S DE FERDINAND CONTRE LES MAURES
chez les uns et les autres, formaient les principaux objets de l’enseignement qu'ils recevaient; mais nous aimerions à connaître quelle part prepaient les parents à cette œuvre toujours difficile, comment notamment un monarque tel que Ferdinand III, que l'Église a placé sur ses autels et qu’elle nous propose pour modèle, comprenait Ÿ et remplissait le devoir paternel.
Bérengère n'avait cessé de pleurer la mort de sa belle-fille; elle connaissait, elle admirait la vertu de son fils, mais elle savait aussi de quelle tendresse de cœur était doué Ferdinand; elle le voyait jeune encore (il n’avait que trente-huit ans), et d’autant plus exposé, malgré sa fermeté d’âme et son esprit tout chrétien, à accepter, sinon à rechercher des consolations illicites, que sa douleur demeurait plus vive et que ses regrets étaient | plus amers; son désir était donc de le remarier. Pour aborder avec lui ce sujet délicat, elle ne pouvait invoquer l'intérêt de l'État, car ses petitsfils étaient assez nombreux pour que l’avenir de la dynastie parüt assuré; elle n’avait d’autre ressource que de représenter à son fils, avec la franchise d’une âme qui cherche avant toute chose
le règne de Dieu dans les cœurs, combien, chez
nent D PERD FAN
un état dangereux pour le salut. Son langage fut si élevé et si persuasif, que Ferdinand lui déclara qu'il entrait pleinement dans ses vues, et qu'il s'en remettait à elle du soin de lui trouver une épouse ornéedes mêmes mérites que Béatrix. Telle
était l'humilité du saint roi, telle était sa défiance
à l'égard de ses propres forces : la pratique cons-
tante de la chasteté chrétienne, selon les divers
états qu'il avait traversés, l'intention ferme qui
l'animait de demeurer fidèle à cette vertu, lui
laissaient la crainte de la faiblesse humaine et l'incertitude de la persévérance.
Bérengère se hâta d’user de la permission que Jui donnait Ferdinand; ce fut à la reine douairière de France, sa sœur, qu’elle demanda une seconde femme pour le roi de Castille et de Léon. Blanche s'empressa de déférer à ce vœu : elle arrêta son choix sur Jeanne de Ponthieu, fille de Simon, comte de Dammartin, qui était devenu comte de Ponthieu et d'Aumale par suite de son mariage avec Marie de Ponthieu; cette dernière était
elle-même fille de Guillaume III de Ponthieu et
d’Alix de France, et petite-fille du roi Louis VII
un prince, le veuvage, plus encore peut-être que 5
le célibat qui n’a point cessé par le mariage, est
le Jeune. Jeanne fut conduite en Espagne, sous une escorte française, et son mariage avec Ferdinand fut célébré à Burgos, en 1237. Elle était fort belle, et son caractère était aussi doux et aussi affectueux que celui de Béatrix; Ferdinand l’aima avec la même tendresse qu'il avait aimé sa première femme; il ne pouvait se séparer d'elle, et il l’'emmenait avec lui dans ses campagnes : il l'installait dans un lieu sûr, aussi proche que possible du théâtre des hostilités, et il lui
faisait visite aussi souvent que les circonstances
r. Le P. de Ligny se trompe, en disant (pp. 171 et 172) que Ferdinand et Jeanne n’étaient pas parents; son erreur provient de ce qu’il croit qu’Alix de France, comtesse de Ponthieu, était fille d’Alix de Champagne, troisième femme de Louis VIT, alors qu’elle était en réalité fille de Constance de Castille, deuxième femme de ce prince. Constance de Castille était fille du roi Alphonse VIIT, bisaïeul de Ferdinand IIT et en même temps son trisaieul, Ferdinand et Jeanne étaient donc cousins, par Alphonse IX de Léon, du troisième au quatrième degrés canoniques; ils l’étaient en outre au quatrième degré par Bérengère de Castille; or, le mariage, aujourd'hui encore, est prohibé dans l’un et l’autre cas sans la permission de l’Ordinaire, L'on ne s’aperçut point de cette double parenté lors du mariage de Ferdinand et de Jeanne, qui fut célébré sans dispense; l’on ne s’en aperçut pas davantage par la suite, et le Saint- Siège, qui ne la remarqua pas non plus, ne souleva jamais aucune difficulté.
GUERRES DE FERDINAND CONTRE LES MAURES. 107 le lui permettaient. L’hiver interrompait les opérations militaires; le roi et la reine le passaient ensemble, en Castille ou en Léon, dans la compagnie de Bérengère. Le plus parfait accord régnait entre tous les trois; animés d’une égale ferveur, ils vaquaient en commun à leurs exercices de piété; le bien de l’État les préoccupait au même degré; s’éclairant mutuellement de leurs lumières, ils apportaient aux affaires un semblable concours. Jeanne donna à son mari deux fils, Ferdinand et Louis, qui survécurent à leur père, mais peu de temps, et une fille, Éléonore!, qui hérita du comté de Ponthieu et du comté de Montreuil et les apporta en dot au prince héritier d’Angleterre, depuis roi sous le nom d’Édouard I”, qu’elle épousa en 1254.
1. Ferdinand fut l’aîné, Éléonore naquit ensuite, Louis vint au monde le dernier.