‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 146 sur 347 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

limites de l'Italie, et désigna Bernard de Quintavalle pour l'Espagne, Jean de Penna avec soixante Frères pour l'Allemagne, Jean Bonelli avec Monald de Florence pour la Provence, etBonencontre, prêtre romain, pour le Berry. Il s'était réservé pour lui-même Paris, le nord de la France et les Pays-Bas, donnant pour raison de son choix que la France était le pays où le culte eucharistique était le plus florissant (1).

Le saint Patriarche bénit ses enfants, leur donna le baiser de paix et d'adieu, et les missionnaires sortirent de Notre-Dame-des-Anges, comme les apôtres étaient sortis du cénacle au lendemain de la Pentecôte, pour aller semer aux quatre vents du ciel la bonne semence de l'Évangile. La douleur de la séparation était adoucie par la certitude d'aller là où l'obéissance les envoyait, et par l'espérance de donner Jésus-Christ aux âmes affamées de lumière et d'amour. Lui-même partit avec Frère Masseo pour sa mission de France. Du coteau d'Assise, il porta un regard plein d'espérance vers ce beau « royaume des lis » dont le seul nom faisait battre son cœur des plus douces émotions et qu'il lui tardait d'arracher aux fureurs de l'anarchie. Qui dira les magnifiques projets qu'il nourrit alors dans son esprit? Projets qui croissent comme d'eux-mêmes dans toute âme ardente, dans toute âme d'apôtre. Il ignorait qu'un autre que lui devait les réaliser.

Ayant appris que le cardinal Hugolin se trouvait à

1 . Diligebat propterea Franciam ut amicam corporis Domini, atque in ea mori propter sacrorum reverentiam cupiebat. (Th. de Cei.ano, Vita secunda, p. III, c. cxxix.) — Voir la Chronique des vingt-quatre généraux: « Anno 1217, etc. »

Pérouse en qualité de légat, François, fidèle à sa coutume de saluer les évêques et les princes de l'Église, alla présenter ses hommages à l'éminent prélat, qui approuva hautement ses projets. Mais, sur ces entrefaites, le serviteur de Dieu tomba en proie à une cruelle maladie, et le cardinal, regardant ce contre-temps comme un indice des volontés du Ciel, fut le premier à le détourner d'un si lointain voyage. L'homme de Dieu, toujours humble et docile, lors même qu'il lui fallait sacrifier ses désirs les plus chers, se soumit à l'autorité du cardinal, et envoya à sa place, non sans envier leur bonheur, le Frère Pacifique avec Ange et Albert de Pise dans le nord de la France, et Christophe de Romagne avec le Frère Pierre dans le midi.

Fidèle aux instructions du séraphique Père, Christophe créa des foyers de vie franciscaine dans le Languedoc et la Guyenne, et tout d'abord à Mirepoix, fut le grand auxiliaire de saint Dominique dans ses efforts contre l'hérésie albigeoise (1), et mourut au couvent de Cahors, le 3 octobre 1272, après avoir opposé aux calomnies des sectaires la plus irréfutable des réponses, l'exemple d'une vie sainte et mortifiée.

Outre l'intérêt qui s'attache aux faits considérés en eux-mêmes, la mission de Christophe dans les provinces infectées par le manichéisme revêt à nos yeux

1. Briève explication du titre de Maréchal de la Foi, par Guillaume Besse. Guy de Lévis mourut en 1219 et voulut être inhumé dans la chapelle des Franciscains, bâtie à ses frais. — Cf. Saint François et les Franciscains, par le P. Pamphile de Magliano, 1. 1, c. xvi, g 16.

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