‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 129 sur 347 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

C'était l'heure choisie de Dieu pour unir les deux apôtres du treizième siècle, Dominique et François. Comment ne pas admirer ici, en passant, les harmonies intimes que le ciel avait établies entre ces deux hommes, à leur insu, et qui devaient tôt ou tard opérer leur rapprochement? Tous deux avaient presque en même temps jeté les fondements de leur Institut. l'un au pied des Apennins, l'autre au pied des Pyrénées ; pour tous deux un antique sanctuaire dédié à la Mère de Dieu, Notre-Dame-des-Anges et Notre- Dame de Prouille, avait été la pierre angulaire de leur édifice; tous deux, s'inlitulant les chevaliers de Marie, faisaient remonter jusqu'à leur auguste protectrice tout l'honneur de leurs victoires surhumaines, et de leurs poitrines s'échappait naturellement ce cri que l'Église met sur nos lèvres : « Gaude, Maria Yirgo : cunctas hœreses sola interemisli in iiniverso mundo : Gloire à vous, ô Vierge Marie! C'est vous qui avez broyé toutes les hérésies sur la surface du globe ! »

Autres rapprochements entre les deux saints fondateurs. L'un et l'autre avaient eu la pensée d'obtenir de Rome l'approbation de leurs Ordres. Innocent III avait d'abord mal accueilli leur demande; puis, à la suite de la même vision miraculeuse, il avait également béni leur entreprise. Tous deux ressuscitèrent l'estime et la pratique de la sainte pauvreté; tous deux fondèrent un Ordre essentiellement apostolique, pour combattre, l'un plus directement le paganisme germanique et le manichéisme, l'autre l'hérésie albigeoise; et chacun d'eux, embrassant dans son zèle tous les temps et tous les peuples,

tous les âges et toutes les conditions, réunit trois milices distinctes sous un seul étendard. Un même cardinal, Hugolin, eut la charge de Protecteur des deux Ordres; un même pape, Honorius III, confirma leurs Ordres par des bulles apostoliques; un autre pape, Grégoire IX, les inscrivit au catalogue des Saints. « Enfin les deux plus grands docteurs de tous les siècles fleurirent ensemble sur leurs tombeaux, saint Thomas sur celui de Dominique, saint Bon aventure sur celui de François (1). *

Et cependant, chose étonnante ! malgré la fraternité de leur vocation, ces deux hommes ne se connaissaient pas. Ils arrivaient à Rome pour l'ouverture du Concile, sans que le nom de l'un eût jamais frappé l'oreille de l'autre. Il entrait dans les desseins de Dieu qu'un prodige extraordinaire fût le nœud de leur céleste amitié.

Une nuit 'que le Patriarche 'des Frères-Prêcheurs était en oraison dans une des églises de Rome (on n'indique pas laquelle), il vit le Sauveur des hommes irrité contre la terre et brandissant trois dards enflammés pour exterminer les orgueilleux, les avares et les impudiques, et Marie son auguste Itère, qui implorait le pardon des coupables et désarmait son bras, en lui présentant deux pauvres avec cette promesse : « Ces deux fidèles serviteurs feront refleurir partout la foi et les vertus évangéliques. » Dominique s'était reconnu pour l'un des deux, mais il ignorait qui était l'autre. Seulement, l'image de son compagnon était restée profondément gravée dans sa mé-

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