‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 104 sur 347 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Claire s'abandonnent totalement aux soins de la Frovidence; et, depuis six siècles, la Providence veille avec une tendre sollicitude aux besoins des pauvres recluses.

L'Ordre des Clarisses a grandi parallèlement à celui des Frères-Mineurs, et il a subi les mêmes vicissitudes. Nous les voyons s'établir en France, du vivant de sainte Claire, qui en 1240 envoie un essaim de ses religieuses à Béziers. En 1254, Marseille les appelle à son tour. L'année suivante, le saint roi Louis IX bâtit pour elles à Longchamps un célèbre monastère, où sa sœur, la Bienheureuse Isabelle, prend le voile et fait profession, préférant au trône impérial qu'on lui offrait les austérités et l'humilité du cloître etapprenant ainsi à ses contemporains que toutes les fêtes et délices de la terre s'effacent devant l'unique bonheur de cette vie, qui est d'aimer Dieu et de s'immoler pour lui. Son exemple donna une grande impulsion à l'Ordre dans tout le royaume.

Au xv° siècle, l'institut des Clarisses fut réformé, ou plutôt ramené à la ferveur primitive, par une française, sainte Colette de Corbie. Aujourd'hui ses monastères s'élèvent dans toutes les contrées soumises à l'Évangile, et il offre toujours un asile aux âmes avides de sacrifices et d'immolation, en même temps qu'un grand exemple de foi à une génération tout imbue de matérialisme. Le seul aspect de leur dévouement devrait leur assurer, toujours et partout, le respect des peuples ; mais ce serait peu connaître l'esprit humain que d'attendre toujours de sa part la sagesse et l'équité. Si le moyen âge salua avec enthousiasme ces victimes volontaires de l'a-

mour, nous voyons les temps modernes, au contraire, s'éloigner d'elles dans la mesure où ils perdent l'esprit de foi et le sens chrétien. Le xvme siècle, le siècle de Voltaire, les proscrivit en masse ou leur fit expier sur l'échafaud le crime d'être religieuses. Le nôtre les supporte, en attendant qu'il les persécute. Chaque jour, des hommes qui ne portent pas leurs regards au delà des horizons terrestres, nous demandent avec arrogance « ce qu'elles font derrière leurs grilles, et pourquoi elles s'ensevelissent ainsi toutes vivantes entre quatre murailles, comme dans un tombeau. »

La réponse est facile. Elles y font l'office de Marie- Madeleine aux pieds de Jésus. L'Évangile ne dit-il pas qu'elles ont choisi la meilleure part, et que le rôle de Marie l'emporte sur celui de Marthe ? Tout chrétien, s'il voulait se donner la peine de réfléchir, verrait en Dieu même la raison des Ordres contemplatifs. Le Créateur n'a-t-il pas, en effet, le droit de se réserver, à la manière des riches de la terre, un jardin dont il soit le seul maître, et d'y poser des êtres d'élite qui le dédommagent des oublis, des outrages de la foule ? Si vous l'interrogez sur ses œuvres, demandez-lui plutôt pourquoi il a caché dans les invisibles profondeurs du firmament des étoiles plus brillantes que le soleil; pourquoi il a placé les plus belles fleurs au désert, où elles versent leurs parfums et épanouissent leurs brillantes corolles loin des regards humains ; pourquoi les Séraphins restent immobiles auprès de son trône, pendant qu'il députe vers ses créatures les anges et les archanges, messagers d'une hiérarchie inférieure.

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