‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 137 sur 347 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

tous leurs péchés. * Puis il continua, en se tournant vers Marie : « Je prie la bienheureuse ATierge, votre Mère, l'avocate du genre humain, de plaider ma cause devant vous.» 0 scène admirable, que la langue humaine comme le pinceau de l'artiste est impuissante à reproduire ! Marie intercède, et Jésus, qui ne peut rien refuser à sa Mère, incline vers elle un regard plein d'amour, qu'il reporte immédiatement sur son serviteur. « François, lui dit-il, ce que tu demandes là est grand ; mais tu obtiendras des faveurs plus grandes encore. Je t'accorde l'indulgence que tu sollicites, à condition qu'elle soit confirmée et ratifiée par mon Vicaire, à qui seul j'ai donné plein pouvoir de lier et de délier ici-bas. » A ces mots, la vision s'évanouit, et Jésus, suivi de sa bienheureuse Mère et de la cour angélique, rentra dans le sanctuaire inaccessible où réside l'auguste Trinité.

Dès le point du jour, François partit avec le Frère Masseo pour Permise, résidence du nouveau pape Honorius III, qui venait de monter sur le trône si glorieusement occupé pendant dix-huit ans par Innocent III (18 juillet 1216.) «Très Saint-Père, lui dit-il avec sa charmante simplicité, j'ai réparé, il y a quelques années, une petite église de vos domaines, qui est dédiée à la Mère de Dieu, et je supplie Votre Sainteté de l'enrichir d'une précieuse indulgence, sans obligation d'aumône. — J'y consens, répondit le Souverain Pontife ; mais dis-moi le nombre d'années que tu requiers pour ce pardon. — Saint-Père, qu'il plaise à Votre Sainteté de m'octroyer, non des années, mais des âmes. — Tu veux des âmes ! Et com-

ment? — Je désire, si Votre Sainteté l'agrée, que tous ceux qui, repentants et absous, entreront dans l'église de Notre-Dame-des-Anges, reçoivent l'entière rémission de leurs péchés pour ce monde et pour l'autre. — François, ce que tu demandes là est grand et tout à fait inusité en cour de Rome. — Aussi, Très-Saint-Père, ne vous le demandé-je point en mon nom, mais au nom de Jésus- Christ qui m'a envoyé. * Alors le Souverain Pontife répéta par trois fois : « Au nom du Seigneur, il nous plaît que tu aies cette indulgence. » Sur l'observation de quelques cardinaux, qu'une telle faveur nuirait aux pèlerinages de Rome et de Jérusalem, Honorius répliqua : « Nous ne pouvons révoquer ce que nous avons librement concédé : nous pouvons seulement en déterminer la durée. » Puis, se tournant vers François, il ajouta : « Nous voulons que cette indulgence soit valable à perpétuité, pendant la durée d'un jour complet, depuis les premières vêpres jusqu'aux vêpres du jour suivant. »

François remercia le Pape, s'inclina et se retira humblement. Honorius, voyant qu'il s'en allait, le rappela et lui dit en souriant : <t Homme simple, où vas-tu, et quel témoignage emportes-tu de cette indulgence? — Saint-Père, votre parole me suffit; que Jésus-Christ soit le notaire, la Sainte Vierge la charte, et les Anges les témoins. Je ne réclame point d'autre acte authentique, et je laisse à Dieu le soin de prouver que cette œuvre vient de Lui. » Après cette réponse d'une sublime naïveté, il partit de Pérouse avec la bénédiction du Souverain Pontife pour s'en retourner à Notre-Dame-des-An^es. S'étant ar-

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