Wadding, t. I, p
« Mon Père, tout est bien disposé à Bologne. Mais envoyez d'autres religieux à ma place; car je n'espère plus y faire aucun bien, j'ai même tout lieu de craindre d'y perdre mon âme, tant on m'y comble d'honneurs ! » Mais il était loin de s'attendre à la réception triomphale dont il allait être l'objet. Au premier bruit de son arrivée, toute la cité se porta au-devant de lui. Étudiants et professeurs, riches et pauvres, tous voulaient voir le Saint, l'entendre, recevoir sa bénédiction. Ils lui firent un cortège d'amour, comme les rois et les empereurs de la terre n'en connurent jamais; il ne parvint qu'à grand'peine jusqu'à l'immense place du Petit-Palais. Là, il prêcha d'une manière si sublime, qu'on croyait entendre un séraphin plutôt qu'un homme. Au reste, voici, d'après la déposition d'un témoin oculaire, la fidèle peinture de l'impression que produisirent sa personne et son discours: «Moi, Thomas, citoyen dejSpalatro et archidiacre de l'église cathédrale de la même ville, étant étudiant à Bologne, l'an 1220, en la fête de l'Assomption de la Mère de Dieu, j'ai entendu saint François prêcher sur la place publique, devant le Petit-Palais, où presque toute la ville était assemblée. Il partagea ainsi son discours : les anges, les hommes, les démons. Il parla de ces êtres intelligents avec tant d'exactitude et d'éloquence, que les gens de lettres qui l'écoutaient admirèrent un si beau langage dans la bouche d'un homme simple. Il ne suivit point la marche ordinaire des prédicateurs ; mais parlant à la façon des orateurs populaires, il ramena tout à ce seul point, l'extinction des inimitiés et de l'esprit de vengeance, le rétablissement de la paix et de