‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 20 sur 347 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

inclinations qu'elle remarquait en lui, sans les contrarier jamais, mettre son innocence à l'abri du souffle empesté du vice, en un mot veiller avec soin sur le dépôt que le Ciel venait de lui confier solennellement, tous ces devoirs furent, on n'en peut douter, l'objet de ses constantes préoccupations. Justes et fécondes sollicitudes qui trouvaient, pour y correspondre, une nature vive, enjouée, une intelligence précoce, un cœur ardent ! Dès l'aube de la vie, l'âme de l'angélique enfant s'ouvrait avec bonheur aux doux enseignements de sa mère, comme la fleur ouvre son calice aux premiers rayons du soleil ; et déjà l'on pouvait prévoir que cette plante bénie porterait un jour des fruits délicieux.

Nos lecteurs ont vu la part active de Pica dans l'éducation de notre saint. Le peu que nous en avons dit suffit à sa gloire ; car, les vertus du fils sont avant tout l'œuvre de la mère, instrument naturel de la Providence dans le travail du développement moral. Si donc plus tard François devient l'amant passionné des pauvres, si l'amabilité forme le trait saillant de sa physionomie, s'il se montre toujours attaché par toutes les fibres de son âme au Pontife de Rome, si enfin le Fils de Dieu, l'honorant des stigmates de sa Passion, peut les imprimer sur une chair virginale, nous n'hésitons pas à le dire, c'est à Pica qu'en revient tout d'abord la gloire! Heureuses les familles qui conservent ainsi les traditions chrétiennes et placent l'honneur et la vertu au-dessus des richesses ! Heureuse la mère qui se souvient que l'impulsion donnée dans l'enfance se fait sentir

jusque sous les glaces de la vieillesse, et qui s'at •

tache en conséquence à former le cœur de ses enfants, le cœur, c'est-à-dire, le principal ressort de la vie, ce qui imprime à nos actes leur direction bonne ou mauvaise, ce qui crée les sublimes dévouements ou les odieuses abjections ! Plus heureux encore le fils à qui la Providence donne une telle mère ! Et quand ce fils s'appelle François, on doit supposer qu'il sut reconnaître le dévouement de Pica et que les sublimes expressions de gratitude qui débordaient de l'âme de saint Augustin se pressèrent plus d'une fois sur ses lèvres : « Soyez béni, ô Dieu éternel, de m'avoir donné une telle mère ! Car, c'est d'elle que j'appris, tout enfant, à vous aimer. Déjà, dans ce lait, qu'elle me dispensait sans mesure, comme elle le recevait sans mesure de votre main, je buvais avec délices l'adorable nom de Jésus, votre Fils et mon Sauveur ; et ce nom pénétra si avant dans mon âme, que tout livre d'où il était absent n'avait plus de charmes pour moi (1). »

L'heure était venue de former l'esprit de François. Ses parents, voulant qu'il reçût une instruction en rapport avec leur fortune et avec les goûts du temps, le confièrent aux pieux ecclésiastiques qui dirigeaient l'école Saint-Georges. Son intelligence vive et prompte goûta les charmes des belles-lettres; il y lit de rapides progrès, et apprit aisément la langue latine et la langue française, « déjà considérée en Italie comme la plus délectable de toutes et la gardienne des traditions chevaleresques qui polissaient la rudesse du moyen âge (2) ». Après sa conversion,

1. Confess., 1. I, c. vi; 1. III, c. iv. — L>. Ozaxam, les Pactes franciscains, p. 55.

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