‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 110 sur 347 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

saints une vie plus pénitente que la sienne; mais, à coup sûr, il n'est pas de mort plus glorieuse. Sentant que sa fin approchait, elle dicta son testament, où elle laisse en héritage à ses filles la pauvreté séraphique. Comme le Frère Rainald l'exhortait à la patience dans la douleur : « Mon Frère, lui dit la mourante, depuis que Notre-Seigneur m'a fait connaître l'excellence de sa grâce par la bouche de notre regretté Père saint François, rien ne m'a plus coûté. Aucune pénitence ne m'a plus semblé dure, ni aucune maladie fâcheuse. » Elle pria ensuite les Frères Léon et Ange de Rieti de lui lire la Passion selon saint Jean; puis, ayant reçu le saint viatique, elle s'écria, le front rayonnant de joie : « Allons, mon âme, sache que tuas un bon viatique pour l'accompagner, un excellent guide pour te montrer la voie. Ne crains rien, sois tranquille ; car celui qui est ton Créateur t'a sanctifiée, et il n'a cessé de veiller sur toi avec le tendre amour d'une mère pour son enfant. Et vous, ô Seigneur, soyez béni pour m'avoir créée. » — « Vois-tu, continua-t-elle en se tournant vers la sœur Aimée, sa parente, vois-tu, ô ma fille, le Roi de gloire que je contemple? » Au même moment, le Seigneur ouvrit les yeux à la Bienheureuse Bienvenue ; et celle-ci vit la Reine du ciel, suivie d'une troupe de vierges vêtues de blanc, se pencher vers la malade, la convier doucement aux noces de l'Agneau, et cueillir son âme comme on cueille un fruit mûr. Ainsi mourut la vierge Claire, si c'était là mourir ! C'était dans la nuit du 10 août 1253, vingt-sept ans après la mort du séraphique Père. Dès l'année 1255, Alexandre IV, neveu du cardinal Hugolin, l'inscrivait

solennellement au catalogue des saints, et lui décernait les glorieux titres de duchesse des humbles et de princesse des pauvres (1). Saint Bonaventure a buriné son panégyrique en deux mots : oc Vierge chérie de Dieu, écrit-il dans sa légende, elle a répandu les parfums d'une fleur printanière et brillé comme l'astre du matin (2). »

Fondatrice d'un des Ordres les plus austères, la vierge d'Assise n'est point une figure isolée dans l'histoire. Elle nous y apparaît, au contraire, à sa gloire et pour la consolation de l'Église, au milieu d'un brillant cortège de vierges parmi lesquelles nous distinguons les Bienheureuses Hélène Enselmini, qui reçut le voile à Padoue des mains mêmes de saint François ; Isabelle de France, sœur de saint Louis ; Agnès de Bohème, qui refusa la main de Frédéric II ; Yolande et Cunégonde, nièces de sainte Elisabeth de Hongrie ; Philippa Maréri, que le souvenir de saint François détermina à fonder à Riéti, sa ville natale, un monastère de Clarisses; Marguerite Golonna, première abbesse de Palestrina ; les soixantes Clarisses de Cracovie, massacrées par les Tartares en 1259; celles de Ptolémaïs, tombées sous le glaive des Sarrasins en 1291 ; et les saintes Agnès dAssise, Catherine de Bologne et Colette de Corbie, la grande réformatrice du quinzième siècle et l'amie de Jeanne d'Arc. Peut-on traiter de barbares les temps qui ont produit une pareille phalange d'héroïnes et de vierges?

De ces âges de foi qu'illumine leur doux visage,

i. Àcta SS. VitaS. Clar. —ï. C. iv.

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