‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 103 sur 347 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

que laconique, que nous enchâssons avec bonheur dans noire récit. « Moi, votre tout petit frère François, je veux suivre la vie et la pauvreté de notre très haut Seigneur Jésus et de sa très sainte Mère, et y persévérer jusqu'à la fin. Je vous prie aussi, vous toutes que je considère comme mes Dames, et je vous conjure instamment de vous conformer toujours à cette vie et à cette glorieuse pauvreté. Gardez-vous bien de vous en écarter jamais en quoi que ce soit, et d'écouter là-dessus des maximes et des conseils contraires (1). »

La vierge séraphique était digne d'entendre un si noble langage. «Venez, disait-elle gracieusement à ses filles après la lecture de cette lettre, venez comme des colombes vous abriter dans le petit nid de la sainte pauvreté. » Elle ne se montra pas moins jalouse que le saint Patriarche d'observer ce vœu, qui confond la sagesse humaine, de renoncer à perpétuité pour elle et pour son Ordre à toute propriété; et l'on sait avec quelle invincible fermeté elle résista, plutôt que d'y contrevenir, aux pressantes sollicitations des Souverains Pontifes eux-mêmes. Grégoire IX alla un jour jusqu'à la presser d'accepter quelques possessions pour son Ordre, à cause du malheur des temps. « Si c'est votre vœu qui vous arrête, ajouta-t-il, nous vous en délierons. — Saint-Père, répondit-elle, je serai heureuse d'être délivrée de mes péchés, mais je ne veux pas d'une absolution qui me dispenserait de suivre les conseils évangéliques (2). » Enfin, à force d'ins-

i. Œuvres de saint François d'Assise, p. I, ép. v. — 2.Ac(a SS., Vie de sainte Claire, 12 août, p. 758.

tances, elle obtint d'Innocent IV le privilège de la pauvreté perpétuelle, le seul qu'on n'ait jamais sollicité en cour de Rome ; et le Pape écrivit lui-même une lettre que nous insérons ici comme un monument unique dans les annales de l'Église :

« Innocent, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à sa bien-aimée fille en Jésus-Christ, Claire et aux autres sœurs du monastère de Saint-Damien d'Assise, salut et bénédiction.

« Puisque vous désirez vous consacrer à Dieu seul et renoncer à toutes les choses temporelles, vendant vos biens et en distribuant le prix aux pauvres, pour suivre dans le dénûment le plus complet le Pauvre divin qui est la voie, la vérité et la vie, rien ne pourra vous arracher à cette sainte résolution; car le Seigneur qui donne aux oiseaux leur pâture, et qui a revêtu la terre d'un manteau de verdure et de fleurs, saura bien vous nourrir et vous vêtir jusqu'au jour où il sera Lui-même votre aliment éternel.

« Comme vous Nous avez demandé le privilège de la très haute pauvreté, Nous vous octroyons par ces présentes de ne pouvoir être contraintes par qui que ce soit à prendre, avoir ou retenir des possessions temporelles. Ceux qui vous aimeront en Jésus-Christ, vous, votre Ordre, et spécialement le monastère de Saint-Damien, qu'ils aient la sainte paix de Dieu, et qu'au jour du jugement ils reçoivent en récompense l'éternelle béatitude (1). »

Le temps a consacré ce privilège par un double miracle. Voilà six siècles que les Sœurs de Sainte-

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