‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 136 sur 347 · INDULGENCE DE LA PORTIONCULE · texte numérisé non relu

INDULGENCE DE LA PORTIONCULE

C'était dans le courant de l'été 1216, au milieu des ténèbres de la nuit. Le saint Patriarche, à genoux dans sa cellule, un crucifix entre les mains, une tête de mort à ses pieds, priait avec ferveur. Au moment où ce séraphin delà terre, mêlant ses brûlantes adorations à celles de ses frères du Ciel, implorait la clémence du Très-Haut pour les pauvres pécheurs, il entendit comme la voix d'un Ange qui lui criait : « François, à la chapelle ! à la chapelle! » Aussitôt il se lève et vole à Notre-Dame-des-Anges, où le spectacle le plus inouï vient frapper ses yeux. Sur Tautel, au-dessus du tabernacle, au sein d'une clarté surhumaine, se tenait le Verbe fait chair, le Dominateur des dominateurs, tout resplendissant de gloire et rayonnant d'une beauté qui défie toute peinture; car, dans ce monde déchu, où les rayons du beau sont épars, brisés et ternis par le péché, comment nous former une image, même affaiblie, de Celui qui est la beauté infinie? Disons seulement que sur son visage la grâce d'une jeunesse éternelle se fondait harmonieusement avec la force de l'âge

mûr, que son regard d'une mansuétude infinie pénétrait comme un trait enflammé l'âme du Bienheureux, et que ses lèvres semblaient prêtes à s'entr'ouvrir pour prononcer le mot de pardon. A sa droite était Marie, sa glorieuse Mère, et tout autour une radieuse ceinture d'esprits célestes. L'ineffable lueur qui remplissait le sanctuaire ne blessait point les yeux comme l'éclat du soleil; elle était, au contraire, vive et douce comme les premiers rayons de l'aurore, et le regard de François se baignait avec délices dans ces flots de lumière, pendant que son âme, subjuguée, entraînée comme hors d'ellemême, s'écoulait en Dieu dans les enivrements de l'admiration et de l'amour.

Le torrent de délices qui inondait son cœur n'entravait pas le jeu de sa liberté. 11 se jeta la face contre terre, plus d'esprit que de corps, et il adora avec les Anges. « François, lui dit le Fils de Dieu, je sais avec quel zèle toi et tes Frères vous procurez le salut des âmes. En récompense, demande-moi pour elles et pour l'honneur de mon nom telle grâce qu'il te plaira, et je te l'accorderai ; car je t'ai donné au monde pour être la lumière des peuples et le soutien de mon Église. > Enhardi par une telle bonté, le saint Patriarche Lui adressa cette confiante supplication : « 0 Dieu trois fois saint, puisque j'ai trouvé grâce à vos yeux, moi qui ne suis que cendre et poussière et le plus misérable des pécheurs, je vous conjure, avec tout le respect dont je suis capable, de daigner accorder à vos fidèles cette grâce insigne, que tous ceux qui, confessés et contrits, visiteront cette église, y reçoivent l'indulgence plénière et le pardon de

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