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« siècle comme le nôtre. Celui de Ferdinand le lui <c passa. Des mœurs plus polies sont blessées de (( ce qui ne blessait pas des mœurs plus simples et, « si Ton veut, plus grossières^ Je n'essayerai donc « pas de faire goûter à mon siècle ce qui choque « si fort ses bienséances, et je me contenterai de « faire sur le fond de la conduite de saint Ferdi- (( nand une observation qui suffira, si je ne me « trompe, pour la justifier aux yeux de tout « homme raisonnable, de quelque religion qu'il « soit, pourvu que ce ne soit pas la manichéenne. « C'est que les Manichéens n'étaient pas seulece ment les plus impies de tous les hérétiques, « mais encore les plus corrompus de tous les (( hommes. On sait les abominations qu'ils com- « mettaient dans leurs assemblées secrètes. Elles (c seules les rendaient dignes du feu. Mais que « ne méritaient pas des hommes qui mettaient a ces abominations en dogme, et qui s'en étaient (( fait une religion : qui, d'un côté, égalaient le « diable à Dieu, et de l'autre ne croyaient ho- « norer Dieu qu'en outrageant la nature? Et « pouvait-il y avoir assez de bûchers sur la terre « pour la purger de pareils monstres? Ferdinand ce vint à bout, par ce moyen, de conserver dans
pour but de préserver de la contagion de leurs infâmes pratiques et de leurs erreurs doctrinales la morale et la religion de ses sujets, et puisque la répression qu'il exerçait à leur égard était autorisée et prescrite par les opinions et par les lois de son époque ; mais il ne se trouverait sans doute aujourd'hui personne pour le louer de sa sévérité, qui apparaît aux uns comme une atteinte à la liberté de la conscience, aux autres comme l'application de lois injustes par leur rigueur, bien qu'au surplus cette rigueur ne dépassât guère celle des articles du code pénal de Napoléon, qui frappaient de la peine de mort les faux monnayeurs et les falsificateurs de billets de Banque. L'on ne saurait toutefois, sans com*mettre soi-même une grave injustice, blâmer la conduite de Ferdinand envers les Manichéens, en tant du moins qu'elle tendait à réprimer leur propagande violente de corruption cynique, car la défense de la morale publique est au nombre des devoirs essentiels qui incombent à un chef d'État.
Les soins assidus qu'apportait Ferdinand III au gouvernement de la Castille ne fournissaient plus seuls un aliment à son activité : depuis
passage plusieurs châteaux, qui furent rasés.
La campagne finit aux approches de l'hiv mais elle reprit au printemps de 1226 : le prc du roi était de conquérir tout le royaume Baêça. A peine avait-il franchi la Sierra Morei que le roi de Baêça, Aben Mohammed, qui d cendait des émirs-al-moumenin d'Afrique, présenta à lui et lui offrit de devenir son vass aux conditions qu'il lui plairait d'impos Le roi de Castille exigea la remise des vil fortes d'Andujar et de Martos et du château Baëça, ainsi que le payement d'un tribut annu égal au quart des revenus du souverain musi man; ce dernier devrait en outre livrer comi otage son fils Abdul Monin. Aben Mohamm consentit à tout, et baisa la main de Ferdina en signe de vasselage. Le château de Baéça donné aux chevaliers de Calatrava.
Mais, peu après, une insurrection éclat contre le souverain almc{hade, coupable de s'éi fait le vassal d'un roi chrétien. Cette insum tion était fomentée par Mohammed Motavrakl Ben Houd, qui cherchait à relever Tislamisi dans la péninsule, sous l'autorité suprême é califes de Bagdad, Aben Mohammed s'enfu
Ce légat, Jean d'Abbeviile, français de naissance, d'abord moine de Cluny, alors cardinal et évéque de Sabine, était arrivé en Espagne l'année précédente; il avait pour mission de prêcher aux princes chrétiens de la péninsule une croisade contre les Maures. Le Saint-Siège jugeait-il le moment favorable à une attaque générale, en présence des dissensions dont les États musulmans étaient devenus le théâtre?
Cela parait probable; peut-être aussi voulait-il venger le martyre que deux frères mineurs, Jean et Pierre, venaient de subir à Valence^ par ordre du roi Zeit Abou Zeit, que nous ne tarderons pas à voir se convertir au christianisme. Ces deux religieux, le premier prêtre, le second frère convers, envoyés en Aragon par saint François d'Assise lui-même, n'avaient pas tardé à passer dans le royaume de Valence pour y prêcher la foi chrétienne, et y avaient péri, victimes de leur zèle ^.
Saint Ferdinand faisait déjà campagne lors de l'arrivée du légat; mais celui-ci sut entraîner
I . La fête de ces deux bienheureux martyrs, Jean et Pierre, est célébrée le 3 septembre dans l'ordre de saint François.
baptême sous le nom de Ferdinand, et mourut en 1247. ^^^^ Abou Mohammed se fit également baptiser, mais beaucoup plus tard, en ia63 seulement; il prit le nom de Vincent.
La gloire de Dieu, Tavènement du règne de Jésus-Christ dans un plus grand nombre d'âmes, tel était Tunique but que se proposait Ferdinand en poursuivant ses conquêtes; il n*entrait dans ses plans ni l'intérêt, ni la pensée même de sa propre gloire; nous possédons à cet égard son affirmation expresse, dont la sincérité ne saurait être mise en doute, et que l'on ne peut davantage taxer de contraire à l'humilité chrétienne, car l'humilité véritable ne consiste pas à cacher les grâces que Dieu accorde, mais à être bien convaincu de son indignité et de sa faiblesse, à rapporter à Dieu tout le mérite de ses actes, à louer et à faire louer la puissance et la bonté divines en pubUant les bienfaits purement gratuits dont le Maître suprême rend l'objet qui bon lui semble. Interrogé un jour sur le motif qui lui faisait redoubler sans cesse ses attaques contre les infidèles, saint Ferdinand répondit en des termes qui constituaient une invocation solennelle au témoignage de la Divinité, et par con-
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ment^ Philippe III rompit brusquement cette tradition et chassa d'Espagne par un édit tous les Maures qui observaient encore Tislamisme. Se regardant comme le soldat du Christ, Ferdinand voulait que la guerre fût sainte. Il faisait porter en tète de son armée une statue de la Vierge Mère de Dieu; Tarchevèque Rodrigue ou, à son défaut, Tévèque de Placentia, Sanche, servait d'aumônier en chef aux troupes; l'un ou l'autre était secondé par un clergé nombreux, qui célébrait l'office divin, prêchait aux soldats la parole de Dieu, les exhortait à fréquenter les sacrements, et, selon les instructions formelles du roi, les pressait de se confesser et de communier avant chaque bataille. Ferdinand, durant les campagnes, n'omettait aucune de ses pratiques de piété; presque toujours il passait en prières la nuit entière qui précédait une prise d'armes, et toutes les fois qu'il marchait à l'ennemi, il portait sur la chair un cilice fait en forme de croix, qui lui couvrait la poitrine et les bras et qui était garni en dedans de pointes de fer. Il suspendait à l'arçon de sa selle une médaille de Marie, afin de pouvoir la regarder fréquemment, avec une pieuse confiance, du-
Ce fut le a3 septembre ia3o qu'Alphonse de Léon rendit le dernier soupir, emporté par une maladie rapide, au moment ob il se préparait à se rendre en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, pour rendre grâces au patron de l'Espagne de la prise de Badajoz; sa dépouille mortelle fut portée dans la baûlique de t'apôtre, et y fut ensevelie à côté de celle de Ferdinand II. Alphonse avait régné quarante-trois ans; il s'était fait aimer du clergé par ses libéralités, des misérables par une charité inépuisable et pleine de bienveillance. Il attribuait aux églises et aux monastères tout le butin qu'il remportait à la guerre. 11 ât rebâtir, sur un plan grandiose, la basilique de Cotnpostelle, il construisit à Léon
sait contre son fils une animosîté que rien n'avait pu vaincre et qui se fit jour jusque dans son testament. Vainement, en 1 204, à la mor qu'il avait eu de sa première femme, Thi Portugal, il avait lui-même fait reconna les États de son royaume les droits de Fe au trône de Léon; vainement il avait fait ver cette résolution par le pape Innoc vainement aussi, en iai8, après l'avëne Ferdinand au trône de Castille, le papi rius m avait confirmé les droits du jeun à celui de Léon : le testament du m défunt tenait poumon avenus des actes 1 nels et si décisifs; il instituait héritii royaume Sancie et Dulcie, les deux fille phonse avait eues de son premier mariag partis se formèrent aussitôt dans le L< évèques, regardant, et à juste titre, le te comme illégal, déclarèrent qu'ils étaient le serment de fidélité qu'Alphonse lui-m£ avait fait prêter à Ferdinand en iao4, t conséquence ils reconnaissaient ce prince le roi ; mais les infantes rallièrent à leur c chevaliers de Saint-Jacques, ainsi que lai des provinces de Galice et des Asturies . L
Léon. Le roi de Castille, qui s'était déjà mis en route, accéléra sa marche, rencontra sa mère à Orcaja et se dirigea avec elle sur Toro, la place du Léon la plus rapprochée de la Castille. Une députation de la noblesse de cette \ille se porta au-devant de lui, le rencontra à Yillalar, le salua pour roi et lui demanda de faire dès le lendemain son entrée dans Toro. Ferdinand ne manqua pas de déférer à ce vœu, et fut accueilli dans Toro par des acclamations unanimes. Partout ailleurs, les esprits, à l'exception du clergé, étaient beaucoup moins bien disposés à son égard : la réunion du Léon à la Castille déplaisait à presque tous, dit l'archevêque Rodrigue; la fierté des habitants ne pouvait admettre que le plus ancien des royaumes chrétiens de la péninsule cessât d'exister au profit d'un État de date beaucoup plus récente. Cependant les évoques affirmaient hautement les droits de Ferdinand, et celui-ci, de son côté, se conciliait les habitants, en les assurant que son intention n'était nullement de supprimer l'indépendance du Léon, mais qu'il était au contraire entièrement décidé à maintenir la vie propre et le titre de ce royaume. Les exhortations des évèques et les déclarations du prince
en formaient nécessairement un des mérites.
Aussi Thérèse reconnut- elle sans difficulté la légitimité des droits de Ferdinand et s'engageat-elle à obtenir de ses filles que celles-ci fissent leur soumission à ce prince et lui rendissent toutes les places qu'elles détenaient elles-mêmes, ou lui fissent rendre toutes celles qui étaient détenues en leur nom; mais en même temps Thérèse, et, en agissant ainsi, elle remplissait son devoir de mère, demanda et obtint pour les infantes une pension annuelle et viagère de trente mille pièces d'or. Comment ne pas admirer la grandeur d'âme d'une princesse qui, après s'être vue contrainte de descendre du trône sans l'avoir mérité, empêchait, par esprit de justice, ses filles de chercher à y monter et les obligeait à s'incliner devant le fils de celle qu'elle aurait eu sujet de ne regarder que comme une rivale? L'abnégation toute chrétienne de Thérèse de Portugal a été une des sources de l'unité de l'Espagne.
Ferdinand était resté à Léon; Bérengère lui annonça le succès de sa démarche : il s'empressa de ratifier les clauses du traité, que les infantes acceptèrent aussi. Peu après, le frère et les deux sœurs se rencontrèrent à Benavente, et une afiec-
les deux couronnes, bien que devant toujours rester distinctes, ne pourraient jamais être sé^ parées; en d'autres termes, il plaça ces deuit États sous le régime que le droit des gens mo« derne appelle l'union réelle. Il décida en outre qu'ils appartiendraient toujours à l'ainé des fils du roi défunt, et qu'ils ne pourraient échoir à une princesse que dans le cas où il ne survivrait aucun héritier mâle. Il omit de statuer sur la question de savpir dans quel ordre, à défaut d'héritier mâle direct, les branches collatérales seraient appelées à régner; plus explicite, plus précise, et par conséquent meilleure était sur ce point la constitution traditionnelle de l'ancienne monarchie française : elle appelait au trône, à défaut d'un héritier direct, le représentant aîné de la branche collatérale masculine la plus rapprochée du roi défunt.
La volonté nationale permettait à Ferdinand -d'édicter ainsi des lois de succession monarchique; nous avons dit que, dès le rétablissement d'une royauté chrétienne en Espagne, cette royauté, au lieu d'être élective comme au temps des souverains visigoths, avait été patrimoniale et héréditaire; en conséquence, nous l'avons
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aussi montré, le royaume pouvait être partagé entre les enfants du prince, maïs il ne pouvait l'être que par une dispoùtîon émanée du prince lui-même, et consistant, soit dans un acte publié par lui de son vivant, soit dans un acte de dernière volonté ; l'hérédité était donc, en réalité, plutôt testamentaire que naturelle, tout au moins en ce qui concernait les provinces conquises par le monarque qui réglait le sort de ses États : les territoires pris sur l'ennemi étaient regardés, en effet, comme la propriété privée du souverain ; autre différence, et fort importante, avec l'ancienne constitution française, selon laquelle le roi ne possédait rien en propre, et voyait même réunir au domaine de la couronne, lors de son avènement, toutes les terres et tous les biens qui lui avaient appartenu jusque-là. L'assentiment des grands, c'est-à-dire des évêques, des comtes et des barons, à la désignation par le roi de l'héritier du trône, n'était pas regardé comme une condition indispensable à la validité de ce choix, mais seulement comme une mesure de sécurité pour le prince qui en était l'objet.
Comme son aïeul maternel Alphonse de Cas-
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tille, comme son père Alphonse de Léon, Ferdinand III s'appuya sur le clergé et sur la bourgeoisie des villes pour réprimer l'esprit d'indépendance, les usurpations et les révoltes de la noblesse. Exempte du payement des impôts, pourvue de châteaux, de forteresses et de domaines considérables, elle était en mesure de tenir en échec le pouvoir royal, et, comme on a pu en juger, elle ne s'en faisait pas faute; les guerres contre les Maures, qui remplirent les vingt dernières années du règne de Ferdinand, ne lui laissèrent aucun répit pour fomenter des séditions; elles affaiblirent sa puissance, en lui apprenant à obéir, autant qu'elles accrurent celle de la royauté, en couvrant de gloire cette dernière. Ferdinand sut d'ailleurs trouver le véritable moyen d'amoindrir le rôle politique des nobles : ce fut d'accroître l'influence du tiers état. Chaque fois qu'il conquérait une ville sur les musulmans, il la peuplait d'habitants chrétiens, qui ne tardaient pas à devenir riches, et il dotait cette cité de privilèges importants : ainsi la fortune n'était f^lus le monopole des grands, et toute une portion du royaume échappait à leur domination. Sans doute, les villes de Castille et