‹ Saint Ferdinand IIIChapitre 35 sur 64 · GUERRES DE EERDINAND CONTRE LES MAURE · texte numérisé non relu

GUERRES DE EERDINAND CONTRE LES MAURE

avec une impétuosité telle, qu'ils s’ouvrirent un passage à travers leurs rangs; se répandant alors parmi les bataillons débandés et terrifés, ils pas-

sèrent au fil de l'épée tous ceux qui leur résis-

tèrent ; se lançant enfin à la poursuite des fuyards, |

ils les harcelèrent jusqu’aux portes de Xérès, qui se trouvèrent trop étroites pour recevoir la foule des vaincus; un grand nombre de ceux-ci périrent donc encore ou furent faits prisonniers. Telle fut la bataille de Xérès, demeurée justement célèbre dans les annales de l'Espagne chrétienne ; le triomphe était si prodigieux, et les vainqueurs l’avaient obtenu avec des forces si inégales à celles de leurs adversaires, qu’ils refusèrent de s’en attribuer à eux-mêmesle mérite, et qu'ils estimèrent en être redevables à l'intervention directe des puissances du ciel. Des prisonniers, disent les Chroniques, racontèrent que, pendant la mêlée, ils avaient remarqué un chevalier dont la monture était d’une éclatante blancheur ;. ce chevalier tenait d’une main une épée étincelante et de l’autre un étendard blanc; il était escorté d'une petite troupe, dont les chevaux étaient semblables au sien, et qui portait partout, comme

lui, la terreur et la mort; cet escadron, conclu-

rent les auditeurs, ne pouvait être qu’un escadron

céleste, et son chef était certainement l’apôtre

saint Jacques.

Les pertes des chrétiens avaient été peu con-

sidérables : cette circonstance leur parut une

autre marque de l’action divine. Ils attachèrent

surtout beaucoup d'importance à ce fait que

tous les chevaliers avaient eu la vie sauve, à

l’exception d’un seul, dont le corps, d’ailleurs,

ne put être retrouvé; ce chevalier s’était obsti-

nément refusé à se réconcilier avec un de ses

compagnons d'armes, à moins que ce dernier ne

consentit à se laisser embrasser par lui; or, il

était doué d’une force prodigieuse, et plusieurs

fois, disait-on, feignant de se raccommoder avec

un rival, il l’avait étouffé en le serrant dans ses

bras. Les instances des prêtres, de don Alphonse

! et de son adversaire lui-même, qui le suppliait ON de lui pardonner de bon cœur s’il l'avait offensé, rien n’avait pu le faire renoncer à la condition suspecte qu'il prétendait imposer. Seul entre tous, il avait marché contre l'ennemi l’âme souillée ; sa disparition fut regardée comme une juste punition du ciel, et comme un avertisse-

ment pour ceux qui ne se prépareraient pas sain-

Le

LH tue: pet DAANP TE LA cou és A RUES 7 | GUERRES DE FERDINAND CONTRE LES MAURES.

tement à des combats livrés pour la gloire de Dieu. L'armée victorieuse rentra en Castille, chargée d’un immense butin ; dès le printemps de l’année suivante (1234), les opérations recommencèrent. Les ordres militaires, sous la conduite d'Adam,

évêque de Placentia, s’emparèrent de Truxillo,

de Magacela, de Medellin et d’Alhanga, tandis

que Ferdinand, à la tête de l’armée, assiégeait Ubeda; la citadelle de cette place se rendit le 29 septembre : les termes de la capitulation accordaient à la garnison le droit de se retirer librement, sans payer de rançon.

Cette nouvelle conquête était à peine achevée, qu'une épreuve cruelle venait frapper le roi de Castille : la reine Béatrix, qu'il aimait d'une affection si tendre, lui était enlevée par la mort. Les récits du temps sont avares de détails sur cette princesse ; ils se bornent presque à énumérer les enfants dont elle devint mère, estimant sans doute que c’est assez faire son éloge de montrer qu'elle remplissait vaillamment son devoir de reine, en donnant à sa patrie d’adoption des princes capables de la servir un jour. Ils louent toutefois sa piété, et leur silence, en

ce qui concerne son caractère, semble bien

indiquer chez elle l'esprit de déférence et de soumission à l’égard de son mari, la douceur et la bonté. Cette petite-fille de Frédéric Barberousse était, selon toute apparence, une Allemande paisible, adonnée entièrement à son rôle d’épouse et de mère. Son fils Alphonse X, à qui nous devons également la relation de la guérison de Ferdinand, obtenue par Bérengère au sanctuaire de Notre-Dame d'Oüa, raconte que, cinq ans avant de mourir, elle avait été délivrée subitement, en sa présence, d’une fièvre qui la mettait à toute extrémité. Le roi faisait alors le siège de Capilla ; comme cette place tardait à se rendre, il avait prié la reine de venir s'installer à Concha, ville de la Vieille Castille, située à peu de distance ; Béatrix, qui était dans un état de grossesse avancée, supporta mal les fatigues du voyage et, à son arrivée, tomba si malade qu’un médecin de Montpellier, nommé Pierre, qui la soignait, désespérait de sa vie. Elle demanda qu’on lui apportât une statue de la sainte Vierge, devant laquelle elle aimait à prier. Voici, dit-elle, en la prenant dans ses bras, celle qui me guérira. Elle l’invoqua avec ferveur, et se trouva aussitôt rétablie.

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Ce fut à Toro qu’elle rendit le dernier soupir; son corps fut porté à Burgos et inhumé au monastère de las Huelgas; après la mort de Ferdinand, on le transféra à Séville et on le déposa à côté de celui du roi son époux.

Ferdinand avait l’âme trop haute et trop chrétienne pour se laisser abattre par la douleur, et même pour se laisser distraire, par le coup qui le frappait, de la mission libératrice qu’il s'était imposée. Lors de l'invasion du territoire de Cordoue par les troupes castillanes, Mohammed Motawakkel Ben Houd s'était, nous l'avons vu, interrompu brusquement dans ses conquêtes en Andalousie et avait appelé sous l’étendard du Prophète tous les musulmans contre l’ennemi commun; Arjona, Cadix, Jaën, Ubeda étaient, en conséquence, demeurés sous la domination d’Abou Abdallah Mohammed Ben Naser Ben Alahmar; mais, quand ce dernier eut perdu la place d'Ubeda, Mohammed Ben Houd marcha contre lui avec une forte armée. Les chrétiens profitèrent de cette rivalité, qui leur laissait toute liberté d’agir, pour envahir le territoire d’Andujar, qu’ils ravagèrent. Ils

firent de nombreux prisonniers, et ils apprirent

d’eux que la ville de Cordoue était mal gardée, et qu’il était facile de s’en emparer par un coup de main. Quelques habitants maures de cette place, ajoute l'archevêque Rodrigue, étant mécontents de ceux qui la gouvernaient au nom du Motawakkel Ben Houd, firent même offrir aux Castillans de les seconder dans leur entreprise, s'ils se décidaient à la tenter.

L'expédition fut aussitôt résolue. Le plan convenu consistait, en premier lieu, dans l'attaque nocturne du faubourg d’Ascharkia ; ce faubourg était clos par un mur, qui formait à la ville une première enceinte. L’on était aux premiers jours de l’année 1236; les nuits étaient pluvieuses et obscures, ce qui permettait à la petite armée chrétienne de s’avancer sans être aperçue. Celle du 7 au 8 janvier fut choisie pour l'assaut; plusieurs chrétiens, qui habitaient le faubourg et que l’on avait eu soin de prévenir du mouvement que l’on préparait, étaient venus se proposer pour guides. L’on s’approcha de la muraille dans le plus grand silence, en portant des échelles; personne ne faisait le guet sur le rempart. « Tout va bien, dit un des guides, nommé

Dominique ; faisons le signe de la croix, recom-

mandons-nous à la sainte Vierge et au glorieux apôtre saint Jacques ; puis lancons nos échelles de corde, et, si nous ne pouvons parvenir à les accrocher, appliquons à la muraille nos échelles de bois; ceux d’entre nous qui parlent la langue des Maures et qui portent leur costume, monteront d’abord, afin que leur présence ne donne point l’alarme. »

Le conseil était bon; il fut adopté ; on jeta des échelles sur une des tours qui, de distance en distance, garnissaient le mur d'enceinte. Deux chevaliers, Alvaro Colodro et Benoît de Baños, s’élancèrent les premiers; plusieurs autres, coiffés comme eux du turban, grimpèrent à leur suite. Parvenus au sommet, ils se trouvent en présence de quatre soldats maures, que leur ascension a réveillés, quelques précautions qu'ils eussent prises pour éviter tout bruit. L'un d’eux est de ceux qui ont promis leur concours à l’armée chrétienne; il reconnaît Alvaro Colodro et lui dit à l'oreille : « Débarrassez-vous de mes trois camarades, et je me charge du reste ». Les chevaliers se saisissent des trois soldats, les bâillonnent et les précipitent au bas de la muraille. Les

chrétiens les achèvent, puis montent rejoindre

les premiers assaillants. La première tour est prise, on y laisse une garde suffisante, puis on s’avance sur le rempart, et l’on s'empare des autres tours que l'on rencontre au passage; on arrive à une porte, dite de Martos, dont on se rend maître également; on l’ouvre, et la cavalerie castillane, commandée par Pierre Ruis Tafur, frère d’Alvaro Pérès de Castro, pénètre dans le faubourg.

Le jour paraît, et les Maures s’apercçoivent de l'invasion; ils s’enfuient dans la ville, mais les agresseurs les poursuivent et en tuent un grand nombre. Cependant la garnison de la ville s’est mise en état de défense, et se prépare à tenter une sortie pour chasser les chrétiens. Ceux-ci se barricadent dans le faubourg, et dépêchent trois courriers : l’un à Alvaro Pérès, qui se trouve dans le voisinage, à Martos, à la tête d’un corps d'armée, et qui accourt aussitôt porter secours aux assaillants; un autre à un chevalier, nommé Ordogno Alvarès, avec ordre de répandre partout la nouvelle de ce quise passe et de réclamer des renforts; un troisième enfin à Ferdinand, qu’il rejoint à Benavente, dans le Léon.

Le roi allait se mettre à table, lorsque le mes-

RÉ DE RDIN pi 1 LES MAURES.

Pc lui fut remis. Il monta à cheval à Pisstnt même, preserivit que l’on mandât sans délai à la chevalerie, aux ordres militaires et aux milices des villes de venir le retrouver le plus tôt possible devant Cordoue, et partit immédiatement pour cette ville, suivi de cent hommes d’armes à peine. Le temps était affreux; toutes les rivières étaient débordées; il n'y avait point de ponts pour les traverser, et il était difficile de les passer à gué. Aussi Ferdinand, loin de rencontrer des renforts sur son passage, dut, au contraire, semer le long de sa route la majeure partie de sa petite escorte, et ce fut avec trente hommes seulement qu'après quatre jours de marche forcée il arriva devant Bienquerencia, Ja ville d'Andalousie la plus rapprochée de la frontière castillane. Le gouverneur, instruit de sa présence, se rendit auprès de lui; Ferdinand lui demanda de le laisser prendre possession de cette place ; il refusa; le roi reprit sa course, et rejoignit promptement les assiégeants. Alvaro Pérès de Castro et Ordogno Alvarès étaient déjà parmi eux; les Castillans s'étaient maintenus jusque-là dans le faubourg, mais les sorties con-

tinuelles qu'ils essuyaient de la part de la garni-

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no à son, les affaiblissaient de jour en jour et rendaient leur position presque intenable, Les renforts n’arrivaient pas, et l’on craignait d’être cerné par les troupes de Mohammed Ben Houd; ce dernier, lui aussi, avait reçu des messages le suppliant de se porter au secours des croyants menacés dans une de leurs plus importantes possessions; il s'était hâté de rassembler son armée et de se diriger vers Cordoue.

Mais Ferdinand, dont la science militaire égalait la bravoure, ne se contenta pas de relever par son énergie les courages abattus, il prit, dès son arrivée, les dispositions les plus habiles pour intercepter les communications des assiégés avec le reste du pays. Située sur la rive droite du Guadalquivir, la ville de Cordout

était reliée à la rive gauche par un pont, dont

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un fort défendait l’accès. Se rendre maître de ce fort et du pont, tel était le moyen d’empèécher les assiégés de se ravitailler : ainsi en jugea le roi, du premier coup d’œil. En conséquence, il fit en toute hâte construire des barques légères, les unes de bois, les autres de euir; il y fit monter un certain nombre de ses soldats, et il

y monta lui-même; puis, abordant ainsi par

à “ PAL ua A 7 : 4 Y, EUA s x di Le M Ja PIRE

© GUERRES DE FERDINAND CONTRE LES MAURES. 5 | eau le fort, l’épée à la main, il réussit à s’en emparer.

Cependant les troupes qu’il avait convoquées commençaient à le rejoindre; Mohammed Ben Houd qui, à la tête de son armée, était déjà arrivé à Ecija, à douze lieues de Cordoue, y apprit que les assiégeants se trouvaient maintenant en assez grand nombre; ses troupes ne laissaient pas d’être beaucoup plus considérables; mais il connaissait trop la valeur castillane pour ne point hésiter à se mesurer avec des adversaires si redoutables. Il se résolut donc à ne continuer sa marche que lorsqu'il aurait acquis la conviction d’un succès facile et certain; avant tout, il entendait être parfaitement renseigné sur l'importance des forces ennemies. Il avait dans son camp un chevalier chrétien, qu’il favorisait de sa plus entière confiance; ce chevalier, pommé Lorenzo Suarez, était un noble galicien, que Ferdinand avait banni à perpétuité de ses États, à cause des violences et des rapines qu'il avait commises en Léon, sous le règne d’Alphonse IX. Suarez, tout en continuant à manifester hautement un vif ressentiment contre

son roi, brûlait du désir d’obtenir son pardon :

l’occasion lui parut propice, et il n’hésita pas à la mettre à profit. Il approuva donc la prudence de Mohammed Ben Houd, déclara qu'il était

en effet indispensable de savoir exactement à

quel chiffre s’élevaient les troupes assiégeantes,

et s’offrit à jouer le rôle d’espion. Ben-Houd y consentit volontiers, et Suarez partit avec trois chevaliers chrétiens, qui avaient peut-être jadis participé à ses méfaits, qui, en tout cas, l'avaient suivi dans son exil et dans sa défection; lorsqu'il fut parvenu près du camp des Castillans, il mit pied à terre, ainsi que celui de ses compagnons en qui il estimait pouvoir le plus sûrement se fier ; il laissa les chevaux à la garde des deux autres chevaliers, en prescrivant à ces derniers d’attendre son retour sans bouger. Il pénétra alors dans le camp sans être remarqué et, abordant un officier du roi, il lui demanda de l'introduire auprès de celui-ci, à qui, dit-il, il avait à communiquer des nouvelles de la plus haute importance. Il était déjà tard, et Ferdinand était couché; l'officier lui fit part néanmoins de la demande que lui-même venait de recevoir, et le roi donna ordre qu’on fit entrer le chevalier.

Reconnaissant Suarez : Qui vous rend si hardi,

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| GUERRES DE FERDINAND CONTRE LES MAURES. 97 | luidit-il, de vous présenter devant moi? — Sire, répondit Suarez, Votre Altesse{, en me bannissant de ses États, m'a fait un mal qui, je l’espère, se changera en bien pour Elle et pour moi.

Alors, il lui fit part des hésitations de Mohammed Ben Houd, et ensuite il lui demanda ses ordres. Avant de se prononcer, Ferdinand voulut connaître l’avis du chevalier. — Si Votre Altesse daigne m'en croire, reprit Suarez, Elle fortifiera son camp avec soin, Elle y retiendra ses soldats pendant plusieurs jours, Elle exercera une surveillance active, afin qu’il n’y pénètre aucun espion, Elle doublera les feux durant les nuits prochaines, en un mot Elle fera tout ce qui sera possible pour que son armée paraisse extrêmement nombreuse, et surtout pour que Ben- . Houd ne puisse faire contrôler l'exactitude de la | réponse que je me propose, s’il plaît à Votre Altesse, de lui donner dans ce sens; j’ajouterai qu’il courra de grands risques s’il décide de vous attaquer. Il prendra certainement son parti d'ici

à trois jours ; je le ferai connaître à Votre Altesse

| | 1. Celsitudo Vestra, porte la Chronique.

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par le chevalier qui m’a accompagné. Si, contrairement à ce que je suppose, Mohammed marche centre les assiégeants, j’accourrai parmi ces derniers pour combattre dans leurs rangs. — Votre avis est bon, dit le roi; suivons-le l’un et l’autre;

je vous fais grâce.

Suarez partit aussitôt, rejoignit les chevaliers 1

à qui il avait ordonné de l’attendre, et rentra avec eux en toute hâte à Écija; il y arriva à la fin de la nuit, et se rendit immédiatement auprès de Ben-Houd, L’armée chrétienne est très forte, lui dit-il, et son camp admirablement défendu. — Que dois-je faire? répondit Mohammed. — Je ne me permettrais pas de vous donner des

conseils, reprit Suarez. Ben-Houd remit au ma-

ün sa décision ; à son réveil, il reçut un courrier,

qui lui était envoyé de Valence par Dschomail 3

Ben Zeyan : ce prince le sollicitait de lui prêter main-forte contre Jaime I d'Aragon. Il assembla son conseil, et tous déclarèrent qu’il importait de ne pas laisser la province et la ville de Valence tomber au pouvoir des chrétiens. Ben- Houd se rangea facilement à cet avis, soit qu'il jugeàt la place de Cordoue en mesure de se dé-

fendre sans son concours, soit qu’il pensât pou-

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| PES FD AT, 5 du : af 2 LUNA 17 a à nt) CUP tt Re ERRES DE FERDINAND CONTRE LES MAUR voir la reprendre facilement, si l’armée castillane venait à s’en emparer. Il partit done, suivi de toutes ses troupes, et fit route pour le port d’Alméria, sur la Méditerranée; son dessein

était de s’y embarquer, afin de gagner Valence

par mer, cette voie lui paraissant la plus rapide.

Le gouverneur d’Alméria le reçut avec les plus grandes marques de respect et d'amitié, lui offrit un festin splendide et, la nuit suivante, le fit étouffer pendant son sommeil. Ses vertus et ses exploits furent chantés en beaux vers par le poète Mohammed Asabarri; sa mort privait les musulmans du meilleur chef qu’ils eussent alors en Espagne.

Les habitants de Cordoue, en apprenant qu'ils ne seraient pas secourus, étaient tombés dans le désespoir, tandis que la nouvelle avait doublé la confiance et l’activité des assiégeants. Lorenzo Suarez avait réussi à quitter sain et sauf l’armée de Ben-Houd, et il avait même pu amener à Ferdinand tous les chrétiens qui étaient au service du Motawakkel. Les troupes royales augmentaient sans cesse en nombre, et les opérations étaient poussées avec vigueur. La ville

était maintenant bloquée de toutes parts, et la

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famine s’y faisait cruellement sentir. Sur les instances de la population, lasse de souffrir, les chefs de la place entamèrent des négociations dans le but d'obtenir une capitulation avantageuse. Ferdinand n’accorda aux assiégés que la promesse de la vie et de la liberté; leurs biens leur seraient enlevés, mais ils auraient le droit de se retirer où bon leur semblerait.

Il fallut bien en passer par ces conditions;

Cordoue ouvrit ses portes, et le 29 juin 1236, fête

des saints apôtres Pierre et Paul, le roi de Castille et de Léon fit son entrée dans cette illustre cité que les Maures avaient possédée durant cinq cent vingt-cinq ans et qui avait été si longtemps la capitale du califat d'Espagne.

En peu de jours, grâce aux soins de Ferdinand,

elle redevint catholique. Une eroix fut plantée à

sur la plus haute tour de l’admirable mosquée qu’avaient construite les Ommiades; cette mosquée fut elle-même changée en une église, que l’on dédia à la sainte Vierge; Jean, évêque d’Osma, la purifia, puis y célébra la messe, en présence du roi, des membres du clergé qui avaient accompagné l’armée, des ordres mili-

taires, des chevaliers et des soldats; le chant du

| GUERRES DE ! ERDINAS

Te Deum et une sr solennelle d’action de grâces complétèrent ce triomphe chrétien,où les vainqueurs, loin de songer à eux-mêmes, n’envisageaient que la gloire du Dieu Sauveur, qui rentrait en maître dans une cité d’où le Croissant l'avait autrefois banni. Enmêmetemps, l’étendard de Castille et de Léon flottait sur l’Alcazar.

Ferdinand fit revivre l’ancien siège épiscopal et le dota richement. Dans la mosquée devenue cathédrale, il retrouva les cloches qu'Almanzor, en 990, avait enlevées du sanctuaire de Saint- Jacques de Compostelle et qu il avait fait transporter jusque-là, depuis le lieu où il les avait prises, sur les épaules d’ esclaves chrétiens ; elles servaient de lampes, le culte musulman ne faisant point usage de cloches. Le roi, pour venger l’outrage qui avait été fait jadis à la religion chrétienne et à ses fidèles, ordonna qu’elles Re fussent reportées à Compostelle sur les épaules d'esclaves maures; cet acte de réparation écla- 2 tante et sévère causa dans toute l'Espagne ca- AL tholique une joie inexprimable.

Les musulmans quittèrent Cordoue, abandon-

nant leurs maisons et leurs biens, selon les

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clauses de la capitulation; ils se retirèrent dans

les villes d’Andalousie où flottait encore l’étendard du Prophète; Ferdinand attribua leurs richesses à ceux de ses sujets qui viendraient se

fixer dans la cité reconquise, et une popula- à

tion nouvelle ne tarda pas à affluer, attirée par la douceur du climat, par la fertilité du pays, plus encore par les rares avantages qui lui étaient “4

assurés.

Le pape Grégoire IX apprit avec la satisfac-

+ Di

; tion la plus vive la nouvelle de la prise de Cor-

doue; et spontanément il autorisa le roi de : Castille et de Léon à lever pendant trois ans un subside de vingt mille doublons sur le clergé de ses États, afin de pourvoir aux frais que nécessiterait la continuation de la guerre contre les Infdèles; en même temps, il exhortait Ferdinand à poursuivre cette lutte. Le roi accepta cette subvention; mais jamais, de lui-même, il ne demanda au clergé aucune contribution pécu- À niaire : « Je n’attends de l'Église et de ses ministres, disait-il, d’autres secours que celui de

leurs prières. » Nous avons dit déjà quel ordre | régnait dans ses finances et combien était léger,

sous son gouvernement, le poids des impôts.

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Il rentra en Castille après la prise de Cordoue, et gagna directement Tolède, où sa mère Bérengère gouvernait en son absence, avec cette application et cette sagesse dont elle avait donné précédemment tant de marques; elle prenait soin d'entretenir d'hommes, de vivres et de munitions les armées de son fils, comme de maintenir l’ordre et la sécurité dans les deux royau-

mes de Castille et de Léon, de telle sorte que Ferdinand, libre de toute préoccupation à l'égard de ses États, où régnaient le calme et la prospérité, pouvait se consacrer tout entier à la tâche patriotique et chrétienne qu'il avait assumée.

Sans doute aussi, la reine-mère surveillait-elle l'éducation de ses petits-fils; notre temps, qui s'intéresse d’un facon si vive à tout ce qui a trait à la formation de la jeunesse, ne laisse pas de savoir mauvais gré aux chroniqueurs du Moyen Age de ne raconter pour ainsi dire jamais comment furent élevés les princes dont ils se sont donné mission de retracer la vie; assurément il nous est facile de nous rendre compte que l’instruction militaire chez les princes, le travail ma-

nuel chez les princesses, l’instruction religieuse

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