PREFACE XVII
sée de Sa Sainteté Léon XIII. Sans perdre de vue le moine, l'ascète, le thaumaturge, nous avons voulu aussi mettre en relief l'homme qui connut son siècle, l'aima, se recueillit dans la solitude pour y chercher un remède aux maux de son époque, et en sortit à l'heure opportune, sous l'impulsion d'une force supérieure, pour travailler d'abord à réformer la discipline monastique, puis à faire pénétrer le même esprit de réforme dans les entrailles de la société.
Pour raconter les diverses phases de ce mouvement religieux, le plus grandiose qu'offrent les annales du christianisme depuis sa fondation, nous avons interrogé les sources primitives, fouillé les bibliothèques de Paris, de Turin, de Florence, et profité des manuscrits que le duc de Mirepoix a eu l'obligeance de mettre à notre disposition. C'est sur les écrits des contemporains du séraphique François et sur les Annales de YVadding que se base notre récit. Il faut l'avouer, la figure dessinée dans ces ouvrages a des proportions tellement gigantesques, qu'on est tenté au premier abord de prendre la réalité pour une fiction. « Et pourtant nous avons la preuve que le caractère réel de François d'Assise répond exactement au portrait qui est resté de lui (1). »
Renan, qui nous fournit cette réponse victorieuse, y met une restriction que nous devons si-
]. Nouv. Etud., etc., p. 32o,
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gnaler : « Sauf les circonstances miraculeuses. » Dans cette restriction se dévoile tout le plan de l'école rationaliste, lequel se résume en deux mots : exclure de l'histoire le surnaturel, et refuser au Créateur le droit de déroger aux lois de la nature.
Mais que nous importe un parti pris qui résiste aux preuves les plus irréfutables? Nous n'avons point à prouver ici l'existence du surnaturel : cette vérité s'impose depuis soixante siècles aux croyances de l'humanité. Nous n'avons pas non plus à en définir le caractère, diabolique ou divin : le Saint-Siège l'a fait avec la haute autorité qui lui appartient. Nous racontons et nous apprécions les événements, nous fondant sur la science et la véracité des témoins, non moins que sur l'authenticité de leur récit, et nous gardant comme d'un crime d'altérer ou de mutiler les faits, qu'ils dépassent ou non les forces de la nature. C'est notre droit; c'est aussi notre devoir, et' l'on nous saura gré de l'avoir accompli sans jamais transiger avec la fausse science ni avec les préjugés.
Du reste, pour réfuter Renan, nous n'avons qu'à citer ce qu'il écrit lui-même à la page suivante : « Pour être toute légendaire et tout imprégnée de surnaturel, la vie de François d'Assise ne nous en est pas moins bien connue... La beauté du portrait appartient cette fois à l'original, et non au génie du peintre qui l'a tracé (1). » Le témoignage