CHAPITRE I
célestes, planant au-dessus du sanctuaire de Notre- Dame-des-Anges, firent entendre des chants d'allégresse, comme pour annoncer que la paix était rendue à la terre. On raconte enfin qu'un ange tint le nouveau-né sur les fonts baptismaux de la cathédrale, et qu'en partant, il laissa sur les degrés de l'autel l'empreinte de ses genoux ; et l'on ne manque pas de montrer au touriste, à côté des fonts religieusement conservés, le marbre miraculeux.
Traditions pieuses que nous enregistrons avec respect! La critique moderne les rejette parmi les légendes, sous prétexte qu'au delà du xvc siècle on perd la trace de leur origine ; mais à cet argument négatif nous opposons l'existence des édifices religieux qui sont comme la traduction des croyances populaires, et nous appuyant sur ce témoignage, qui n'est pas sans valeur historique, nous estimons sage de maintenir, jusqu'à ce que la science en ait démontré la fausseté, les traditions qui font partie de l'héritage sacré de la famille franciscaine (1).
Après avoir rempli ici notre devoir d'historien, revenons aux documents contemporains qui servent de base à notre récit.
La mission providentielle du fils de Bernardone avait été annoncée dix ans à l'avance par le Bienheureux Joachim, abbé de Fiora en Galabre, qui
1. Wadding, Annal. Min., t. I, p. 19. Le vieil adage: « Possession vaut titre », milite en notre faveur. D'ailleurs, il nous serait difficile de nous persuader que les évêques du lieu, gardiens jaloux de la discipline ecclésiastique et de la vérité, auraient laissé élever, sans protestation , l'oratoire de Saint- François-le-Petit et les marbres commémoratifs du dôme de Saint-Rufin. Or, la protestation n'existe pas.
avait écrit dans son Commentaire sur Isaie : « L'Ombrie et l'Espagne donneront naissance à deux Ordres nouveaux, destinés à porter en tout lieu le flambeau de l'Évangile (1). » Une autre prédiction accueillit, au seuil de sonexistence, le futur fondateur d'Ordre. Il venait d'être régénéré sur les fonts sacrés du dôme de Saint-Rufin, où, selon le désir de Pica, qui avait une dévotion particulière pour l'apôtre bien-aimé, on lui avait imposé le nom de Giovanni, Jean, et d'être remis à sa mère, lorsqu'un inconnu, un envoyé de Dieu, frappant à la porte des Moriconi, demanda instamment et comme une faveur à voir le gracieux enfant. Tout heureux d'être exaucé, il le prend dans ses bras, comme un autre Siméon, et saluant dans cet enfant régénéré un élu de Dieu, un frère puiné, un futur compagnon de sa gloire, il le couvre de douces caresses et de baisers ; puis il le rend à la nourrice en lui disant : « Aujourd'hui sont nés dans cette ville deux enfants dont l'un, celui que je tiens dans mes bras, deviendra un grand saint, et l'autre un grand pécheur (2) . «Ayant achevé ces mots, l'étranger disparut. On eut beau chercher par toute la ville, on ne put le retrouver.
Nous avons tenu à rapporter fidèlement, avec le ton de naïveté propre aux chroniques du moyen âge, ces merveilleux commencements. L'action de la grâce les illumine, les pénètre, les revêt d'un attrait tout-puissant auquel l'incrédule lui-même ne saurait longtemps rester insensible ; ils n'ont rien que de
1. Acta sanctorum, éd. cit., 29 mai, p. 137. —2. Légende des trois compagnons, c. I.