous nous avez de-
(( mandé à nous-mème et au Siège Apostolique, le « diadème et le titre de roi, avec pouvoir d'ériger c( la métropole de Strigonie et les évêchés suffra- (( gants. Par l'autorité du Dieu tout-puissant, au « nom des bienheureux apôtres Pierre et Paul, nous « vous conférons et concédons avec la bénédiction « apostolique les divers privilèges que vous avez « sollicités.
« Le royaume que votre magnificence a offert à (( Saint Pierre, la nation des Hongrois, présente et <( à venir, nous les recevons en la protection de la (( sainte Eglise romaine et les donnons à tenir, gou- « verner et posséder, à votre prudence et à celle de « vos légitimes successeurs. Ceux-ci, quand ils au- <( ront été régulièrement élus par les magnats, se- « ront tenus de nous rendre de même à nous et à « nos successeurs, par eux-mêmes ou par leurs en- « voyés, l'obéissance et le respect qui nous sont « dus, de se montrer soumis à la sainte Eglise ro- « raaine qui regarde ses sujets, non comme des « serviteurs mais comme des enfants; de persévérer « fermement dans la foi catholique et de travailler à « sa propagation. Daté k Rome, le 27 du mois de « mars de l'an 1000. » (Gerbert, Epist, c. c. X, V,
in)J-)- ...
En même temps qu'il obtenait le titre de roi pour son maître, Astrik voyait ses mérites reconnus :
(i) Darras, Histoire de V Église, t. XX, § \j p. 867.
le pape lui accordait le pallium et rinstituait archevêque métropolitain de Strigonie.
Heureux du succès de sa mission, Astrik reprit en se hâtant la route de la Hongrie, mais la bonne nouvelle qu'il apportait l'avait précédé et dès qu'il eut franchi la frontière, il vit le peuple accourir à sa rencontre pour saluer la couronne sacrée qui devait dès lors prendre le nom de Sainte Couronne qu'elle a toujours porté depuis.
Ce présent apostolique, enrichi de tous les dons du ciel et de la terre, gage mystérieux du marché conclu quelques siècles auparavant entre Dieu et son fléaUy est pour la Hongrie plus qu'un objet sacré, c'est le palladium du pays des Magyars.
La Sainte Couronne a la forme d'une demi-sphère sur laquelle se croisent deux demi-cercles à l'intersection desquels se trouve une croix latine. Sur le devant, dans un encadrement de rubis, d'émeraudes et de saphirs, se trouve la figure de Jésus-Christ en émail ; à l'opposite est placée la figure de la Vierge ; les bords de la couronne sont ornés de médaillons représentant les saints apôtres Jean, Barthélémy, Pierre, André, Paul, Jacques, Thomas et Philippe. Les deux cercles sont recouverts de médaillons, séparés par des lignes de brillants; ces médaillons renferment les images de saints et de martyrs.
L'inflexion de la croix qui surmonte la couronne a été produite par un accident survenu quand la reine Isabelle, sur le point d'être faite prisonnière.
mit précipitamment la Sainte Couronne dans un coffre trop petit et la faussa pour l'y faire entrer.
La croix apostolique oflTerle par Sylvestre II était en or massif; c'est sur cette croix que les rois prêtent serment au moment du couronnement.
Parmi les autres insignes servant au couronnement des rois, il faut encore citer : Tépée royale qui date de l'époque de saint Etienne ; le globe qui est surmonté de la double croix; on y voit les armes de la famille d'Anjou, où se retrouvent les fleurs de lys ; les quatre lignes transversales représentent les principaux fleuves de la Hongrie.
Le manteau que tous les rois ont porté au moment de leur couronnement, fut commandé par le roi Etienne et la reine Gîzela, en io3i, aux religieuses du couvent de Veszprémvôlgy pour èire offert k l'église de Székesfehérvâr, où il servit d'abord de vêtement sacerdotal. Il est en étoffe de soie bleu de ciel, brodée en or. Au milieu est représentée l'image du Christ; au-dessous, celle de la Vierge ; tout le tour du manteau est orné de broderies figurant des prophètes, des saints, des martyrs. Il n'y manque pas non plus, suivant l'usage de l'époque, le portrait des donateurs, à l'extrémité de droite, celui deGizela, et à gauche, celui d'Etienne (i).
(f) Ce manteau est fort bien conservé; dans une guirlande courant tout autour, on lit l'inscription suivante ; Casvla hec operaia et data ecclesiœ sanctœ mariœ sitse in civitate alba,
Après la couronne, ce manteau était un des emblèmes les plus importants de la royautç. Il y avait encore la coupe, la ceinture, etc. Mais quelques-uns de ces insignes furent égarés et, par une bizarre coïncidence, chaque fois qu'un de ces objets était perdu, un malheur arrivait au roi. La crédulité expliqua à sa façon ces coïncidences et Ton comprend l'attachement profond que le peuple éprouve pour les précieuses reliques, qu'à travers neuf siècles, la Providence lui a conservées et surtout pour la Sainte Couronne qui, dès son origine et en vertu sans doute de cette origine, a toujours exercé sur le peuple magyar une sorte d'influence religieuse.
Pour les Magyars, la Sainte Couronne n'est pas un simple emblème, c'est la royauté elle-même ;elle n'appartient pas k celui qui en est possesseur, elle reste la propriété du peuple; elle est, comme nous l'avons dit, le palladium sacré de la nationalité hongroise.
Quoique pendant trois siècles la royauté semble héréditaire, elle ne l'est pas dans le sens absolu du mot ; les Hongrois restent fidèles au serment de leurs ancêtres, ils choisissent pour souverain « un membre de la famille d'Almos ». Mais cette élection ne suffit pas, d'après le droit nouveau, c'est une préparation à la royauté, le couronnement seul fait les rois (i). « Non est rex nisi coronatus. »
anno incarnationis XPI [a. m. Christi) MXXXf, indiccione XI II a stephano rege et gisla regina, (i) Ranzan, Hist, Hungar.
Les décrets d'un roi élu, mais non couronné , étaient sans valeur, ils n'acquéraient force de loi que si le roi les sanctionnait après son couronnement. Si Télu mourait avant d'être couronné, ses actes étaient considérés comme nuls et son nom ne figurait pas sur la liste des rois (i).
Quand plus tard l'Église, ayant des différends avec les rois de Hongrie et la noblesse, essaya de transporter à une autre couronne les bénédictions attachées à la Sainte Couronne, ce fut toujours sans résultat. Le peuple n'avait foi qu'en la couronne de saint Etienne. On essaya même une fois d'en composer une avec les reliques du saint roi, on la posa sur la tête du nouveau monarque , mais son imposition ne fil pas un roi.
Aussi les reines qui n'exerçaient pas le pouvoir étaient- elles couronnées sur l'épaule droite. Marie d'Anjou (2), fille de Louis le Grand, qui fut couronnée roi de Hongrie exerça effectivement le pouvoir royal.
La constitution politique hongroise donna à la Sainte Couronne une juridiction spéciale , elle avait des officiers chargés de veiller sur elle comme sur le plus précieux dépôt.
Enfermée dans un triple coffre en fer, la Sainte Couronne était déposée à Buda, dans une partie de
(i) Jus consuet. Hiingar,
(2) Voir E. Horn, Marie ctJnjoUj roi de. Hongrie.
l'église du château qui était munie d'une porte solide, constamment surveillée. A Visegrâd, elle était mieux défendue encore, la forteresse étant construite sur un rocher à pic plongeant dans le Danube là, où ses flots majestueux quittent brusquement la direction orientale pour se précipiter vers le sud. Une petite chapelle avait été construite pour recevoir la Sainte Couronne^ la porte en était murée et deux gardiens passaient la nuit, à tour de rôle, contre cette porte qu'ils ne devaient pas perdre de vue pendant le jour. Pour la mettre à Tabri de tout coup de main , une milice nombreuse et bien armée gardait la forteresse. C'était parmi les prélats et la noblesse du royaume que la Diète choisissait les deux dignitaires, conservateurs responsables de la Sainte Couronne; on les nommait duumvirs. Ils devaient s'engager, par serment, h défendre, au péril de leur vie, le dépôt qui leur était confié ; ils ne devaient laisser briser la clôture que sur la présentation d'un décret rendu après délibération par les trois Ordres.
Ces mesures prouvent quelle importance on attachait à la conservation de l'emblème de la royauté ; cependant ces précautions ne l'empêchèrent pas d'être exposé à plus d'une vicissitude.
Un prétendant parvint un jour à s'emparer de la
Sainte Couronne et l'égara en chemin En i44o,
Elisabeth voulant défendre les droits de son fils, Ladislas le Posthume, contre le roi de Pologne,
mit la Sainte Couronne en gage chez un de ses parents, Frédéric III, empereur d'A.llemagne, pour se procurer les ressources qui lui manquaient. Elle obtint 2.800 ducats; par l^acte passé alors, on sait que la couronne était ornée de 53 saphirs, 80 rubis, I émeraude, 3^8 opales, et pesait 9 marcs, 6 onces.
Par suite du refus de Frédéric de restituer la couronne, une guerre acharnée s'engagea entre lui et le roi Màtvâs Corvin; enfin un traité fut conclu et la couronne rendue à la Hongrie. Un écrivain contemporain raconte que lorsque le roi la ramena de Vienne, les Hongrois voulurent traîner, avec des rubans et des guirlandes, le carrosse qui la renfermait, et que les paysans accoururent des points les plus éloignés du royaume pour la reconnaître et se prosterner devant elle.
Après le désastre de Mohâcs, lorsque Soliman envahit la Hongrie, Tempereur Ferdinand voulut enlever la couronne de Visegrâd ; mais les gardiens s'y refusèrent, sans un décret de la Diète. Leur excès de zèle fit perdre un temps précieux, pendant ces discussions, les Turcs pénétrèrent dans la forteresse et s'emparèrent de la couronne dont ils firent cadeau à Szapolyal; qui la restitua à Ferdinand lorsque la paix fut signée.
Le fils de Marie-Thérèse, Joseph II, dont les Hongrois avaient sauvé le trône impérial, mit tout en œuvre pour s'emparer de la Sainte Couronne^ qui se
trouvait alors au château de Presbourg* ; sous le prétexte qu'il voulait établir une faculté de théologie dans le château, il donna Tordre aux duumvirs d'envoyer la couronne h Vienne. On protesta contre cet acte arbitraire, mais en vain; un second ordre, comme Joseph II savait en donner, brisa toute résistance. Le palladium de la Hongrie lui fut enlevé et transporté en Autriche. La nation protesta encore, elle s'opposa aux innovations de l'empereurroi, qui comprit enfin qu'il fallait compter avec la volonté d'un peuple énergique et il lui restitua les emblèmes royaux. La Sainte Couronne fui rapportée, en 1790, au château de Buda et saluée par une salve de cinq cents coups de canon. Pendant que le canon tonnait encore, Joseph II rendait le dernier soupir. N'ayant pas été couronné roi de Hongrie , il ne compte pas parmi ses souverains légitimes (i).
Depuis le commencement du dix-neuvième siècle, la couronne subit encore plusieurs changements de résidence ; au moment des guerres de Napoléon P', elle fut transportée h Munkâcs, puis à Buda et à Eger, pour revenir enfin à Buda; la guerre pour l'Indépendance l'exposa à de nouveaux périls; elle fut transportée à Debreczen et de là, à Orsova, mais les derniers combattants qui l'y avaient apportée ne voulurent pas qu'elle quittât le sol de la patrie. Avant de prendre le chemin de l'exil, ils cherchèrent un
(i) Boîclényi, La Hongrie historique.
endroit favorable pour la mettre à Tabrl ; leur choix tomba sur un rocher, au pied du mont Alion, dans la vallée qu'arrose la Czerna avant de se jeter dans le Danube.
Ce ne fut qu'en i853 qu'on la retrouva ; elle fut ramenée par un bateau spécial à Vienne et transportée ensuite à Buda où elle est maintenant conservée. Le roi de Hongrie, François-Joseph, a fait ériger une chapelle au pied du mont Alion et une plaque de marbre blanc marque l'endroit précis où la Sainte Couronne reposa (i).
Quelques historiens ont constaté que chaque fois que, par un événement quelconque, la Sainte Couronne n'a plus été en la possession des Magyars, la vie politique a paru suspendue chez la nation.
Dès qu'Astrik fut de retour, le duc Etienne fixa la date de son couronnement; il choisit un jour cher à son cœur, celui de l'Assomption de la Vierge Marie.
La cérémonie eut lieu à Esztergom, le 1 5 août de l'an mil un. Le roi Etienne et la reine Gizela furent
(1) Ce fut dans celte chapelle, à laquelle conduit une magnifique allée de peupliers, qu'au mois de septembre 1896, le roi, entoure des prélats, des hauts dignitaires et d'un certain nombre d'invités, assista à la messe avant d'aller procéder à Tinauguration du canal des Portes de Fer. Trois évêques bénirent ensemble la nouvelle route que les Romains avaient renoncé à frayer, mais que les Hongrois venaient d'ouvrir à la navigation.
couronnés avec toute la pompe que les Hongrois d'alors savaient déjà déployer et à laquelle s'ajouta la solennité des consécrations religieuses. L'onction sainte dont le représentant de l'Église marquait le front du nouveau roi faisait descendre en lui la délégation divine .du pouvoir; le roi sacré devenait, de par Dieu, le chef de l'État, mais, en même temps aussi, le père du peuple. Car, dans l'esprit de l'Eglise, le sacre n'était pas une reconnaissance de la puissance royale sur le peuple, c'était surtout une consécration de l'union indissoluble formée entre le peuple et son roi. Aussi, lorsque le prélat consécrateur, avant de poser la couronne sur la tête du nouveau roi, consulte par trois fois les assistants et le peuple, se trouve-t-il d'accord avec les anciennes traditions politiques et les droits des Magyars. Cette consultation du peuple, dans la cérémonie du couronnement, est une réminiscence des usages pratiqués autrefois pour l'élection des chefs et dans aucun pays peut-être ne s'est trouvée plus justifiée la maxime : Omnis potestas a Deo per populum.