CHAPITRE VIII. iî
prêcher les mahométans. Deux fois la Ville éternelle entendit la voix du saint, et deux fois la bonne semence tomba dans un terrain bien préparé : plusieurs nouveaux disciples s'attachèrent à lui, entre autres le Frère Guillaume, dont nous avons raconté la vocation et qui fut substitué à Jean de Gapella, de si triste mémoire. Le bienheureux Patriarche se lia aussi d'une étroite et sainte amitié avec une dame romaine nommée Giacoma de Settesoli, d'une des plus nobles et des plus opulentes familles du Mont- Palatin (1). Cette pieuse veuve et la vierge Glaire sont les deux seules femmes avec lesquelles il ait eu des relations suivies, même pour la direction spirituelle; encore y mit-il une extrême réserve. Nous devons ajouter qu'elles se montrèrent dignes l'une et l'autre d'une telle prédilection, et que leur affection pour le saint, plus pure que la neige, demeure l'image parfaite de ces affections transfigurées que Marthe et Marie-Madeleine avaient pour Notre-Seigneur. L'esprit le plus prévenu n'y trouve rien à reprendre; et quant au vrai chrétien, ah ! comme il se sent heureux de rencontrer ainsi dans l'histoire, « parmi ces flots d'amour coupable qui corrompent le monde..., quelques gouttes au moins de ce chaste amour que l'homme a perdu avec l'innocence, que nous retrouverons un jour dans le ciel, et dont nous pouvons déjà, dans l'histoire des Saints, respirer quelquefois d'avance le virginal parfum (2). *
1. Histoire de la basilique de Saint-François d'Assise, par G. Fratini. Prato, 1882. Fratini dit qu'elle avait été mariée à Sancio Frangipani, seigneur de Sermoneta.
2. pi. l'abbé Bougaud, Histoire de sainte Chantai, t. I, p. 249.
Giacoma, à l'exemple des saintes femmes de l'Évangile, donnait généreusement l'hospitalité aux pauvres de Jésus-Christ, toutes les fois qu'ils venaient à Rome, et pourvoyait à tous leurs besoins. Ce fut grâce à son intervention que les Bénédictins de Saint-Côme, audelà du Tibre, cédèrent aux Frères-Mineurs, l'an 1229, l'hôpital Saint-Biaise ; c'est aujourd'hui le couvent de San Francesco a Ripa. On y voit encore la chambre qu'habita le saint, et la pierre qui lui servait d'oreiller.
Après un court séjour dans la Ville éternelle, François regagna la Portioncule. 11 s'ouvrit à ses Frères de son projet d'aller en Orient, leur laissa Pierre Cattani pour supérieur en son absence, et fit voile vers la Palestine. Mais l'heure de la Providence n'était pas encore venue. Jeté par des vents contraires sur les côtes de l'Esclavonie, il dut renoncer pour le moment à ce lointain voyage. Un miracle signala son retour. Ils s'étaient embarqués, lui et son compagnon, à l'insu du capitaine et malgré les rebuts de l'équipage, sur un vaisseau qui partait pour Ancône. Comme la traversée était longue et pénible, et que toutes les provisions étaient épuisées à bord, il multiplia miraculeusement les vivres qu'un envoyé du ciel avait apportés pour les deux pauvres de Jésus- Christ, si bien que le capitaine et les matelots, émerveillés, se jetèrent à ses genoux, le remerciant de leur avoir sauvé la vie malgré eux (1).
A peine débarqué, l'infatigable apôtre reprit ses courses à travers l'Italie, répandant partout la parole