CHAPITRE XIV
brillé l'héroïsme de ce vaillant athlète, il les baisa avec respect, y greffa deux rosiers, fit dessus le signe de la croix, et sous sa bénédiction les rosiers fleurirent. Ils subsistent encore de nos jours comme un témoin séculaire de la vertu des deux grands Patriarches et un symbole vivant de la défaite du démon. Des fresques antiques et un autel dû à la munificence de Grégoire IX rappellent le passage de saint François.
De là, il vint à Gaëte, port antique et célèbre où le Ciel autorisa sa mission par deux prodiges. Un jour que le serviteur de Dieu prêchait sur la place publique, en face de la rade, et que la foule s'attroupait autour de lui pour toucher le bord de ses vêtements, il monta seul dans une barque pour échapper à ces démonstrations importunes. Au grand étonnement de tous, la barque s'éloigna du rivage sans effort de rame, et comme si elle eût obéi au bras d'un pilote invisible ; puis elle s'arrêta , immobile au milieu des flots, pour permettre au Saint de continuer sa prédication, et revint d'elle-même au rivage après la fin du discours, pendant que la multitude s'écoulait lentement, silencieuse et ravie d'admiration. Qui donc aurait eu le cœur assez dur, assez obstiné dans l'erreur, pour mépriser la doctrine d'un apôtre auquel les créatures inanimées elles-mêmes se soumettaient avec empressement, comme si elles eussent eu conscience de son autorité? Aussi les habitants de Gaëte se montrèrent-ils dociles aux enseignements du saint thaumaturge. Ils le prièrent de demeurer quelque temps parmi eux et d'établir une maison de son Ordre dans leur cité. Fran-
cois souscrivit à ces deux propositions, et les habitants se mirent aussitôt en demeure de bâtir le couvent. Or, il arriva qu'au milieu des travaux, un charpentier fut écrasé par la chute de l'une des poutres de l'échafaudage. Son cadavre n'était plus qu'une plaie horrible, et ses camarades se virent obligés de le transporter promptement dans sa maison. Par bonheur, ils rencontrèrent sur leur chemin le séraphique Patriarche, qui, touché de compassion et partageant leur douleur, eut recours à la toutepuissance de Dieu. Il leur commanda de déposer le brancard funéraire, fit le signe de la croix sur le mort, le prit par la main, et lui dit, en l'appelant par son nom : « Lève-toi. * Et le mort se releva à l'instant, plein de force et de santé, rendit grâces à Dieu et à François, et retourna gaiement au chantier (1).
Ce fut aux portes de Gaëte qu'il opéra le miracle connu dans la gravure sous le nom de « miracle des pommes (2) ».
A Agripoli, dans la baie d'Amalfi, au fond du golfe de Salerne, il rassembla les hérétiques sur la grève, prêcha aux poissons, comme saint Antoine devait le faire plus tard à Rimini, et il eut la consolation de réconcilier les Patarins de cette ville à l'Église, dépositaire fidèle et gardienne infaillible de la vérité (3).
Gaëte, Capoue, Amalfi, Montella, Lecce et vingt autres villes remuées par sa parole voulurent avoir des maisons de son Ordre.
On ne sème pas tant de miracles sur ses pas, on
1. Waddixg, t. II, p. 36. —2. Ibid., p. 40. — 3. Mariano. Cf. Wadding, t. II, p. 40.