CHAPITRE VII
Comme les étoiles, comme les fleurs, comme les Séraphins, les vierges contemplatives louent Dieu et la nuit et le jour. N'est-ce point assez ? Et qui êtes -vous donc, enfants des hommes, chétive poussière, pour oser mettre vos intérêts et votre gloire en parallèle avec la gloire et les intérêts du Tout-Puissant?
Mais gardons-nous de croire que ces religieuses soient inutiles à la société. Par leur vie pénitente et plus angélique qu'humaine, elles lui rendent un service dont le flot montant de nos crimes fait sentir chaque jour davantage le prix et la nécessité : le service de la prière et de l'expiation. Elles rachètent les prévarications des peuples, arrêtent les nations modernes sur la route de l'apostasie, apaisent la colère de Dieu et arrachent à sa miséricorde de nouveaux bienfaits. Ce n'est point là une assertion hasardée, et les annales hagiographiques nous en fournissent à chaque page une magnifique démonstration. Ouvrons seulement l'histoire de sainte Claire, et citonsen deux traits qui nous tiendront lieu du reste.
Le premiernous reporte à l'année 1239. Frédéric II, empereur d'Allemagne et roi de Sicile, toujours en lutte avec le Saint-Siège, venait d'être repoussé des murs de Rome par les troupes pontificales. Furieux de cet échec, il s'en vengea, plutôt en renégat qu'en prince chrétien. Il lança Vital d'Aversa, un de ses lieutenants, avec vingt mille Sarrasins sur la vallée de Spolète,pour la punir d'être restée fidèle au Saint- Siège. Il n'est sorte d'atrocités que ne commirent ces barbares, enflammés par la haine du nom chrétien non moins que par l'espoir du pillage.
La vue du monastère de Saint-Damien excita leurs
convoitises. Au milieu de la nuit, ils escaladèrent les murailles en poussant d'affreux hurlements. Aux premiers cris qui se firent entendre, les Pauvres- Dames se réfugièrent toutes tremblantes auprès de la sainte abbesse, comme les poussins poursuivis par le milan courent se cacher sous l'aile de leur mère. Claire gardait le lit, épuisée par une maladie de langueur; mais à cette heure suprême, oubliant ses propres souffrances pour ne penser qu'au péril qui menace ses filles, et cédant à une de ces héroïques pensées que la foi seule inspire, elle quitte sa couche, saisit le ciboire qui renfermait la sainte hostie, le dépose sur le seuil de la porte, et, prosternée à deux genoux, adresse au Dieu de l'Eucharistie cette prière pleine de confiance : « Quoi donc, Seigneur Jésus ! laisserez-vous tomber entre les mains des infidèles les humbles servantes que j'ai nourries du lait de votre amour, et livrerez-vous à des bètes féroces des vierges qui confessent votre nom? Oh ! puisque moi, leur mère, je suis impuissante à les protéger, soyez vous-même leur défense. » Elle priait encore, lorsqu'elle entendit comme la voix argentine d'un enfant qui lui disait : a Je vous garderai toujours. — Seigneur, continua Claire, gardez aussi la généreuse cité qui nous nourrit par amour pour vous. » Et la voix céleste répondit : « La ville souffrira ; mais, grâce à tes prières, elle sera épargnée. » Rassurée par cette promesse, elle saisit le ciboire et le montre aux infidèles, qui, effrayés ou éblouis par les rayons d'une lumière céleste, prennent aussitôt la fuite. As sise venait d'échapper au pillage.
g. Sept ans après, le même Vital d'Aversa revenait