E FERDINAND
d’or : la moitié de cette somme était destinée à la ville même, l’autre moitié devait être distribuée dans les localités voisines. Ces secours n'ayant point sufli, Ferdinand chargea Alvaro Pérès de Castro d’en porter d’autres plus considérables. L'illustre capitaine s’acquitta de cette fonction avec beaucoup de zèle et la plus grande équité ; la comtesse sa femme l'avait accompagné; au moment de retourner auprès du roi pour lui rendre compte de sa mission, il la laissa dans la forteresse de Martos, avec Tellès, son neveu, et une très faible garnison. Cette imprudence faillit coûter cher à son auteur et à Ferdinand. Mohammed Ben Alahmar apprit que le château de Martos était presque dépourvu de défenseurs, et il accourut pour en faire le siège. Les Chroniques racontent ici une série de faits difficiles à croire ; mais, quelque large part qu’il convienne de faire à l'imagination ou à l’exagération castillanes, il n’en reste pas moins vrai qu’un prodigieux élan d’héroïsme animait alors les chrétiens d’Espagne, et jusqu’aux femmes elles-mêmes, et les rendait capables d’efforts inouïs pour défendre leurs conquêtes ou s’en faire de nouvelles. Le récit est
trop curieux: pour être passé sous silence : le
Sr
jour où Mohammed Ben Alahmar se présenta devant le château de Martos, Tellès était sorti dans la campagne avec ses hommes, pour leur faire faire la petite guerre ; la comtesse était seule avec ses suivantes; voyant approcher Mohammed et sa troupe, elle ferma avec soin toutes les issues et ordonna à ses femmes de monter au haut des tours, après s'être arrangé les cheveux à la manière des hommes, afin de faire croire aux ennemis que la place était défendue et de laisser ainsi à Tellès le temps de revenir, Tellès ne tarda pas à savoir ce qui se passait, et il se rapprocha en toute hâte du château; mais il hésitait à se frayer un passage à travers l’armée ennemie, avec une si faible escorte. Dias Pérès de Vargas, un de ses chevaliers, l’exhorta à payer d’audace : c'était le même gentilhomme qui, le matin de la bataille de Xérès, avait cherché en vain à fléchir par sa condescendance un rival félon ; il avait fait preuve, au cours de cette journée, de la pluséclatante bravoure : sa hache et son épée ayant été successivement brisées, il s'était armé d’une grosse branche d’olivier, dont il abattait tous ceux qui l’approchaient; le voyant ainsi s’escri-
mer, Pérès de Castro lui criait de temps en temps :
Machuca, Machuca (assomme) ; le surnom lui en était resté et devait passer à ses descendants. Il faut nous ouvrir un passage ou mourir, dit-il à ses compagnons ; à ces mots tous, sans hésiter, piquent des deux, fondent sur l’ennemi, rompent et franchissent ses lignes et rentrent au château, non sans avoir toutefois perdu bon nombre d’entre eux. Mohammed Ben Alahmar crut que la garnison de Martos était beaucoup plus forte qu’on ne le lui avait dit, et il leva le siège.
Alvaro Pérès de Castro, ayant rejoint le roi, avait sollicité et obtenu de lui de nouveaux subsides en faveur des habitants de Cordoue: il se remit en route pour aller procéder à leur distribution; mais, atteint par la maladie, il dut s’arrêter à Orcaja, où il succomba au bout de quelques jours. Ferdinand ressentit un vif chagrin de sa mort; il perdait son meilleur et son plus fidèle capitaine, au moment où il avait le plus besoin de lui. La reconnaissance, vertu si rare, quoique si nécessaire, chez les princes, était de celles que le saint roi de Castille pratiquait en toute occasion : il fit faire à Pérès de Castro des funérailles dignes de sa vaillance et des services
qu'il avait rendus à son pays. Aussitôt après, il