‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 159 sur 347 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

C'est sur ces entrefaites que le saint arriva au camp des Croisés. Averti d'en haut qu'en punition de leur orgueil et de leurs divisions intestines, ils allaient essuyer une défaite sanglante, il chercha, chemin faisant, le moyen de prévenir un tel malheur : « Mon Frère, dit-il à son compagnon, le Seigneur m'a fait connaître que si l'on en vient aux mains, les chrétiens seront battus. Si je le dis hautement, je passerai pour un fou ; si je ne le dis pas, Ce secret me pèsera comme un remords. Qu'en penses-tu? — Mon Père, répondit le Frère Illuminé, ne vous arrêtez point au jugement des hommes ; ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on vous regarde comme un insensé. Déchargez votre conscience, et craignez plus Dieu que les hommes. » Fortifié par ce conseil, le héraut du Christ pénètre sous la tente du général; il conjure les chefs de l'armée de résister aux funestes inspirations de la jalousie, et leur annonce de grands revers s'ils persistent dans le dessein de livrer le combat. Prières, menaces, tout est inutile. La passion aveugle et trouble les esprits ; on prend pour des rêveries les prédictions de notre saint, et le combat s'engage par une chaleur torride. On sait le reste. « En cette journée fatale, dit saint Bonaventure, les chrétiens perdirent six mille hommes tués ou faits prisonniers. A la lueur de ce désastre, ils comprirent qu'ils avaient eu tort de mépriser la sagesse du Pauvre de Jésus-Christ; car l'œil du juste découvre quelquefois mieux la vérité que sept soldats posés en sentinelles sur la crête de la montagne (1).»

1. Bonavent., c. ix. — Cf. Th. de Celano, Vita prima, p. I, c. ix.

212 SAINT FRANÇOIS DASSIFE.

L'intrépide missionnaire, sans se laisser décourager parce revers momentané, résolut de poursuivre son entreprise. Vainement on lui représenta que sa vie était en jeu, et que le soudan avait promis un besant d'or (cinquante francs) à quiconque lui apporterait la tête d'un chrétien ; rien ne put ralentir son zèle. Persuadé avec l'Apôtre que la mort est un gain et que le martyre est la plus désirable des couronnes de ce monde, il s'avança vers le camp des Sarrasins, en chantant ce cantique du prophète royal : « Le Seigneur me conduit. Lors même que je marcherais au milieu des ombres de la mort, je ne craindrais aucun mal, ô mon Dieu, parce que vous êtes avec moi(l). » Chemin faisant, il aperçut deux brebis; cette vue le réjouit grandement, et il dit à son compagnon : « Ayons confiance dans le Seigneur; car nous voyons l'accomplissement de cette parole de l'Évangile : Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. » Quelques pas plus loin, en effet, une bande de Sarrasins se précipitant sur les deux serviteurs de Dieu, comme des loups sur des brebis, les accabla d'injures et de coups, puis les chargea de chaînes. « Je suis chrétien, s'écria François d'une voix ferme; menez-moi à votre maître. » Les soldats obéirent, et traînèrent les deux prisonniers devant le soudan Mélek-el-Kamel (ou Mélédin). Dès que celui-ci les aperçut : « Qui vous envoie? demanda-t-il brusquement. Et qu'êtes-vous venus faire ici? » Le saint lui répondit sans s'émouvoir : « Ce n'est point un homme, c'est le Très-Haut qui m'en-

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