CHAPITRE X
soient conformes à la sainte pauvreté que nous avons promise dans la règle. » Sage décision qui fermait l'entrée des couvents franciscains à la passion du luxe et des richesses, cause ordinaire de relâchement et de ruine dans la discipline régulière.
3° « Tous les samedis, on célébrera dans tous nos couvents une messe solennelle en l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée. » Par cette prescription, due à l'initiative du séraphique Patriarche, et renouvelée par saint Bonaventure au Chapitre général de Pise (1263), l'Ordre des Frères- Mineurs prenait la Vierge Immaculée pour sa protectrice et sa patronne, et se déclarait, six siècles à l'avance, le héraut du grand dogme de l'Immaculée- Conception. C'est là sa gloire dans l'Église et peutêtre, dans la pensée de Dieu, le principal motif de sa création.
Le fait est enregistré dans les annales de l'Ordre ; mais qui nous en dira la cause? Qu'un homme peu versé dans les saintes lettres et qui se pique de n'avoir d'autre science que celle de la croix, que l'humble diacre d'Assise, en un mot, jette tout d'un coup comme une gerbe de lumière sur une des vérités les plus longtemps voilées de la religion catholique, qu'il la montre aux peuples en la faisant passer dans les traditions privées et dans le culte public de toute une famille religieuse, qu'il donne ensuite la raison du mystère, en posant devant ses fils ce principe inébranlable : « Ne craignez point d'attribuer à Marie tout ce qui ne répugne pas à sa dignité de Mère de Dieu », est-ce là un prodige humainement explicable? Et ne faut-il pas admettre
avec un savant de Sienne, de l'Ordre des Frères- Prêcheurs, que la théologie de ce saint homme, portée sur les ailes de la pureté et de la contemplation , s'élevait comme le vol de l'aigle, et qu'il l'avait puisée tout entière dans ses communications surnaturelles avec l'Esprit-Saint? Dès lors, instruit par ce Docteur des docteurs, assuré de la place que tient Marie dans le plan divin, François pouvait-il mieux faire que de léguer cette vérité à ses enfanîs, comme le plus précieux trésor de leur héritage ? Son espoir ne fut point trompé ; ses disciples défendirent et propagèrent la doctrine de l'Immaculée Conception avec une fidélité qui ne s'est jamais démentie, et ils se l'approprièrent à tel point qu'on l'appelait la « thèse franciscaine. *
De son côté, la Reine du ciel semblait prendre plaisir à se susciter dans l'Ordre une légion de docteurs et d'apôtres qui fussent capables d'assurer le triomphe de sa cause, et l'on vit, sous son inspiration, les Antoine de Padoue, les Bonavenlure, les Duns Scot, les Bernardin de Sienne, les Léonard de Port-Maurice, les Thomas de Charmes et les d'Argentan, descendre tour à tour dans la lice et se faire honneur d'être les chevaliers de Marie. Il serait trop long de décrire toutes les phases d'une lutte six fois séculaire ; mais il y a deux événements que nous ne pouvons passer sous silence, parce qu'ils sont la conséquence logique du principe posé par saint François : c'est la fameuse victoire de Duns Scot, au quatorzième siècle, et la promulgation du dogme au dix-neuvième.
On sait la division qui régnait au moyen âge entre