‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 142 sur 347 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Masseo(l). » Le lendemain, 2 août, les sept évêques consacrèrent l'humble chapelle de Notre-Dame-des- Anges.

On vient de lire l'historique de la célèbre indulgence que les peuples vénèrent sous le nom de Grand Pardon d'Assise. Certains critiques, proscrivant, au nom de la science, l'intervention du surnaturel, ont cherché à nier la réalité de cette indulgence en niant la réalité des faits ; mais leur malveillance calculée n'enlèvera rien à la véracité ni à l'autorité des deux auteurs que nous avons traduits, Théobald et Conrad, évêques d'Assise. La lettre lu premier est une sorte de manifeste adressé (le 10 août 1310) à toute la chrétienté et une réponse vengeresse aux dénégations des incrédules du temps. Il la termine en nommant les témoins oculaires et auriculaires de ces faits, les Frères Léon, Marin, neveu de Masseo, Benoit et Rainier d'Arezzo, le patricien Zelfano d'Assise et plusieurs autres, au témoignage desquels il ne craint pas d'en appeler : « Ex quibus plures hodie vivunt, qui haec omnia protestantur. » La lettre de Conrad, écrite vingt-cinq ans après, c'est-à-dire en 133o, reproduit d'abord celle de Théobald, puis semble prendre à tâche de la compléter en y ajoutant des détails sans doute inconnus de son prédécesseur et empruntés au Traité de l'Indulgence de la Portioncule, parle Frère Barthélémy d'Assise (1325).

Après tout, la concession de cette indulgence est un fait. Or, qui oserait révoquer en doute un fait affirmé

\. Lettre de Conrad, évoque d'Assise. Acta SS., 4 oct., Analecta, p. III, S 2,

par un saint tel que François, par des témoins intègres comme le Frère Masseo Marignani et le patricien Zelfano d'Assise, par des contemporains aussi dignes de foi que les Frères Benoit et Rainier d'Arezzo (1), enfin par des historiens aussi consciencieux, aussi éclairés que Giunta Bevegnati, confesseur et historien de sainte Marguerite de Cortone (2), Théobald, Conrad et Ottavio, évèques d'Assise, et saint Antonin, archevêque de Florence? Et ne peut-on pas dire, avec ce dernier, que les sacrés stigmates imprimés dix ans plus tard sur la chair du Bienheureux sont comme une bulle du Pontife éternel, qui autorise et l'Ordre de la pénitence et le grand Pardon d'Assise?

Faut-il joindre à tant de témoignages celui d'un vieillard, contemporain de saint François, et dont le vénérable Jean de l'Alverne raconte ainsi la déposition? * L'an 1309, un vieillard plus que centenaire, des environs de Pérouse, et fervent tertiaire, avait fait plus d'une lieue à pied pour se rendre à la Portioncule et gagner l'indulgence du 2 août. Jean de FAlverne, son confesseur, ne put s'empêcher de louer le zèle du pèlerin dans un âge si avancé. — Mon Père, répondit le vieillard, si mes jambes me refusaient leur service, je viendrais à dos de mulet plutôt que de perdre le profit d'un si beau jour. — Et pourquoi ? — Parce que c'est un souvenir sacré pour moi. J'étais présent lorsque saint François, se rendant à Pérouse, vint, selon sa coutume, nous demander l'hospitalité. Il nous dit qu'il allait prier le Pape de confirmer l'indulgence qu'il avait obtenue d"en haut. Depuis ce

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