‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 170 sur 347 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

oppresseurs, dont elle n'avait ni peur ni besoin (1)? » Les Padouans se montrèrent reconnaissants envers leur libérateur ; toutes les fières cités de la Lombardie applaudirent à son intrépidité, et l'influence sociale d'Antoine grandit tellement à la suite de cet événement, qu'Ezzelin ne pouvait s'empêcher de s'écrier : « Je crains plus ce moine que toutes les armées des Guelfes. »

Peu de temps après l'entrevue de Vérone, le tyran, voulant sans doute mettre à l'épreuve l'esprit d'abnégation du saint, lui députa deux soldats chargés de magnifiques présents, avec ordre de le massacrer sur-le-champ, s'il acceptait. Antoine ne se laissa pas gagner par leurs paroles fallacieuses : il les chassa de sa présence, refusa leurs présents, qui étaient, disait-il, le prix du sang des pauvres, et déjoua ainsi les complots d'Ezzelin. A dater de cette époque, et tant que vécut saint Antoine, Ezzelin se montra moins cruel et commit moins de brigandages. Soit crainte des jugements de Dieu, soit retour momentané à de meilleurs sentiments, il défendit à ses séides de faire aucun mal à notre ardent missionnaire. « C'est vraiment un homme de Dieu, leur disait-il fréquemment, c'est un saint! Une fait que son devoir en reprenant nos vices ; faisons le nôtre en lui laissant la liberté (2).»

Saint Antoine profita de cette liberté pour faire entendre la parole de Dieu dans les villes les plus infestées par l'hérésie et tâcher de ramener les sec-

1. Ozanam, les Poètes franciscains, préface, p. 3. — 2, César Cantu, Histoire universelle.

taires dans le giron do l'Église. En Italie, il réussit au-delà de toute espérance. Rimini revint à la foi, après la miraculeuse prédication du saint aux poissoins de l'Adriatique et de la Marecchia. Florence et les villes environnantes pleurèrent leurs égarements, lorsque, selon sa prédiction, on eut trouvé le cœur d'un avare enfoui parmi ses trésors.

Ses succès ne furent pas moins merveilleux dans le Berry, la Provence et le Languedoc, où le saint Patriarche l'avait envoyé continuer l'œuvre de saint Dominique et enrayer les progrès de l'hérésie manichéenne. Ce fut même à cette occasion qu'il mérita d'être appelé par les Souverains Pontifes l'Arche du Testament et le marteau des hérétiques.

Sa vie se rattache à celle du saint fondateur dans un miracle qu'a relaté Thomas de Celano (1). Au Chapitre provincial d'Arles, tenu au mois de septembre 1226, d'après Azzoguidi, le jeune Portugais prêchait avec une ardeur toute séraphique sur le titre de la croix : Jésus de Nazareth, roi des Juifs. Au milieu de son discours, le saint Patriarche apparut, comme pour donner plus de poids à la doctrine de son disciple, et il bénit avec effusion le prédicateur et les assistants. En ce moment, tous se sentirent remplis de consolation et renouvelés dans l'esprit de leur vocation, qui se résume tout entière dans l'amour de Jésus crucifié. François avoua lui-même à ses confidents la réalité de cette apparition, symbole, disait-il, de l'union très étroite qui l'attachait à ses Frères.

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