‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 143 sur 347 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

temps-là, je n'ai pas manqué une seule année de descendre ici au jour du grand Pardon (1). »

Citons encore la réponse de Notre-Seigneur à sainte Brigitte. Comme elle avait un doute sur l'authenticité de cette indulgence, le Sauveur lui apparut et lui dit : « Ma fille, le mensonge ne se trouve point où habitent la vérité et le feu de la divine charité. Or, François, mon fidèle serviteur, avait en lui la vérité, et ce qu'il a dit est vrai. Voyant l'indifférence des hommes à l'égard de Dieu et leur insatiable avidité pour les biens de la terre, il me demanda une marque d'amour, afin d'éteindre en leur âme le feu de la cupidité et d'y allumer celui de la charité; la inarque que je lui donnai, moi qui suis l'Amour, ce fut que tous ceux qui viendraient les mains vides dans ce temple, s'en retourneraient pleins de mes bénédictions et avec l'entière rémission de leurs péchés (2). »

Le grave Bourdaloue affirme que * de toutes les indulgences, celle de Notre-Dame-des-Anges est une des plus assurées et des plus authentiques qu'il y ait dans l'Église, parce que c'est une indulgence accordée immédiatement par Jésus-Christ (3). »

Du reste, pour tout catholique, un mot tranche la question : « Rome a parlé. ■» Les successeurs de Pierre ont solennellement confirmé cette indulgence, l'ont étendue à toutes les églises des trois Ordres, et, par une faveur exceptionnelle, ils l'ont laissée subsister dans les années jubilaires, et même en temps d'interdit. Aussi tous les peuples sont-ils venus avec

1. Wadding, ad ann. 1309. — 2. Rémi., liv. VII, c. x. — 3. Sermon sur la fête de Notre-Damo des Anges.

confiance visiter cette modeste chapelle de la Portioncule, qui est devenue, avec la Santa Casa de Lorette, l'un des joyaux de l'Italie et l'un des sanctuaires les plus vénérés du monde (1). Là, tous les ans, du 1" au 2 août, des milliers de pèlerins accourus de tous les pays viennent prier où pria le Séraphin d'Assise, chercher le pardon qu'il obtint pour eux, et reconquérir avec la pureté et l'innocence baptismale les joies, seules désirables, du divin amour. Le pavé de la chapelle est littéralement usé par les genoux des fidèles, et les murailles ont gardé l'empreinte des baisers brûlants de six générations. En vérité, n'est-on pas forcé de convenir que ces lieux bénis sont abreuvés de gloire, et que ce champ de bataille de la pénitence éclipse tous les champs de bataille de l'ambition humaine ? On se demande s'il est dans l'histoire de l'Église une page plus consolante pour les pauvres pécheurs, et l'on ne sait ce qu'il faut le plus admirer ici, ou du zèle de saint François pour le salut des âmes, ou de la puissance de Dieu qui se joue de la superbe des hommes et choisit ce qui est faible pour combattre ce qui est fort.

Une chose non moins étonnante, c'est le soin jaloux avec lequel la Providence veille sur les pierres de cet humble monument. Deux fois, en 1832 et en 1833, des tremblements de terre ont fortement endommagé la splendide basilique dont le seizième siècle l'a recouvert comme d'un manteau royal; cent fois les révolutions politiques ont bouleversé le pays ; la

1. Saint Bernardin de Sienne assure y avoir vu jusqu'à cent mille pèlerins (Acta SS., loc. cit., p. 917).

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