‹ Saint Ferdinand III (1198?-1252)Chapitre 24 sur 28 · SAINT FERDINAND IH · texte numérisé non relu

SAINT FERDINAND IH

avec Témîr de Grenade ne laissaient d'autre champ à son zèle pour la délivrance de l'Espagne que Séville, Xérès et leur territoire respectif; ces deux cités s'étaient, on s'en souvient, érigées en États indépendants à la mort du Motaw^akkel; un assez grand nombre de villes secondaires relevaient d'elles. Durant son séjour à Jaën, Ferdinand médita le projet d'attaquer Séville ; il ne se dissimulait pas les difficultés de cette entreprise. Aucune place n'était plus forte, et par sa situation, et par le nombre et la vaillance de ses défenseurs. Le roi de Castille savait dans quelle large mesure il pouvait compter sur le dévouement et l'ardeur guerrière de son armée, il avait la certitude que l'annonce de son dessein serait accueillie avec allégresse ; son parti, en conséquence, était pris d'assumer encore cette nouvelle tâche, plus lourde, mais aussi plus décisive que les précédentes; mais, en même temps, il était trop ménager du sang de ses soldats pour ne pas s'enquérir avec soin des moyens les plus sûrs et les plus rapides de mènera bonne fin sa tentative. Il tint à Jaën un grand conseil de guerre, où les opinions furent partagées. Un certain nombre se mon-

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trèrent d'avis qu'avant d'assiéger Séville on s'emparât de toutes les places avoisinanles et que l'on dévastât la contrée, afin d'isoler cette ville et de la mettre hors d'état de renouveler ses forces et ses provisions ; à l'appui de cette manière de voir, on faisait observer qu'une semblable méthode avait toujours été suivie avec succès jusque-là. Mais le grand-maître de Saint-Jacques, Pelage Correa, et la plupart de ses chevaliers soutinrent que l'on risquait, dans ces attaques répétées, de perdre beaucoup d'hommes et de fatiguer les troupes, sans avoir la certitude d'affaiblir Séville ; on lui laisserait, au contraire, plus de temps pour préparer sa défense et pour appeler peut-être à son secours les Maures d'Afrique; l'armée chrétienne était pleine de courage et de confiance : il fallait la lancer sans retard a l'assaut de la dernière citadelle des musulmans d'Espagne ; quand cette citadelle aurait succombé, les places secondaires subiraient fatalement le même sort.

Ce fut h cette dernière opinion, dont les événements devaient démontrer la justesse, que se rangea Ferdinand. Il donna aussitôt les ordres nécessaires pour les préparatifs de l'ex-

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pédilîon, demanda des renforts à son nouvel allié, Témir de Grenade, puis se mit en marche à la tête de son armée. Il avait avec lui son frère Alphonse, Tinfant Henri son troisième fils, le grand-maître de Saint-Jacques et le grandmaître de Calatrava. On fit route par Cordoue, où l'on ne séjourna point, et Ton ne tarda pas à arriver en vue de Carmona, petite ville située à peu de distance de Séville; sans s'arrêter à en faire le siège, on dévasta en passant son territoire. Mohammed Ben Alahmar lui-même venait de rejoindre l'armée chrétienne, avec cinq cents cavaliers. Ferdinand, poursuivant sa marche, atteignit Alcala de Guadaira, dont il jugea utile de chercher à s'emparer. Le commandant de cette place n'était pas en mesure de résister longtemps; apprenant que l'émir de Grenade se trouvait parmi les assaillants, il lui fit apporter par des députés les clefs de la ville, espérant obtenir de lui un traitement meilleur que d'un monarque chrétien. Ben-Alahmar accepta ces clefs, mais, en vassal fidèle, il les remit à Ferdinand ; ce prince, à son tour, confia la place à son allié.

Toutefois, il prit soin lui-même de la mettre

en état de défense; mais, afin que le temps qu'il consacrait à cette occupation ne fût point perdu pour la poursuite du projet qu'il avait arrêté, il fit envahir la campagne de Séville par son frère Alphonse, et assiéger les villes de Carmona et de Xérès par les ordres militaires de Saint- Jacques et de Calalrava. Son sage conseiller, son ministre fidèle, l'archevêque Rodrigue, était mort l'année précédente (9 août i245), tandis qu'il faisait route pour rentrer en Espagne après avoir assisté au concile de Lyon. L'affection et la reconnaissance de Ferdinand, nous croyons l'avoir montré, étaient grandes pour tous ceux qui se dévouaient avec lui au service de la chose publique : aussi cette perte l'avait-elle affligé profondément; du moins, elle ne l'avait point troublé dans ses desseins, car il pouvait encore se reposer sur sa mère du soin de gouverner ses Etats en son absence. Mais cette dernière ellemême allait lui être enlevée. Le 8 novembre 1246, Bérengère succombait, sans qu'il eût eu la consolation de la revoir et de lui fermer les yeux. Il était encore à Alcala, quand il reçut la nouvelle de sa mort, avant d'avoir su qu'elle était malade et que l'on redoutait sa fin. Il ressentit

la plus vive douleur, maïs ne laissa cependant échapper aucune plainte; il accepta, au contraire, cette épreuve cruelle avec une entière résignation.

Ce fut pour sa piété filiale une satisfaction grande d'apprendre les regrets unanimes que laissait Bérengère et les honneurs inusités qui étaient rendus à sa mémoire. Cette princesse était, certes, digne de semblables témoignages d'affection et de respect : la Castille et le Léon, après des scissions toujours funestes et quelquefois sanglantes, devaient leur union à sa persévérance et à son habileté ; ils devaient à la sollicitude toute chrétienne dont elle n'avait cessé d'entourer Ferdinand, le meilleur monarque qui eût jamais régné en Espagne; adroite et ferme, énergique et douce, généreuse et constante, elle s'était fait écouter sans s'imposer, consulter sans provoquer les appels à son expérience, obéir sans commander ; elle avait été bonne pour tous : pour les églises et les monastères, qu'elle avait comblés de ses largesses, sans qu'il en coûtât rien au peuple chrétien ; pour la noblesse pauvre, qu'elle se plaisait à relever et à secourir, avec une délicatesse qui n'avait d'égale que l'a-

bondance de ses dons; pour la nation tout entière, qu'elle avait tant contribué à pacifier et à faire prospérer, dont elle avait respecté les libertés, diminué les charges et soulagé les misères ; pour les siens enfin, qu'elle avait aimés d'une affection utile et désintéressée, sans jalousie, sans importunité et sans esprit de domination.

Privé d'elle, Ferdinand se trouvait dans le plus grand embarras : pouvait-il poursuivre ses projets de conquêtes? sa présence, au contraire, n'était-elle pas nécessaire en Castille? Incertain de son devoir, il s'interrogeait lui-même, et sans doute aussi il priait Dieu de l'éclairer. A la fin, il prit le parti de retourner dans ses États héréditaires, et il quitta Alcala pour se rendre à Cordoue. Cependant, il hésitait encore, et, quand il fut arrivé dans cette dernière ville, il assembla son conseil, afin de lui demander avis. La réponse fut unanime : aucune affaire urgente n'appelait le roi en Castille, au lieu que tout délai donnerait aux Maures le temps de renouveler et d'accroître leurs forces. Ferdinand adopta cette manière de voir, et la reprise de la campagne fut décidée.

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