Th. le Celano, Vita secunda, p. III, c. m
pierre les vieilles croules de pain qu'ils venaient de quêter dans cette ville. Devant ce spectacle, François ne put contenir ses transports de joie : * 0 Frère Masseo, s'écria-t-il, rendons grâce à Dieu pour le trésor qu'il nous a donné ! » Il répéta plusieurs fois les mêmes paroles, et chaque fois avec un ton de voix plus joyeux et plus élevé, c Eh ! de quel trésor parlez-vous? demanda Masseo avec étonnement. Nous manquons de tout! — Le grand trésor, reprit le saint, c'est que, dans cette pénurie extrême, la Providence vienne si admirablement à notre secours, et qu'elle nous fournisse ce pain, cette eau fraîche, cet ombrage et jusqu'à cette pierre qui nous sert de table. » Alors ils mangèrent avec allégresse le « pain des Anges », selon la belle expression de François, et burent dans le creux de leur main l'eau pure de la fontaine (1).
S'étant remis en route, ils entrèrent dans la première église qu'ils rencontrèrent, et le saint Patriarche y pria Notre-Seigneur de lui donner, à lui et à ses enfants, l'amour de la sainte pauvreté; l'ardeur de sa prière était telle que son visage semblait lancer des flammes. Dans cet état extatique, il s'avança vers le Frère Masseo, les bras ouverts et en l'apelant à haute voix. Quand Masseo accourut pour se jeter dans ses bras, il fut élevé de plusieurs coudées en l'air par le seul souffle du bienheureux François, et il sentit son âme inondée de tant de consolations, qu'il protesta maintes fois depuis n'en avoir jamais éprouvé de semblables.