‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 186 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de la perfection évangélique (1). » Saint François leur promit de composer une Règle qui calmerait leurs craintes et leur ferait goûter, sans sortir du monde, la paix du cloître. Il tint parole, et c'est pour eux qu'il institua son troisième Ordre ou Tiers-Ordre, dont nous allons raconter brièvement les origines, les progrès et les gloires.

Cette œuvre, comme toutes celles de François, ou plutôt comme toutes celles de Dieu, naquit dans l'ombre et sans bruit. Passant à Poggi-Bonzi en Toscane, sur la route de Florence à Sienne, le Saint rencontra un de ses amis de jeunesse, le marchand Luchesio. Cet homme, jadis avare et dur, n'était plus reconnaissable depuis quelques mois : il édifiait par ses larges aumônes ceux qu'il avait scandalisés par son égoïsme. On le voyait secourir les indigents, soigner les malades dans les hôpitaux, ouvrir sa maison aux pèlerins, défendre les droits du Saint- Siège. Dans l'ardeur de son prosélytisme, il essayait, mais en vain, d'inspirer les mêmes sentiments à Bona Donna, sa compagne. Femme pieuse, mais écoutant trop la prudence de la chair, elle était du nombre de ces mères de famille qui craignent toujours que la terre ne leur manque sous les pieds; elle blâmait donc avec acrimonie les prodigalités de son époux. Un miracle la convertit. Un jour que Luchesio, après avoir distribué tout le pain qui se trouvait à la maison, la priait de donner encore quelque chose aux pauvres qui se présentaient :

1. A. de Ségur, Histoire populaire de saint François d 'Attise, c. VII.

« Tête sans cervelle et troublée par les jeûnes, s'écria-t-elle tout en colère, tu négligeras donc toujours les intérêts de ta famille! » Luchesio, sans s'émouvoir de ces injures, la supplia doucement d'ouvrir le meuble destiné aux provisions de bouche, pendant qu'au fond de son cœur il invoquait Celui qui avait multiplié les pains dans le désert. Bona Donna finit par obéir, et, à sa grande stupéfaction, elle trouva une grande quantité de pains. A dater de ce jour, son cœur s'ouvrit aux pensées du ciel, et il y eut entre ces deux âmes converties à des heures différentes une généreuse émulation dans les œuvres de miséricorde (1).

La demeure de ces deux pénitents était prédestinée à devenir le berceau du Tiers-Ordre. En y entrant, François leur dit : « Beaucoup de personnes vivant dans le monde me prient de leur tracer une voie de perfection appropriée à leur état. J'ai donc songé, pour répondre à leurs désirs, à instituer un troisième Ordre, où elles pourront servir Dieu d'une manière parfaite, sans rompre les liens du mariage; et je crois que vous ne sauriez mieux faire que d'en être les prémices. » Ils accueillirent avec joie une proposition si conforme à leurs aspirations les plus intimes, et conjurèrent le Saint de les admettre dans le nouvel Institut. 11 les revêtit de la tunique grise et les ceignit du cordon, qui devait demeurer à jamais la marque distinctive de ses institutions. Il initia à cette même forme de vie plusieurs personnes de Poggï- Bonzietde Florence. Le Tiers-Ordre de la pénitence,

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