CHAPITRE II
Le mariage d'Alphonse de Léon avec Bérengère de Gistille avait été le gage d'une réconciliation solennelle entre le roi de Léon et le roi de Castille. Ce dernier^ attribuant la défaite qu'il venait de subir à Alarcos au défaut de concours des troupes d'Alphonse de Léon> avait conclu contre ce prince une alliance avec Pierre II d'Aragon. Le roi de Léon, de son côté, s'était ligué avec Sanche Vil de Navarre, et tous les deux, bien que le pape Célestin III eût menacé d'excommunication tout prince chrétien qui contracterait alliance avec les infidèles, n'avaient pas hésité à appeler à leur secours les Almohades. A cette nouvelle, Alphonse de Castille conclut un armistice avec l'émir Yacoub et ravagea le Léon ; les
évèques s'interposèrent et rétablirent la paix : le roi de Castille donna sa fille en mariage au roi de Léon, à qui elle apporta en dot les places qu'Alphonse de Castille venait d'occuper dans le Léon, sur [es confins de ses propres États.
Mais ce mariage étidt à peine célébré, que le pape Célestin le déclara nul; il envoya en Léon le cardinal Gui de Saint-Ange pour intimer aux deux époux l'ordre de se séparer; sur leur refus, le royaume fat mis en interdit. L'amour très vif qu'Alphonse et Bérengère éprouvaient l'un pour l'autre, achevait sans doute de ' les rendre mauvais juges en leur propre cause; mais ils étaient de bonne foi en croyant que le défaut de dispense papale était couvert par l'intérêt politique qui avait été la cause de leur union, et plus encore par l'assentiment que les prélats y avaient donné. Les évèques de Salamanque, de Zamora, d'Astorga et de Léon partageaient leur manière de voir; ils partagèrent aussi l'excommunication qui les frappa. Célestin m mourut, et Innocent III fut élu à sa place. Alphonse de Léon essaya vainement de le fléchir, en lui faisant observer que le renvoi de Bérengère entraînerait la restitution de sa dot, au
grand détriment du royaume : Innocent III renouvela l'interdit; il ne tarda pas toutefois à permettre la célébration du culte et Tadministration des sacrements dans les localités où ne résideraient ni le roi, ni la reine, ni ceux qui étaient frappés comme eux d'excommunication.
Ce fut dans ces tristes conjonctures que saint Ferdinand vint au monde.
Il était le premier enfant d'Alphonse et de Bérengëre : on ignore la date exacte de sa naissance, mais on sait du moins qu'elle eut lieu à la fin de 1 198 ou au commencement de 1 199. Il fut baptisé en 1 199 dans la cathédrale de Léon; les règles posées par le pape étaient mal observées, soit que Tépiscopat de Léon considérât l'excommunication comme injuste, soit que le roi usât de violence envers ceux qui entendaient respecter les défenses du souverain Pontife.
Le lieu de la naissance du saint est également incertain : le fait, dit Lauretus^, cité par les Bollandistes, s*est passé sur une montagne, entre
j . Michel-Ange Lauretus, de l'ordre des Clercs voues au service des malades, publia à Naples en 1680 une histoire de saint Ferdinand, qu'il dédia à don Ferdinand, marquis de los Veles, vice-roi de Naples.
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entre les deux royaumes; elle dura plusieurs années. Un péril commun finît par l'arrêter : les progrès des Âlmohades menaçaient dans leur existence même tous les royaumes chrétiens d'Espagne. La paix fut conclue entre leLéonetlaCastille, moyennant la restitution de la dot de Bérengère. Cette princesse, en quittant son mari, lui avait laissé leurs quatre enfants ; Ferdinand fut donc élevé sous les yeux de son père. Les détails de cette éducation font absolument défaut; elle fut, selon toute apparence, chevaleresque et pieuse ; l'étude des lois en vigueur et, d'une façon générale, celle des devoirs d'un psince, y tint certainement une place. Opiniâtre et violent, Alphonse de Léon n'avait pas des mœurs pures ^, mais il n'affichait pas ses désordres ; sincèrement
£. Il n'eut pas moins de onze enfants naturels, mais, selon toute apparence, après la rupture successive de ses deux mariages. Voici le nom de ces onze enfants : Ferdinand, doyen du chapitre de Saint-Jacques; Alphonse, major ^raetor Fronterœ (gouverneur des provinces frontières) ; Pierre, treizième grand-maître de l'ordre de Saint-Jacques, mort en ia'28; Thërèse, épouse de Nunez Gonzalès de Lara ; Aldonce, ëpouse du comte Pierre, tige de la famille des seigneurs Pons de Léon, ducs d'Arcos ; Urraque^ épouse de Lopez Diaz de Haro (leur fille épousa Sanche II, roi de Portugal) \ Martin, tige des ducs d'Ossuna ; Marie ; Sancie, épouse de Simon Ruiz de Haro; Urraque, ëpouse de Pierre
aussitôt s'endormit; à son réveil, il demanda à manger; il revint guéri à Tolède.
L'émir almohade Yacoub avait été arrêté dans ses desseins par la mort en 1 199 ; son successeur^ Mohammed en-Naser, se montra plus redoutable encore ; mais un élan général entraîna bientôt contre lui les monarques chrétiens d'Espagne; tandis qu'il enlevait aux Âlmoravides (1209) les iles Baléares, leurs dernières possessions, A.U phonse IX de Castille, Alphonse IX de Léon, Sanche VII de Navarre, et Pierre II d'Aragon, qui s'était naguère fi2o4) déclaré tributaire du Saint-Siège et avait été couronné à Rome par Innocent III, se liguaient contre l'ennemi commun; en 12 12, l'éclatante victoire de las Navas de Tolosa frappait de mort la puissance desAlmohades.
Le règne d'Alphonse de Castille s'achevait glorieusement. En 1209, ce prince avait érigé en université les écoles fondées à Palencia, l'an io3o, sous le règne de Sanche le Grand; en 121 3, il avait conclu avec Alphonse de Léon, sous l'assentiment d'Inoncent III, un accord aux termes duquel les droits de ses petits-fils au trône de Léon étaient solennellement con-* firmes.
dessein. Le gouvernement fut donc confié à Al« varo, ainsi que la garde du roi.
Tandis que se tramaient ces manœuvres, l'archevêque de Tolède, Rodrigue Ximénës, était a Rome, où il prenait part au quatrième concile de Latran ; ce sage prélat, qui sera par la suijte l'utile et fidèle auxiliaire de Bérengère et de Ferdinand, n'aurait pas manqué, s'il eût été présent, de détourner la régente de son fatal projet, en lui représentant que, m quelque dangereux que paraisse être l'état où Dieu nous a placé, il vaut toujours mieux y demeurer que de suivre l'attrait de la solitude, lorsqu'on n'y est pas appelé^ ». II revint en Espagne avant que la mesure fût définitivement adoptée, mais trop tard pour qu'elle pût être écartée. Il obtint du moins que Bérengère n'abdiquât pas entièrement son pouvoir entre les mains d'Alvaro. Celui-ci dut prêter serment de ne donner ni de n'enlever à personne aucun domaine, de ne déclarer la guerre et de n'établir aucun impôt nouveau que du consentement de la régente. Mais le respect de la foi jurée était peu de chose aux yeux d'Alvaro : il n'eut rien de